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jeudi 2 février 2023

N'habite plus à l'adresse indiquée

Je me suis toujours demandée comment étaient les appartements dans lesquels j'ai vécu des années ; qui en sont maintenant les locataires et comment ils ont emménagé leur intérieur. On appelle ça de la nostalgie. Ou juste de la simple curiosité. Mais je suis certaine de ne pas être la seule à éprouver ce sentiment. 

Souvent quand je passais devais le numéro 306 de la rue Solférino, mon tout premier deux pièces à Lille, je me posais sans cesse cette question en levant ma tête au premier étage. Les rideaux étaient la plupart du temps tirés, signe que quelqu'un investissait les lieux. 

Certains croient aux fantômes. Moi je pense que les spectres sont tous ces gens qui ont vécus dans ces endroits. Leurs disputes, leur coups de colères. Leurs pleurs et leurs bonheurs. Leurs rires. Tous ces drames et petites ou grandes joies qui émaillent l'existence de tout être humain. 

Parfois oui, les drames sont plus profonds mais là on n'est plus dans le domaine du spectre mais de la malédiction. Et de temps à autre il s'agit sans doute de regrets d'avoir fait ou pas fait ; ou de remords de ne pas avoir été à la hauteur.

Certes, je l'ai sacrément aimé ce rez-de-chaussée de Wazemmes même si souvent je sortais pour m'accrocher à tous ceux qui éclusaient tranquillement leurs bières accoudés à mes grandes fenêtres en pensant que personne n'habitait là. La petite cour à l'abri des regards où nous en avons fêté des choses, anniversaires et autres raisons toutes trouvées pour juste simplement nous réunir. Ce long contre-champs vers la chambre, lorsque j'étais allongée sur le canapé. Mais il est aussi l'endroit où j'ai perdu une partie de ma famille ; ma famille à quatre pattes, mes petits poilus que je chéris encore aujourd'hui et que je pleure parfois à l'abri des regards. 

Alors, à ta question, mon amoureuse : non je ne regrette pas être partie, avoir quitté cet endroit dans lequel j'ai vécu durant dix longues années et imprégné de mon spectre fantasque chaque recoin de ces 58 mètres carrés. Toi qui t'apprêtes aussi à faire le grand saut vers un espace plus grand, je te dis et le répéterai sans cesse : ne regrette rien. Une page se tourne et il est bon de repartir sur un tableau propre, blanc. Je suis là en cas de coup dur ou de blues, ne l'oublie pas.

Nous sommes tous des fantômes qui hantons les maisons, nos anciens lieux de vies, mais contrairement aux spectres, nous nous  délestons de nos chaines à chaque nouveau voyage et, pour ma part, depuis que je suis ici, à Bruxelles, jamais ces chaînes ne me sont semblées plus légères. 




mercredi 25 août 2021

Mes années 80

1981 : je vais avoir douze ans. C'est l'avènement de Mitterand le grand, le roi de tous les français. Je constate l'excitation dans les rues et sur la place de la Bastille. Sans m'en rendre compte, je commence à avoir une conscience politique. Cet intérêt ne m'a jamais quitté même si parfois, je suis atterrée de voir comment tout cela évolue, ces prises de pouvoir sans finalement oeuvrer pour le bien commun. Après les promesses, les politiques ont la fâcheuse manie de n'oeuvrer que pour leur bien... Mon coeur est déjà à gauche et il le restera quoi qu'il en soit. Je suis toujours du côté des opprimés, des laissés pour compte. Cela est un point commun avec mon père : la politique. Il n'était pas rare que je regarde avec lui les débats chez Michel Polac et ses fameux droits de réponse. 

1982 : je découvre la musique pop par le biais des ondes qu'on appelle désormais FM, après avoir été longtemps dites libres. A la radio, un groupe me transperce les tympans dans le bon sens du terme. J'achète alors mon premier vinyle avec le maigre argent de poche que j'économise chaque dimanche - à l'époque, il s'agissait de francs. Plus tard, Alides Hiddings et ses Bandit du Temps, ou Time Bandits en référence aux Monty Python, proclamerait qu'il était l'homme à la voix d'or et je l'écouterais en boucle bien volontiers. Encore maintenant, il m'arrive de les écouter. C'est plus facile avec YouTube...

En parallèle, je reste une enfant sauvage que seuls les livres et la musique délivrent de ses peurs primaires. Je continue à faire des fiches sur tout et n'importe quoi à l'aide des encyclopédies familiales.

1983 : je continue dans ma lancée en me gorgeant de musique. Pour la timide que je suis, c'est une porte de sortie. Ce sera certainement l'une des plus grandes histoires d'amour de ma vie. La musique sous toutes ses formes. Enfin presque. J'ai quand même mes limites.

1984 : je découvre la new wave et la cold wave. Alphaville devient l'un de mes groupes préférés. Joy Division puis New Order entrent dans mon walkman, sans compter The Cure, Siouxie and the Banshees, Echo and the Bunnymen - que des noms fantastiques et fantaisistes. C'est également le début de l'euro-dance, et le boom de Depeche Mode. Mais qui connait encore Erasure, Alison Moyet, Frankie Goes to Hollywood à part moi ? 

Mes goûts en matière de musique s'affinent et je sais que j'adorerai pour toujours ce courant musical anglo-saxon. Encore aujourd'hui, je ne lasse pas de passer un titre des Smiths. Car il y a toujours une lumière qui ne s'en va jamais*

C'est également l'année où le 1984 de George Orwell se confond avec la réalité temporelle. Même si ses prédictions ne verront le jour que quelques vingt ans plus tard avec les prémices de la téléréalité et l'explosion des réseaux sociaux. Big Brother will watching you. 

Don't matter what you do. 

1985 : j'ai seize ans et sonne l'heure de mes premiers émois adolescents. Oui, je sais, je n'ai jamais été précoce dans certains domaines. C'est aussi le moment où on se comporte de manière très irrationnelle en faisant exprès de passer devant la maison de celui pour qui son coeur bat. Je ne connais même pas son prénom. Je ne le connaîtrais jamais son nom. Je me souviens seulement qu'il avait les cheveux blonds comme les blés.

Mais c'est également l'année où tout une classe me prend pour cible par des quolibets incessants, des moqueries sur mon nom de famille, complet, dont je suis fière désormais ; cet épisode me marquera à jamais. 

1986 : c'est donc l'année de la renaissance et de la rébellion. Mon style vestimentaire détonne parmi tous ces coincés bourgeois de ce lycée de Cambrai.  Je porte des treillis et des blousons militaires et j'emmerde tous ceux qui me toisent. Après avoir été le souffre-douleur de toute une classe, je me libère littéralement et je me promets de ne plus jamais me laisser faire. Le premier qui vient à ma rencontre en me parlant de mon nom, banal pour une portugaise, je le recadre direct. Pourtant il n'a aucune mauvaise intention à mon égard et nous finirons par devenir amis. 

Comme quoi, ça laisse des traces, cette manie qu'on les humains de se foutre en meute pour harceler ceux qui ne leur ressemble pas.

Moi c'est devenu ma force. 

Entre deux, nous allons à des boums. Oui c'est bien le mot qu'il faut utiliser. Nous prenons la route sur trois kilomètres, à pieds, pour nous rendre dans une de ces salles des fêtes et danser sur des rythmes binaires. Je fuis le quart d'heure américain par contre. 

Même encore maintenant, je ne suis pas une fana des slows. 


1987 : Je n'ai rien à dire ou presque pas. Je tombe de nouveau en grâce ; amoureuse cette fois, ce n'est plus un crush d'adolescente. Un amour platonique qui restera longtemps en moi. Parfois, j'ai une certaine nostalgie. Je regarde la page Facebook, puis je reviens vers le présent. 

C'est l'année où je suis monitrice en centre aéré. A moi les sorties en groupe, en boîte. Je danse comme une folle sur the belgium sound ; le son du Boccacio.

1988 : la new beat bat son plein. Mon style évolue. Je m'habille souvent de sombre. Je pique des vestes masculines que j'agrémente de chaînes où pendent des croix. Je suis définitivement new wave même si j'adore moi aussi dépenser toute cette énergie sur les pistes de danse du Loft ou encore du Space et  ses trois ambiances sonores. Nous découvrons émerveillés les acrobaties de celui que nous appellerons "le révolutionnaire" tant son style est singulier à la fois dans les vêtements et les mouvements de son corps tandis qu'il ressent ces fameux BPM.

1989 : j'ai vingt ans. On dit que c'est le plus bel âge mais j'ai des doutes. Je suis en fac d'histoire. C'est le moment des nouveaux horizons ; des nouveaux amis et mode de pensées. Nous devenons de jeune adultes. Mon style est un mix entre la gouaille du titi parisien et la recherche de l'originalité, avec mes bretelles, mes casquettes et mes pantalons pied de poule.

En novembre, une sorte de frisson s'empare de moi quand je découvre, à travers l'écran cathodique, là-bas à plusieurs milliers de kilomètres de ma petite ville de province, que les gens détruisent pierre par pierre un mur de la honte. Je ne sais pas encore que cela signera aussi mon amour pour cette ville, vers laquelle je suis attirée sans cesse. Berlin et tout ce que cette liberté annonce. 

1990 et celles qui suivent : nous passons une décade. Je continue mes études en histoire médiévale. Je prends un peu plus d'autonomie et ne reviens plus aussi souvent chez mes parents. C'est le début du grunge et de Nirvana ; le début du trip hop et des ses principaux représentants : Massive Attack, Archive et Portishead que j'écoute encore régulièrement. J'entre dans la catégorie des jeunes adultes bientôt sur le marché de l'emploi. Je ne sais pas encore toutes les galères qui vont me tomber sur la gueule.

Je suis confiante. Pleine d'optimisme. 

Ensuite, je deviens cette adulte qui essaie de trouver un boulot et prendre son envol, et qui  galère comme des millions d'autres avant moi. Mon diplôme ne me sert pas à grand chose à vrai dire.

Une chose est certaine cependant : je reste définitivement, et à jamais, une enfant des années 80.


* Traduction de "there IS a light that Never goes out" des Smiths. Définitivement ma chanson préférée 

jeudi 29 juillet 2021

L'Oblique

Le Liquium est un des rares voire seuls bar exclusivement hétéro-friendly de Lille. Malheureusement, au bout de sept années, son gérant a décidé de le fermer définitivement. Non pas par obligation financière car il avait ses solides habitués mais parce qu'au bout d'un moment, il était temps pour lui de passer à autre chose. Faire une pause dans la vie, comme on dit, prendre soin de lui et prendre le temps, tout simplement.

Aussi, l'autre jour, le 15 juillet, j'étais triste d'y aller boire une dernière pinte pour un baroud d'honneur. 

Comme pour souligner ce moment - la fin d'un endroit chaleureux, le ciel était de la partie avec cette petite pluie qu'on appelle un crachin.

C'est également cet instant là qu'on se dit qu'on regrette de n'y pas avoir été plus souvent alors que j'habite à deux ou trois pâtés de maisons tout au plus. D'autant qu'on pouvait y déjeuner et dîner pour pas cher et entièrement végan. 

C'était un endroit où chacun était bienvenu, sans jugement aucun et où on s'en s'y sentait libre, protégé - ce n'est pas rien, sous l’œil bienveillant de Myn, le gérant, à qui j'ai indiqué pour cette dernière soirée que certaines pages internet indiquaient encore son deadname, ce que je trouvais moi, ulcérant. 

Elle va me manquer cette petite Licorne...

Aussi, c'était ma petit contribution pour dire à quel point ce type d'endroits va nous manquer, la communauté queer de Lille.



mercredi 21 juillet 2021

La nuit, je mens

J'aime la nuit. 

Longtemps j'ai eu peur d'elle, croyant que les monstres allaient sortir de dessous mon lit  et s'emparer de moi durant mon sommeil. 

Dans cette douceur de juillet où tout paraît tranquille, pour une fois, les sirènes non loin sont les seules à interrompre la quiétude de cet instant. 

J'ai l'impression que désormais rien ne peut m'arriver ; rien de mal en somme. Cela n'a pas été toujours comme ça. Alors je recule le moment de m'allonger sur ma couche. Je retarde cet instant car demain, demain les mêmes questionnements stériles, sans surprises, seront là pour me sauter à la gorge dès le saut du lit.

La nuit je mens. Je m'invente une vie rêvée à défaut de la vivre vraiment. 

Et puis, c'est aussi le moment où j'écris le plus ; le mieux j'espère. 

Et ce soir, j'en ai rempli des pages. Certaines, que je ne posterais pas.  

Il était impensable que je ne mette pas cette chanson magnifique de Bashung, sans doute ma préférée, étant donné que le titre de ce billet y fait référence.

 


lundi 11 avril 2016

Je peux léguer à la science...


Mon cerveau qui, malgré les quelques bugs, est toujours en état de marche. Beaucoup d’imagination, un peu trop diront certains ; avec une tonne de mots à l’intérieur, des mots oubliés, peu usités à qui rendre les honneurs. Des mots que je tais parfois pour panser les maux car sans pensées nous ne sommes que des pantins sans cervelle.

Mes reins. Tout va bien de ce côté-là. Vu la quantité d'eau que je bois en continu. Tout va donc très bien, Madame la Marquise. Je ne te donnerais pas ma chemise. Je l’ai fait par le passé, pour ce que cela m’a rapporté. Qui dit reins dit vessie, cela va sans dire. Elle fonctionne, elle fonctionne en bon petit soldat.

Mon foie qui, bien qu’amateur de houblon et de jus de raisin fermenté, va bien lui aussi - touchons du bois, et qui n’est pas attaqué par la foi qui nous divise tous ici bas.

Mon sang, puisque je suis donneuse universelle. Ça peut toujours servir. Donner je sais, recevoir : un peu moins – c’est me faire violence.

Et, tant qu’à faire, si j’en avais le courage, une fois au moins, un peu de moelle osseuse. Parce qu’on n’en parle pas assez, hélas.

Mes pieds qui ne sont ni plats, ni égyptiens ou encore romains. Ces pieds qui ont tant et tant marché et marchent encore fort bien. Ne se lassent pas. Ni dans la foule, ni entre les bruits des klaxons de ces automobilistes rageurs à la veille du weekend. Mes pieds donc, même si je doute que les greffes de pieds deviennent tendance. 
 
Mon index pour lancer une dernière fois un doigt rageur à tous ceux qui se pensent supérieurs, dans leurs droits et vainqueurs. Cherchez l’erreur, chers offenseurs !

Ce que je ne peux ni veux :

Mes yeux. Des yeux de vieille chouette fatiguée. Plus myope que moi tu meurs. Comme ce n’est pas un cadeau, je préfère les garder jusqu’au bout, quitte à laisser mes binocles les trois quart de mon temps... je ne dors tout de même pas avec ces maudites lunettes, encore que, bien fatiguée, sur le canapé...

Ma taille de mini moy qui m’a bien valu des tracas. Du plus trivial au plus existentiel : faire appel à quelqu’un pour attraper quelque chose sur le rayon du haut ; savoir quoi dire à quelqu’un qui vous blesse de toute sa supposée hauteur en pensant que vous ne valez pas tripette parce que petite.

Mon cœur. Même s’il bat régulièrement et constamment. Qui parfois se décroche dans ma poitrine comme des cymbales au Carnaval. Mon cœur a peu servi certes, mais mal. Les mauvaises personnes. Les mauvais endroits. Les mauvais moments. Je ne l’ai guère épargné, pas plus qu’il ne l’a fait le salaud. Alors je construis. Je construis un mur infranchissable. 
 
Mes oreilles. Mes petites oreilles de lutin malicieux. Par que je les aime bien, tout simplement.

Ma langue, bien pendue il est vrai. Parfois à mes dépends mais surtout à celui des autres. Ma langue qui est un bien meilleur outil pour communiquer avec les autres, bien mieux que les Smartphones et autres réseaux sociaux.

Et puis ma curiosité, qui est en est le moteur et qui me nourrit chaque jour. Ma curiosité qui n’est jamais maladive, intrusive ou méchante. Je ne vous la laisse pas. Cultivez là. Faites-en un vaccin pour l’inoculer à tous ces humains qui restent enfermés sur eux-mêmes. 
 
De cela et de toutes ces choses, à la science ou à qui veut bien, je lègue. 
 
Ou je garde.

mercredi 13 janvier 2016

Auld Lang Syne*

Au rituel vœu de bonne nouvelle année, je n’y échapperais pas. J’y cède même bien volontiers en souhaitant le meilleur à tous. Que cette année qui commence, continue sous de meilleurs augures que l’année précédente.

A tous donc, bonheur ; de simples petits bonheurs tels que la première gorgée de bière, ou de plus grands bonheurs : à vous de remplir les cases vides. A vous de remplir le tableau blanc. Un ensemble de petits riens qui, empilé bout à bout, forme un bien agréable tableau de souvenirs à emporter pour les temps de froid et de grisaille.

De la santé : on n’en a jamais assez.

De l’oseille : parce qu’il faut bien mettre un peu de beurre dans nos épinards.

Aucune résolution à tenir. Toujours pas non : elles ne tiennent à vrai dire que le temps qu’on les énumère pour se donner bonne conscience. Même pas un mois.

Et, enfin, à la manière des miss, France ou USA – peu importe : de la paix dans le Monde.

Vœux pieux je sais. Irréaliste, sans doute. Utopique certainement, sauf pour les âmes de bonne volonté.

Mon pessimisme, ou plutôt mon réalisme naturel, ne me donne pas le sentiment que cela évolue favorablement au vu de cette funeste année qui vient de s’écouler, violente, meurtrière et qui a en meurtri plus d’un.

Enterrons là. Enterrons là bien loin. Qu’elle ne soit juste qu’un sinistre avertissement que l’humain doit changer. En bien. Ou tout en moins en « pas pire ».

Solidaires jusqu’au bout. Tout le temps, partout, et pas seulement à un temps x de l’année.

Aimez-vous les uns les autres, comme disait ce jeune hippie mort à 33 ans, il y a deux mille ans, avec toute sa bienveillance.


MERDE QUOI !

* Pour ma part, fasse que ce soit plus qu’un au revoir, mais bel et bien un adieu.

vendredi 4 septembre 2015

A la manière de Prévert

Je me souviens du temps, pas si lointain et pourtant si vieux, où j’étais encore une ado-enfant.

Je me souviens du café crème à 5 francs, posé sur le zinc du bar tandis que nous attendions que la cloche du lycée sonne, en face.

De même,  nous remplissions un sac de bonbons avec seulement 10 francs. Des bonbons bourrés de saletés chimiques, évidemment, mais colorés, piquants sur la langue et explosant dans la bouche.

Je me souviens de Casimir, Albator, Goldorak go, Capitaine Flam ou encore le pays de Candy ; le pays où l’on s’amuse, on  pleure, on rit…   Prémices des mangas dont les trentenaires s’abreuveraient dix ans plus tard.  J’ai même acheté  les coffrets, collectors rangés sagement dans le bas de mon étagère, attendant que s’accumule la poussière… mais non, puisque régulièrement je souffle dessus ou passe ma main comme si elle était un chiffon.

Je me souviens aussi du « 15 août », cette fête foraine que seule les gens de Cambrai et du coin n’appellent pas autrement. A l’image des bêtises, qui n’ont rien à voir avec celles de Sabine Paturel, mais qui fondent en bouche. Nous gardions notre argent de poche car les attractions étaient déjà bien trop onéreuses. Parfois les aînés cédaient tout de même à l’appel du « grand 8 » et du « train fantôme » et son sourire sépulcral pour de faux. Moi, je préférais garder mes sous et me contenter de regarder les gens  hurler d’effroi ou à en rire à se faire éclater la gorge, tout en mangeant ma barbapapa.

Et puis le 14 juillet avec cette procession rituelle de lampions, où il était temps pour nous de nous rassembler et marcher gaiement tandis que la nuit tombait puis de nous séparer en deux camps : ceux qui allaient « guincher » au bal populaire, ou ceux qui rentraient sagement chez eux. Je faisais déjà partie de la deuxième catégorie.

Je me souviens encore, comme si c’était hier, de M.H. et de son atypique « deudeuche » vert pomme avec son mini toit ouvrant. Nous passions devant notre vieux collège, transformé en école communale, et cela me donnait l’occasion de lever les bras en l’air, par le toit, en chantant à tue tête ou en poussant un cri d’enfant sauvage.

Ou encore les dimanches de Jacques Martin ; des dimanches longs et ennuyeux comme la pluie, un soir, nom d’été, mais de rentrée scolaire. Nous regardions quand même car il n’y y avait rien d’autre, en ce temps-là – pas le choix comme aujourd’hui. Nous regardions le petit écran, hypnotisés ou somnolents.

Dimanches rimaient aussi avec les devoirs faits à la dernière minute. Ces dissert’ pour lesquelles je n’avais d’inspiration qu’au tout dernier moment.

Et puis, tiens, les mercredis de Dorothée sans qui, les adultes de maintenant que nous sommes, seraient différents, moins fantasques sans doute …  Et la petite musique effrayante de cette quatrième dimension sans laquelle je n’aimerais pas autant la science fiction. Les frères Bogdanoff et mes rendez vous implacables du samedi après midi.

Je me souviens de toutes ces choses…

Comme si c’était hier,

Mais aussi aujourd’hui…


Aujourd’hui et demain.

mardi 21 juillet 2015

Des choses que j'ai apprises en vieillissant....

Raisonner mon coeur, ce pauvre fou qui ne lutte plus guère, mais qui laisse parfois encore se surprendre au détour d'un sourire, au détour d'une rue, d'une gare ou encore attablée à un café.

Ne plus me prendre la tête pour des choses qui, au fond, n'en valent vraiment pas la peine.

Résister aux tentations, qu'elles qu'elles soient et d'où qu'elles viennent. Sauf peut-être ; sauf sans doute, mes chers livres, mes séries et mes films. Encore et toujours, je ne peux faire sans. C'est mon oxygène.

Et, à contrario, me laisser porter au gré de mes envies. Avoir le désir de rencontrer d'autres gens, d'autres cultures. Même si je voyage immobile, souvent.

Ne plus avoir peur de me jeter dans le vide, au sens figuré bien sûr, car en réalité je suis toujours sujette au vertige. Me lancer, quitte à me prendre des vestes ou des râteaux - tout dépend de la saison. 

Apprécier les petites choses qui tombent quand elles le font, au moment où on ne s'y attend pas, ne s'y attend plus. La surprise est toujours agréable quand on ne s'y attend guère.

Mais hélas :

Avoir perdu la faculté de tomber amoureuse, si fort que les draps s'en souviennent*.

Etre moins sensible à certaines vertus et n'en voir que des vices cachés. 

Et aussi :

Etre moins naïve. Pardonner une fois, mais pas deux. 

Etre gourmande de mon temps qui file de plus en plus, de mes fous rires et discussions sans queue ni tête.

Profiter de ce que j'ai, tout simplement.

Ne serait-ce pas là la clé d'accepter le temps qui fuit ?


* Faites appel à vos souvenirs musicaux des années  70^^

lundi 9 mars 2015

Zora la rousse et moi… la frousse

Les souvenirs d’enfance sont des plus curieux quand ils vous reviennent à la surface comme des bulles de savon, légères, impermanentes, et parfois votre mémoire, pas si bonne que ça, vous joue des tours. D’autres fois, malgré les années, il est des souvenirs qui restent de manière indélébile.

J’avais 12 ans à l’époque et j’étais déjà entrée de plein pied au collège - la 5ème, comme j’étais fière en trottinant jusqu'au bus malgré mon cartable lourd, bien trop lourd pour une fille maigrichonne telle que moi. Nous n'étions plus des bleus, des sixième, mais étions bel et bien passés en classe supérieure.

Quand je rentrais de mes cours, immanquablement le même rituel se mettait en place. Mon chien m’accueillait en aboyant gaiement et nous faisait la fête. C’était un joyeux bâtard entre griffon et caniche royal avec pour particularité de posséder un nom d’origine japonaise - le manga était pourtant balbutiant ; qui ne se souvient pas d’Albator, Goldorak ou capitaine Flam ?

Je me délestais donc de mon gros cartable, héritée de mes aînés quand celui-ci n’était pas encore trop abîmé, j’enlevais mon blouson et mes baskets et je me jetais sur le canapé du salon après avoir allumé la télévision. La télécommande était des plus rudimentaires car il fallait se… lever tout simplement et d’appuyer de toutes ses forces. Un gros poste bombé aux couleurs ternes et aux boutons de chaînes apparents. Malgré mon profil d’élève modèle qui ne rechignait pas à faire ses devoirs rapidement, je ne pouvais manquer mon rendez vous d’après école ; mon rendez vous avec les programmes enfants d’Antenne 2.

Quand l’écran s’allumait, je n’étais plus dans le monde tel que je connaissais, fait de bonnes notes à rendre ; d’adultes à satisfaire ; de corvée à effectuer comme faire son lit tous les matins avant de partir ou encore de ces étrangers à qui je parlais à peine car j’étais trop timide et angoissée. J’étais sans le savoir une téléphile, voire téléphage assidue et encore maintenant, malgré la pauvreté des programmes, je ne peux m’empêcher de mettre en marche ce maudit téléviseur - à la fois une présence quand je suis seule et des bavardages futiles pour me vider la tête

Mon rendez vous avec elle était régulier. Toutes les semaines à la même heure, tapante, présentée par une Dorothée au faîte de sa gloire et à qui je pense parfois, encore, avec émotion. Elle m’a permis de rêvasser des heures grâce à Récré A2, le paradis des enfants, tout comme l’était également l’île aux enfants de ce bon vieux monstre orange mais fort sympathique, j'ai nommé Casimir.

Zora était une orpheline rousse, rebelle et farouche, comme le chanson de générique le scandait. Elle et sa bande parcouraient le pays en vivant des aventures hors du commun pour la gamine que j’étais.

Partout on les rejetait. Ils étaient poursuivis car ils se nourrissaient en vivant de vols et menus larcins. Bien que cela paraisse contestable maintenant au point de vue de la morale, il n’en était rien pour moi, et il n’en est rien encore aujourd’hui. Cette vie de liberté me fascinait. Leur périple était extraordinaire. Il leur arrivait bien plus de choses en une journée que moi en un mois.

Malgré le nombre réduit d’épisodes, je me souviens encore de cette série avec une certaine nostalgie. Zora était débrouillarde, hardie et dévouée aux siens. Elle n’avait peur de rien et moi, à l’inverse, j’étais une vraie froussarde. C’est sans doute pourquoi j’aimais tant regarder ses exploits. Pour l’anecdote, je regardais chaque épisode en mangeant invariablement de la marmelade dans un morceau de pain. La couleur de cette marmelade avait la teinte de la chevelure flamboyante de mon héroïne intrépide. Je peux encore chanter la chanson du générique.

Et si vous vous souvenez de la farouche Zora, allez-y épatez moi.

lundi 23 février 2015

Imagination débordante

On dit souvent que les enfants sont doués d’imagination, et je veux bien le croire. Gamine, mes fées ont été largement généreuses à ce sujet. Il n’est pas faux de dire de moi que je suis une personne fantasque, puisque dans son sens littéral, et littéraire, les gens qui me côtoient s’accordent à dire que je suis « pleine de fantaisie, d’originalité et bizarre ». Merci mon cher Larousse !

Enfant, je voyais des formes là où d’autres enfants de mon âge ne voyaient rien. Je pouvais passer du temps à regarder les nuages en m’imaginant tout un bestiaire dans la forme de celui-là, ou de l’autre. Comme mon penchant pour le retrait et la réserve était bien prononcé, cette occupation m’a permis de développer ce sens de l’imaginaire qui me caractérise. Encore maintenant, je peux discerner un visage, ou un animal fabuleux dans un pan de mur, là ou quelqu’un de normal – comme je hais ce mot, y verra juste une fissure, un accident, un hasard. 
 
Petite, je me souviens parfaitement d’un épisode où une de mes sœurs m’avait taquiné à ce sujet. Je leur avais expliqué alors que je pouvais voir un personnage de BD évoluer au gré de mes envies, en y pensant fortement. Je leur demandais « alors vous voyez quelque chose ? ». « OUI OUI » et ainsi de suite, jusqu’à ce que cette même sœur éclate de rire, en me disant qu’elle ne voyait absolument rien et que j’avais une imagination trop débordante.

Cet épisode me ramena à l’ordre. Plus jamais je n’essaierais de partager cet espèce de « don » qui était tout un plus qu’un imaginaire fertile. Mais je continuais néanmoins mes rêveries, en silence. 
 
Parfois on pense que je suis ailleurs, ce qui est peut-être vrai. Parfois je suis juste fatiguée et j’essaie de faire un effort pour écouter l’autre. Parfois, la conversation m’ennuie et je fais en sorte de rester absorbée afin de donner à l’autre l’illusion que je suis bien là. Physiquement, car psychologiquement c’est autre chose. Parfois j’imagine. Je retombe dans mes anciens travers.

Mais souvent aussi, mon imagination m’a fait entrevoir des choses qui je pensais vraies et qui se révélaient fausses au final. Interpréter des gestes ou des intentions qui n’étaient que de la politesse, tout au plus. Aujourd’hui, je ne laisse plus mes chevaux s’emballer comme avant. Je suis circonspecte sur tout et suis comme Saint Thomas, qui ne demande qu’à croire pour le voir. Sauf que là, il s’agit de me le dire pour que j’y croie.

Alors, si un jour je vous raconte ce que j’imagine juste au moment où nous parlons - parce que souvent dans ma tête c’est un vrai bordel ; si un jour donc, je m’abandonne à vous, c’est que je vous aurais fait confiance.

mercredi 20 juillet 2011

Le temps d'un week end

On revient toujours sur les lieux de ses premiers crimes, au tout au moins les endroits si familiers où on a vécu toute son enfance, et puis son adolescence. Le temps d'un week-end on remonte le temps, cette étrange machine à voyager dans les souvenirs lorsqu'on marche à nouveau dans les rues, ces mêmes rues que l'on a sillonné des millions de fois.

Le temps d'une respiration, face à la vie qui va trop vite ; le temps de se débarrasser de tous ces automatismes ; le temps de se délaver de toute cette fatigue accumulée – une femme rendue presque neuve au sortir du dimanche soir. Les gens ont si peu changé. Ils ont vieilli, bien entendu mais dans le fond, ils restent les mêmes, tels que vous les avez laissé il y a 12 ans.

Le revoilà le square du haut duquel nous sautions – cap ou pas cap ? Le pharmacien, égal à lui même derrière son comptoir. Seule la barbe a été rasée et les murs rafraîchis d'un coup de peinture. La fleuriste n'a pas changé sa devanture, même si pour l'heur le magasin semble fermé. Le collège est toujours là, un peu moins splendide, un peu plus terne. Avec un peu d'imagination, on pourrait presque entendre les rires et les cris des gamins que nous étions lorsque la sonnerie nous délivrait enfin de notre journée. Le petit banc sur lequel je m'asseyais, face au cimetière allemand, et sur lequel d'ailleurs je continue de m'asseoir, entourée de technologies et ma clope au bec... mais non, pas cette fois car un inconnu nanti de son affreux cabot se repose à l'instant où je passe en vélo. Nos regards se croisent une microseconde avant que je ne poursuive ma route.

Bien sûr, il y a tout de même des choses qui ont changé : la façade rutilante du bistrot où j'osais à peine mettre les pieds. Le mur, bétonné, de la supérette pour ne plus avoir à subir les violences de jeunes désoeuvrés, là où se trouvait jadis la sortie. Et puis à côté, un distributeur de boissons, incongru. Carmélino n'existe plus non plus, depuis longtemps hélas. Pour à peine 10 francs, nous sortions de l'épicerie avec un sac bourré de bonbons. Mais qu'est-ce qu'1 euro 50 maintenant ? Rien du tout. Et mon vieil amour, que je croise de temps en temps sur la toile... des photos où les cheveux se clairsèment, le long des golfes clairs ; le fossé continue de se creuser entre lui et moi, inéluctablement.

Et finalement, le temps d'un week-end, on se rend compte que rien ne reste finalement immuable, à part peut-être dans les yeux de l'enfant que l'on a été autrefois.

C'est ça aussi, revenir chez soi.

mardi 12 janvier 2010

Il suffirait...


Il suffirait de pas grand chose pour que j'ai tes nouvelles, pour peu que tu acceptes mon invitation, si tant est que je me décide à te l'envoyer. Toi aussi tu as succombé à la modernité, ce lien social si virtuel. Il suffirait de pas grand chose pour que je sache où tu en es, mais je ne peux pas.
Il suffirait... que je sache comment tu vas, avec qui tu aimes, avec qui tu ris, pour qui tu te fais du souci. Nos routes se sont séparées il y a bien longtemps, par ma faute je le crains ; parce que la vie c'est comme ça, faite de hasards, de rencontres fugaces ou de "on aurait pu". Moi j'ai quitté mon nid ; toi tu as préféré rester là bas, près des tiens.
Que deviens tu donc, mon ami, le seul pour qui j'éprouve encore un peu, beaucoup, d'affection ? De la tendresse aussi. De la nostalgie sans doute. Et si... Qu'avons nous accomplis, adolescents devenus adultes loin de l'autre ? Il suffit que je tape ton nom, vois ta photo, et tu n'as changé ou si peu. Ton regard reste le même. Qu'en est il de ton sourire, celui qui tu décochais sans cesse pour faire un pied de nez à tous les arrogants, tous les moqueurs, ceux qui te raillaient parce tu es différent, ceux qui persiflaient derrière ton dos ?
Il suffirait de pas grand chose pour que je retrouve la magie de celui que j'aimais jadis, mon amoureux imaginaire, de chair et de sang, mais non avoué. Tous ces non dits, ces phrases en suspens, ces actes manqués.
Il suffirait de pas grand chose, je sais, c'est bête. Un simple clic et la messe serait dite. Mais je ne peux pas.
Alors je ferme la page et je repose la souris.

dimanche 10 janvier 2010

L'odeur de la cannelle

Le billet qui suit a été initié sous l'impulsion de Boubou qui, au détour d'une conversation MSN, m'avait demandé de raconter un Noël traditionnel "à la Portugaise". Voici donc mes impressions d'enfant. Ceci clôt les "Cartes postales de Noël"... jusqu'à la prochaine qui sait ?

D'aussi loin que mes souvenirs remontent, j'ai toujours adoré la cannelle. Des amis m'ont d'ailleurs offert des cadeaux en rapport direct avec cette odeur (parfums, savons, confiture : tout ce qui est possible et imaginable de trouver dans le commerce). Pourquoi la cannelle ? Parce que, comme une évidence. Une senteur irrésistible, celle que je préfère entre toutes.
Cette odeur m'accompagne depuis toujours. Elle est indissociablement liée à la préparation des fêtes de fin d'année et à celle des desserts en particulier. Pour d'autres, il s'agit de la vanille, de la fraise ou de la framboise, mais pour moi, cette odeur si riche me fait succomber avec un égal bonheur.
Nous étions des gamins excités par l'idée que, pendant la nuit le père Noël passerait chez nous tandis que nous dormirions parce que fatigués - mieux encore que le marchand de sable. Oh, rien d'extravagant dans les jouets : rien que de très classique comme un lit de poupée, des baigneurs pour les filles ; des voitures et un jeu de mécano pour les garçons, ou encore des boîtes de jeux pour tout les enfants - dames, petits chevaux et backgammon. J'avais une passion pour les légos à monter et à demonter à l'infini. Je construisais des vaisseaux spatiaux tout droit sortis de mon imagination.
Juste avant de fêter dignement Noël, ma mère s'activait aux fourneaux toute l'après midi. Le temps s'arrêtait chaque 24 décembre. Nul besoin de sortir dans les grandes surfaces pour acheter le dernier cadeau, qu'on a oublié, la boîte de chocolats qui dépanne, ou traîner dans les rayons afin de dépenser son dernier argent dans une course consumériste frénétique. Non, j'avais le sentiment que le temps s'arrêtait vraiment cette après midi là et qu'on pouvait souffler quelques heures avant de se mettre tous autour de la table. La cuisine étant pièce gardée, nous passions donc le temps à jouer et à crier dans nos chambres.
Mon père s'occupait des vins – descendre à la cave, choisir lequel irait avec chaque plat, et souvent, il cuisinait le bacalhau, rituel, traditionnel, ce poisson devenu si cher et pourtant qui, il y a à peine un demi siècle, était encore considéré comme le plat du pauvre. Un dicton portugais affirme qu'il existe 365 recettes de morue, autant que de jours dans l'année, tellement ce poisson était bon marché. Je n'ai jamais testé la véracité de la sagesse populaire, mais je veux bien croire en l'ingéniosité des cerveaux quand il s'agit d'accommoder diversement un plat unique. Généralement, mon père accompagnait ce bacalhau de pommes de terres nappées d'une sauce à l'huile d'olive et d'ail pilé, ainsi que du chou comme légume. Je préfère la version four de ce plat traditionnel, "le bacalhau assado". Question de goût.
Je l'avoue : c'était surtout les desserts que nous attendions.
A l'image du sud de la France avec ses 13 desserts, sur la table étaient disposées une multitude de bonnes choses sucrées : des rabanadas, pain perdu confit dans du lait, du beurre, avec une pointe de porto et de cannelle ; de la salade de fruits ; du Bolo Rei ou gâteau des rois aux fruits secs auquel je ne touchais pas ; des noix, noisettes, amandes et noix du Brésil mélangées dans des paniers et que l'on cassait au fur et à mesure de la soirée, plus par pure gourmandise que par faim. Puis il y avait aussi la crème brûlée – influence anglaise oblige, et quand je dis brûlée, elle l'était réellement grâce à une sorte de "fer à repasser" rustique qui servait uniquement pour la cuisine. Il existe aussi d'autres variétés de desserts que je ne mentionnerais pas ici car plus typiques d'autres régions du Portugal.
Il y avait aussi, et surtout, l'aletria dont je raffolais. Cheveux d'anges cuits dans du lait et du sucre, refroidis avant dégustation et saupoudrés largement de la cannelle que j'aime tant. Certes, à la vue, cela formait un bloc à l'aspect singulier mais je n'étais pas la dernière pour y couper de larges tranches. Et ma mère savait pertinemment que le plat se viderait rapidement.
Pour couronner le tout, nous avions chacun droit à boire un verre de porto – oh inutile de s'offusquer, les verres à porto sont minuscules – un dé à coudre ou presque.
Bien sûr, il y avait la messe de minuit... à 18 heures mais je me souviens d'y être allée une seule fois. Je présume que l'église était remplie de bien plus de gens du village où j'ai grandi que nous, immigrés issus d'un pays à priori fortement catholique.
Depuis, les traditions se sont peu à peu diluées dans la modernité ambiante. Cette année, quand je suis repartie dans ma famille, nous avons eu droit à un réveillon typiquement français. Je ne m'en plains pas, loin de là, mais une pointe de nostalgie tout de même à cause de cette odeur de cannelle.
Cette année aussi, j'ai essayé de faire des rabanadas à mon tour dans ma petite cuisine, mais l'expérience a viré au ratage digne d'un chimiste étourdi.
Alors, si vous voulez me faire plaisir un de ces jours, n'hésitez pas : des bâtons de cannelle suffiront à mon bonheur.

lundi 7 décembre 2009

Elles sont...

Les filles bien sont celles que l'on garde envers et contre tous, malgré les aléas et les fracas. Elles ne sont pas bien parce qu'elles sont vertueuses, mais elles le sont tout simplement parce qu'elles vous font grandir au moment où vous en avez le plus besoin. Elles ne jugent ni ne blessent intentionnellement et, si elles vous houspillent, ce n'est pas gratuit car elles savent que sous vos dehors, vous êtes au fond quelqu'un de plus fragile qu'il n'y paraît.

Les filles bien sont celles que vous chérissez sans les avoir continuellement au bout du fil ou au bout du mail. Elles passent parfois un instant, le temps d'un thé ou d'un café, et vous riez aux éclats malgré les rides de souci qui se plissent sur votre front. Une petite voix vous demande : mais qu'avez-vous en commun ? Vous n'en savez rien, si ce n'est que, pour quelle raison improbable, vous vous sentez proches d'elles malgré les différences : l'âge, la distance ; la vie, tout simplement.

Pas besoin de les nommer. Elles savent qui elles sont, sans fioritures ni besoin d'éclat. Elles sont là et c'est déjà beaucoup. Elles sont... tout simplement

lundi 26 octobre 2009

Achèvement de cycle

Je ne parlerais pas ici de cycles de lavage - quoique le sujet peut paraître instructif quand on y songe, lorsqu'on parle de température, ou qu'on regarde l'étiquette des matières délicates. Le parallèle finalement n'est pas si loin de la réalité. Je voudrais parler de ce sentiment qu'à un moment précis, tout bascule. Il ne peut s'agir parfois que d'une simple pichenette. D'autres fois, un véritable clash. De cet événement naît une attitude. Se libérer du mal que l'on nous fait, que l'on nous a fait, et toutes les excuses du monde ne peuvent rien changer quand on a le sentiment que quelque chose s'est cassé. J'appelle ça les liens vénéneux et la nécessité de s'en défaire... Ad nauseam.

Je suis peut être campée sur mes positions. Je suis peut être très sévère mais, comme quelqu'un me l'a si bien dit récemment, quelqu'un que j'aime "crécré fort" et qui est loin de moi - elle seule le comprendra : "prends soin de t'entourer des gens qui sont bienveillants avec toi ". Dont acte.

Achèvement de cycle donc.

Le tambour de la machine s'est arrêté. Paré pour l'essorage. Le filtre a bien retiré les salissures. On retire le linge.

Vous voyez, on y vient finalement au cycle de lavage !

vendredi 18 septembre 2009

L'être et le savoir

Depuis que j'ai annoncé quelles étaient mes véritables attirances, la même question me revient sans cesse : es-tu sûre que tu ne changeras pas encore ? Sous entendu revenir vers les garçons...

La réponse est non. Définitivement non. Je sais, ça paraît catégorique, mais je n'ai plus aucun doute là dessus. S'il m'a fallu 35 ans pour définir qui je suis et accepter une vérité que j'ai inconsciemment refoulé, ce n'est pas pour refaire le chemin inverse. Je reviendrais sur ces signes plus longuement une autre fois, de manière ludique. Le billet est prêt mais il me reste encore à apporter quelques modifications.

Plus sérieusement, accepter cette vérité après être passée par une phase d'introspection – aimais-je vraiment les filles ? Les garçons ? Les deux ? - et ces multiples questionnements, ne peut être remis en cause par cette question récurrente qui me fait sourire au final.... comme si c'était une lubie passagère de ma part et non une véritable évolution puisque je reviendrais dans le giron de l'église hétérocentrée.

En discutant ici ou là, certaines personnes se reconnaîtront sans doute, j'ai longuement expliqué ce qui m'avait amené à cette certitude. J'ai ensuite souligné la chance – je dis bien la chance – que j'avais eu de me révéler à un âge aussi tardif. Je ne suis pas sûre que la chose eût été plus aisée si je l'avais compris à 20 ans, tellement j'étais mal à l'aise dans mes pompes en bon petit canard boiteux. Le canard n'est pas devenu le cygne du conte d'Andersen, mais je me contente de ce qu'il me donne. Je me satisfait de cet équilibre fragile.

Désormais, je peux le dire clairement que je vis la « chose » de manière posée, sereine, sans forcément le brandir haut et fort – je ne le clame ni ne m'en cache pas... ça aussi j'y reviendrais un autre jour. Je réfute l'appartenance à une communauté qui me donne souvent l'impression de tourner en rond. S'enrichir de la différence, des diverses cultures ou sensibilités c'est bien aussi. Je le vis de la manière la plus naturelle qui soit, sans avoir à me le prouver chaque jour ou le prouver à qui que ce soit. Ceux qui ne l'acceptent pas et bien, tant pis, je passe mon chemin. Le package est livré tel quel. Voilà, toujours ce mot – naturel – qui revient.

Cela ne veut pas dire pour autant que je vais devenir une pro de la gachette verbale anti hommes, puisqu'il se trouve que l'un de mes meilleurs amis est un garçon justement.... sauf si entre temps il a décidé de changer de sexe, sait on jamais ? Mais non L. Je plaisante.

mardi 1 septembre 2009

Crayons, gommes, cahiers de brouillon

En passant toute à l'heure dans une grande surface, et devant la foule de mères affublées de leur marmaille, poussant leur caddies en soupirant de fatigue, je me suis souvenue de l'excitation que je ressentais juste avant la rentrée scolaire.

Munis de nos listes, nous trottinions gaiement derrière nos parents pour qui c'était là plus une corvée qu'un plaisir. Pour nous, ces emplettes avait quelque chose de spécial. Tous les compteurs étaient remis à zéro et nous repartions pour la plupart vers l'inconnu – de nouveaux camarades de récré ; de nouveaux profs.... mais toujours les vieux préfabriqués dans lesquels nous grelottions en plein hiver, faute de place en attendant que les travaux d'agrandissement se terminent.

Le rayon des fournitures était notre royaume. Encore maintenant, j'aime passer parmi les crayons de couleurs ou à mine grasse, les cahiers de brouillon et les pochettes de Canson A4.

Tout était neuf, vierge de notre année à venir. Tout restait à écrire sur ces cahiers de textes où chaque jour de la semaine était représenté par une couleur différente. Les agendas de marque sont désormais préférés à ces cahiers de bord au charme naïf. L'odeur du neuf me mettait en joie et je m'échappais du reste des courses, plus ordinaires, afin de passer du temps parmi les règles, les rapporteurs, les compas, les gommes ou autres outils indispensables au collégien. Le reste de l'année, j'esquivais plus ou moins ces rayons. Plus tard, mes pas se porteraient vers la VHS, puis les DVD, et la musique.

La rentrée était également l'occasion pour nos parents de refaire une garde robe, ou tout au moins de nous offrir une "tenue de rentrée" digne de ce nom. Oh, rien de d'extravagant ; juste un jean, un sweat shirt ou un joli pull, et des baskets que mes pieds mettraient des semaines à casser.

Le compte à rebours commençait après les courses.

La veille proprement dite, j'avais toutes les peines du monde à trouver le sommeil, me retournant sans cesse dans mon lit, angoissée et énervée à l'idée de repartir pour une année.

La semaine qui suivait était à l'image de cette excitation que nous ressentions : le prêt des manuels que nous devions recouvrir et sur lesquels nous devions coller l'étiquette à notre nom, ainsi que notre classe ; les professeurs que nous découvrions ou que nous retrouvions et, pour qui chaque première heure de cours, commençait par l'immuable : "prenez une feuille à grand carreaux, coupez là en deux, et notez votre nom, celui de vos parents et leur profession.... " ; la cloche qui sonnait les premières récréations et le préau ou tout le monde s'assemblait par petits groupe, nous nous racontant nos péripéties, un pied encore dans ces vacances pas si lointaines.

Cette semaine d'avant la rentrée justifiait à elle seule l'attente de nos derniers jours d'août.

Le reste de l'année retombait ensuite dans une douce routine – le bus à prendre, le vélo quand il fait beau, les repas pris à la cantine ; une routine ronronnante, rassurante, lénifiante.

lundi 10 août 2009

Petit pays

Trottiner dans les rues pavées au cordeau qui mènent tout droit à l'océan, là où les sirènes n'existent plus que dans le bestiaire des rêveurs. La serviette de bain dans le sac de plage, les pieds sanglés dans des sandales usées mais confortables. Anticipant le plaisir de passer, en rentrant, dans un "salão de chà" pour y manger quelques douceurs en buvant un coca bien frais ou pourquoi pas, tout simplement un thé noir ?

Longer la côte nonchalamment. Regarder d'un oeil attristé le banal spectacle des détritus jonchant le sable fin, jetés là par des touristes sans peur ni reproche, pourvu qu'ils laissent quelques billets dans l'escarcelle. S'arrêter un moment pour regarder le phare, intact et sali, fidèle boussole des marins en perdition. Le regarder une ultime fois avant que la marée ne reprenne son ascension dévorante.

Se souvenir qu'on a été ici et là, à la "pêche " aux mûres sauvages, en se barbouillant les genoux et les coudes des fruits éclatés car la gourmandise nous dicte sa loi – d'ailleurs la bouche est là pour en témoigner ; ne plus savoir si c'est bien là le suc des fruits ou encore les écorchures que l'on s'est fait sur ces traîtres rochers.

Traverser la rue en ne regardant ni à droite ni à gauche – quelle inconscience ! - mais en sachant que nul chauffard ne surgira dans cet après midi étouffant où tout le monde fait la sieste, les petits comme les grands. Ouvrir la porte de l'épicerie où la clochette tintera, vous annonçant, en quête de friandises, de celles que l'on ne trouve pas ici ; des gommes à mâcher que l'on adore entre toutes aux saveurs variés – fruits des bois, fruits rouges et banane, et autres plus exotiques. Compter ses sous avant de les tendre, hésitante, en se disant que les adultes vous donneront bientôt quelques pièces.

Regarder la grand mère vêtue de noir comme ces veuves qui sont seules depuis tant et tant d'années ; la regarder se diriger vers le fond du jardin et ne pas vouloir assister à la mise à mort, entre coq, poule et lapin.

Puis les dîners en famille où l'on doit chercher des chaises supplémentaires chez les voisins. S'entendre dire qu'on est malingre et cette phrase devenue rituelle "come rapariga" (mange ma fille).

Jouer au ballon dans la cour, cousins et frères mélangés. Pousser un cri de désespoir quand il atterrit chez "o velhote", acariâtre et bougon, dérangé une nouvelle fois par ces garnements que nous sommes le suppliant de nous rendre notre trésor.

Entendre la sirène des bateaux qui rentrent au port, la nuit, enfouie sous les draps comme le faisait mon grand père avant moi. Ne pas pouvoir dormir autrement, curieusement comme si l'héritage c'était cela, ces petites manies étranges qui sautent une génération.

Partir tous ensemble une nuit et ne pas s'en souvenir. Traverser la frontière. Plus loin, la liberté. Devoir apprendre une nouvelle langue. Affronter ces regards étrangers... mais non, puisque les étrangers ce sont nous.

Revenir, un peu, beaucoup, comme ces milliers de touristes chaque année. Réapprendre ces mots qui ne viennent pas tout de suite, ces phrases qui ont du mal à sortir, cette langue qui fourche car désormais l'on pense en français. Petit à petit, se débrouiller, baragouiner, se faire comprendre, se faire charrier avec cet accent qui n'est plus celui de là bas.

Grains de sable pour ne pas oublier qui je suis, d'où je viens, même si tous ces souvenirs qui remontent sont ceux de la vie que je mène depuis que je ne suis plus dans ma terre, mais qui sont nés de ma plume cette nuit ; fragments sélectifs quand j'y retourne comme en pèlerinage. Fille d'immigrés.

Mon pays. Mon petit pays. Je t'aime beaucoup. Terra pobre cheia de amor. Merci Cesaria.