vendredi 4 septembre 2015

A la manière de Prévert

Je me souviens du temps, pas si lointain et pourtant si vieux, où j’étais encore une ado-enfant.

Je me souviens du café crème à 5 francs, posé sur le zinc du bar tandis que nous attendions que la cloche du lycée sonne, en face.

De même,  nous remplissions un sac de bonbons avec seulement 10 francs. Des bonbons bourrés de saletés chimiques, évidemment, mais colorés, piquants sur la langue et explosant dans la bouche.

Je me souviens de Casimir, Albator, Goldorak go, Capitaine Flam ou encore le pays de Candy ; le pays où l’on s’amuse, on  pleure, on rit…   Prémices des mangas dont les trentenaires s’abreuveraient dix ans plus tard.  J’ai même acheté  les coffrets, collectors rangés sagement dans le bas de mon étagère, attendant que s’accumule la poussière… mais non, puisque régulièrement je souffle dessus ou passe ma main comme si elle était un chiffon.

Je me souviens aussi du « 15 août », cette fête foraine que seule les gens de Cambrai et du coin n’appellent pas autrement. A l’image des bêtises, qui n’ont rien à voir avec celles de Sabine Paturel, mais qui fondent en bouche. Nous gardions notre argent de poche car les attractions étaient déjà bien trop onéreuses. Parfois les aînés cédaient tout de même à l’appel du « grand 8 » et du « train fantôme » et son sourire sépulcral pour de faux. Moi, je préférais garder mes sous et me contenter de regarder les gens  hurler d’effroi ou à en rire à se faire éclater la gorge, tout en mangeant ma barbapapa.

Et puis le 14 juillet avec cette procession rituelle de lampions, où il était temps pour nous de nous rassembler et marcher gaiement tandis que la nuit tombait puis de nous séparer en deux camps : ceux qui allaient « guincher » au bal populaire, ou ceux qui rentraient sagement chez eux. Je faisais déjà partie de la deuxième catégorie.

Je me souviens encore, comme si c’était hier, de M.H. et de son atypique « deudeuche » vert pomme avec son mini toit ouvrant. Nous passions devant notre vieux collège, transformé en école communale, et cela me donnait l’occasion de lever les bras en l’air, par le toit, en chantant à tue tête ou en poussant un cri d’enfant sauvage.

Ou encore les dimanches de Jacques Martin ; des dimanches longs et ennuyeux comme la pluie, un soir, nom d’été, mais de rentrée scolaire. Nous regardions quand même car il n’y y avait rien d’autre, en ce temps-là – pas le choix comme aujourd’hui. Nous regardions le petit écran, hypnotisés ou somnolents.

Dimanches rimaient aussi avec les devoirs faits à la dernière minute. Ces dissert’ pour lesquelles je n’avais d’inspiration qu’au tout dernier moment.

Et puis, tiens, les mercredis de Dorothée sans qui, les adultes de maintenant que nous sommes, seraient différents, moins fantasques sans doute …  Et la petite musique effrayante de cette quatrième dimension sans laquelle je n’aimerais pas autant la science fiction. Les frères Bogdanoff et mes rendez vous implacables du samedi après midi.

Je me souviens de toutes ces choses…

Comme si c’était hier,

Mais aussi aujourd’hui…


Aujourd’hui et demain.

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