D'un simple calcul...

on lundi 23 mars 2015
A raison de 10 kilomètres par jour multipliés pour 5 jours dans la semaine.

A raison de 4 semaines par mois sur 11 mois pour compter une année - en réalité un an moins 5 semaines, soit la durée exacte des congés légaux que chacun(e) de nous a le droit.

Mélangez toutes les variables - les trajets jusque chez les amis qui habitent en périphérie ; les déplacements du week end pour se rendre par exemple dans un magasin de cycle - comme c'est étrange, et vous obtiendrez ? Additionnez, soustrayez, ajoutez un zeste de cela, une pincée de ceci et...

Et vous obtiendrez quoi  à la fin ?

2000 kilomètres par an d'efforts sous le froid, le vent, la  pluie mais aussi le soleil ; en baskets, bottines, bottes ou sandalettes ; avec plusieurs pelures de vêtements ou bien voyager léger, et vous obtiendrez l'aller retour du Nord jusqu'aux Pyrénées. Ou, si on voyage plus loin, de Lille jusqu'à Porto sans vol d'oiseau, mais en ligne droite.

C'est le calcul auquel je me suis amusée un jour, où je m'ennuyais certainement, pour me faire une idée du nombre de kilomètres que ma petite personne accomplit depuis qu'un certain mois de février j'ai dit oui à ce poste ; à cette ville à 40 kilomètres de moi.

Et, pour couronner le tout : multipliez 2000 kilomètres x trois ans et vous obtiendrez ????

Vous obtiendrez quelle distance pour quelle destination au fait ?

Allez, à votre tour : quelle distance et quelle destination ?

A vos calculettes et à vos cartes de géographies.


L'oeil du témoin

on dimanche 15 mars 2015
Lundi

A l'arrêt du feu, j'attends sagement, juchée sur mon VTT, et je distingue un attroupement juste en face. Deux camionnettes de policiers et deux autres qui arrivent en trombe, sirènes hurlantes. Lorsque je longe la rue Inkerman, le chemin habituel pour rentrer chez moi, je jette un œil rapide à ma droite et constate la scène : 4 policiers tentant de maîtriser un jeune homme qui hurle et insulte à tout va. Spectacle presque ordinaire dans laquelle la foule, les badauds, s'arrêtent volontiers et y assistent, comme au spectacle, comme à la télé, sauf que là c'est la réalité.


Mardi


Je quitte le travail plus tôt pour raisons pinpinesques – un rendez vous chez le véto. Pour une fois il y a de la place dans le wagon à vélos et j'ai pu accrocher le mien sans problème, ni heurts ni négociations. Arrivés en gare de Lille Flandres, je me lève afin de décrocher pour récupérer mon bien, mon moyen de locomotion et, en regardant autour de moi, je finis par sourire : tous mes co-voyageurs sont penchés sur leur smartphones – à celui qui envoie un SMS ; à l'autre qui surfe sur Internet quand la Wi-fi ou la 3G le permettent ; ou encore à celle qui joue à un de ces jeux addictifs. Moi même je viens de ranger bien sagement mon téléphone dans son étui protecteur, non sans avoir consulté mails et joué à un de ces jeux addictifs durant le trajet.

Et je me fais cette réflexion : « on a jamais été autant à l'ère de la communication, et aussi peu communiqué en vérité ! »


Jeudi
Comme tous les jours, je longe le canal qui me mène sur mon lieu de travail. De l’œil gauche, j'entr'aperçois 3 gamins, des ados, pas plus de 14/15 ans, et une forme allongée dans le parking et sur laquelle l'un des jeunes donne de violents coups de pieds. Est-ce un chien ? En tous cas, j'entends un hurlement s'élever, comme une longue plainte. La plainte de celui que l'on frappe, que l'on martyrise. 
 
Aussitôt mon sang ne fait qu'un tour. Aussitôt, je fais demi-tour. Sur mon vélo, même pas peur. Je m'approche de l'endroit où mes 3 lascars ont disparus, ainsi que la forme étendue sur le sol. Puis je les vois, contre le mur, mais plus de forme humaine ni animale. Les 3 lascars éclusent une bouteille de bière. La forme allongée a repris place au dos de celui qui frappait naguère, un sac. Un vulgaire sac à dos.

Je repars, soulagée mais interloquée : à peine 9 heures, de l'alcool, 14/15 ans ! Et aussi, quelle idée de hurler comme si quelqu'un était vraiment en danger ?

Mon cœur, qui battait la chamade – l'adrénaline – va attendre encore un peu avant de reprendre un rythme normal.



Zora la rousse et moi… la frousse

on lundi 9 mars 2015
Les souvenirs d’enfance sont des plus curieux quand ils vous reviennent à la surface comme des bulles de savon, légères, impermanentes, et parfois votre mémoire, pas si bonne que ça, vous joue des tours. D’autres fois, malgré les années, il est des souvenirs qui restent de manière indélébile.

J’avais 12 ans à l’époque et j’étais déjà entrée de plein pied au collège - la 5ème, comme j’étais fière en trottinant jusqu'au bus malgré mon cartable lourd, bien trop lourd pour une fille maigrichonne telle que moi. Nous n'étions plus des bleus, des sixième, mais étions bel et bien passés en classe supérieure.

Quand je rentrais de mes cours, immanquablement le même rituel se mettait en place. Mon chien m’accueillait en aboyant gaiement et nous faisait la fête. C’était un joyeux bâtard entre griffon et caniche royal avec pour particularité de posséder un nom d’origine japonaise - le manga était pourtant balbutiant ; qui ne se souvient pas d’Albator, Goldorak ou capitaine Flam ?

Je me délestais donc de mon gros cartable, héritée de mes aînés quand celui-ci n’était pas encore trop abîmé, j’enlevais mon blouson et mes baskets et je me jetais sur le canapé du salon après avoir allumé la télévision. La télécommande était des plus rudimentaires car il fallait se… lever tout simplement et d’appuyer de toutes ses forces. Un gros poste bombé aux couleurs ternes et aux boutons de chaînes apparents. Malgré mon profil d’élève modèle qui ne rechignait pas à faire ses devoirs rapidement, je ne pouvais manquer mon rendez vous d’après école ; mon rendez vous avec les programmes enfants d’Antenne 2.

Quand l’écran s’allumait, je n’étais plus dans le monde tel que je connaissais, fait de bonnes notes à rendre ; d’adultes à satisfaire ; de corvée à effectuer comme faire son lit tous les matins avant de partir ou encore de ces étrangers à qui je parlais à peine car j’étais trop timide et angoissée. J’étais sans le savoir une téléphile, voire téléphage assidue et encore maintenant, malgré la pauvreté des programmes, je ne peux m’empêcher de mettre en marche ce maudit téléviseur - à la fois une présence quand je suis seule et des bavardages futiles pour me vider la tête

Mon rendez vous avec elle était régulier. Toutes les semaines à la même heure, tapante, présentée par une Dorothée au faîte de sa gloire et à qui je pense parfois, encore, avec émotion. Elle m’a permis de rêvasser des heures grâce à Récré A2, le paradis des enfants, tout comme l’était également l’île aux enfants de ce bon vieux monstre orange mais fort sympathique, j'ai nommé Casimir.

Zora était une orpheline rousse, rebelle et farouche, comme le chanson de générique le scandait. Elle et sa bande parcouraient le pays en vivant des aventures hors du commun pour la gamine que j’étais.

Partout on les rejetait. Ils étaient poursuivis car ils se nourrissaient en vivant de vols et menus larcins. Bien que cela paraisse contestable maintenant au point de vue de la morale, il n’en était rien pour moi, et il n’en est rien encore aujourd’hui. Cette vie de liberté me fascinait. Leur périple était extraordinaire. Il leur arrivait bien plus de choses en une journée que moi en un mois.

Malgré le nombre réduit d’épisodes, je me souviens encore de cette série avec une certaine nostalgie. Zora était débrouillarde, hardie et dévouée aux siens. Elle n’avait peur de rien et moi, à l’inverse, j’étais une vraie froussarde. C’est sans doute pourquoi j’aimais tant regarder ses exploits. Pour l’anecdote, je regardais chaque épisode en mangeant invariablement de la marmelade dans un morceau de pain. La couleur de cette marmelade avait la teinte de la chevelure flamboyante de mon héroïne intrépide. Je peux encore chanter la chanson du générique.

Et si vous vous souvenez de la farouche Zora, allez-y épatez moi.

Mes villes...

on lundi 2 mars 2015
Porto 
Même si techniquement je n’y suis pas née, je suis et reste tout de même une portiste dans l’âme. 15km à vol d’oiseau c’est tout petit pour un pays tel que le mien. Donc Porto parce ma naissance physique (ou presque).

Berlin 
Parce que j’y suis née spirituellement. Que je m’y suis sentie aussitôt comme un poisson dans l’eau moi qui, comble du destin, suis toujours infoutue de savoir nager.  Et pourtant, dès que mon avion a atterri et que j’ai u toutes les lumières -  allumées pour moi qui sait ? - j’ai tout de suite compris que je m’y sentirais bien. Comme une histoire d’amour brève mais intense qui ne s’explique pas mais se vit avec chaque parcelle de son corps et de son cœur.

Amsterdam
Parce qu’il n’y a pas que le port. Et que tu es une bien jolie dame, ma chère, quand on y flâne le nez en l’air tandis que le printemps arrive par vagues. 
 
Lille

Pour le passé ; le présent ; le futur. 
 
Ma seconde naissance, avec tous les choix et non choix que j’ai dû prendre. Les vies et non vies que j’ai vécue. Les routes et non routes sur lesquelles je me suis aventurée ou déviée.

Je t’aime toujours MA ville, malgré les coups bas, les coups durs et les déconfitures, les regrets et les espoirs mort-nés, les défaites. Mais aussi les jolis moments, les découvertes, les quêtes sans les conquêtes, les petites victoires, cailloux transparents qui m’ont permis d’aller jusqu’à moi, mon vrai moi.

Je suis toujours amoureuse de toi, MA ville, après tout ce temps.

Et puis il me reste encore à découvrir :

Dublin
Sans qui mon amour des mots ne serait pas aussi fort, aussi constant,
grâce à toi, Oscar. W.

Londres
A un jet d’avion ou un passage « 20000 lieux » sous les mers. Parce que c’est vraiment toi, de toi qu’est née mon amour pour la culture anglo-saxonne et que, même si j’ai posé un pied sur ton aéroport, jamais ô grand jamais je n’ai découvert tes bas fonds et les tréfonds de ton âme.

San Francisco
Sans sa maison bleue adossée à la colline. La liberté, l’égalité dans l’ensemble de tes communautés. Ton pont et cet esprit européen qui te caractérise, m’ont toujours raconté ceux qui ont été là-bas.

Et New York
Parce qu’un jour, j’irais là bas. Et tu m’emmèneras. Dis, tu m’emmèneras ?