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jeudi 13 juillet 2023

Résilience

 Je n'ai pas pour habitude d'exploser. Cela m'arrive de grogner comme un ours mal léché mais je tempête la plupart du temps contre les objets ou contre moi-même ; je m'énerve et ça retombe ou il faut me laisser dans mon coin jusqu'à ce que le ruminant arrête de remâcher les mêmes choses. Mais aujourd'hui pour la première fois, depuis longtemps, je ne crois pas l'avoir fait par le passé, j'ai perdu mon calme face à quelqu'un qui pourtant me paie pour faire un travail quotidien. Jamais au grand jamais je n'ai été aussi frontale, aussi brutale comme peut l'être la vérité quand on a en face quelqu'un de soi quelqu'un qui déverse son stress sur votre anxiété en vous malmenant au prétexte que c'est bientôt les vacances et que vous serez seule à voguer sur le navire.

La vérité fait mal à entendre il est vrai mais j'ai décidé il y a très longtemps, quand j'étais le bouc émissaire de toute une classe, que plus  jamais je ne me laisserais faire. Je ne suis ni le paillasson sur lequel on essuie ses pieds crottés, ni un punching-ball qu'on valdingue à l'autre bout de la pièce pour passer ses nerfs. Je ne suis pas un robot mais un être humain, de chair, de sang et d'os et je ne sais pas si j'y ferai de vieux os.

J'en suis sûre même.

J'ai des épaules larges  certes, celles du taureau rassurant mais à force d'encaisser, le taureau a fini par charger et cela peut s'avérer sanglant. Pour une fois, ce n'est pas le toréro qui mate l'animal avec ses banderilles mais bien l'animal qui met à terre son bourreau. L'image est forte, certes, mais ce  harcèlement continuel, ces piques, ces réflexions pour des broutilles, ne peuvent pas perdurer éternellement. 

J'ai fait acte de résilience à de nombreuses reprises dans ma vie et elle ne m'a pas épargnée cette sacrée garce ; ce n'est pas pour que les névroses de quelqu'un d'autre essaient de percuter cet équilibre que j'ai fait enfin réussi à bâtir.

Et il y en aurait à dire sur la résilience et la capacité de résistance que j'ai eu  à éprouver durant ces longues années. 

C'est bien dommage d'en arriver là après avoir plusieurs fois pointé du doigt ce qui n'allait pas. Je me souviens de ces mots assénés comme une vérité intangible ce matin  : "on est tous dans le même train et je viens de déclencher l'alarme, et maintenant on fait quoi ?"

Maintenant on fait quoi ?

Moi je suis sûre de de ce que je ne veux pas, ne veux plus.

La vie est trop courte pour s'infliger ça.


mercredi 16 novembre 2022

Harcèlement immoral

On parle toujours de moral quand il s'agit de harcèlement. Moi je pense le contraire. D'où qu'il vienne et quoi qu'il en soit, le harcèlement est toujours un acte immoral car il sape toute confiance en soi. Il en faut du travail sur soi et des années avant de remonter. 

J'en ai été hélas la victime. Même si ce mot "victime" me répugne au plus haut point.

Remontons le temps à quelques années. Bien avant que je change de domaine et de métier. 

Quand on a une personnalité forte telle que la mienne, c'est toujours curieux de voir toutes ces attentions qui se cristallisent autour de soi. Et quand  je parle d'attentions il ne s'agit certainement pas de bienveillance. Le fait est qu'on ne harcèle pas une personne faible mais bien celle qui a un caractère en dehors de la norme, qui se démarque non pas pour être différente mais juste parce qu'elle est incapable de penser autrement, de rentrer dans un moule ; celui que la société veut nous imposer afin que nous faire croire que nous aussi on a droit à notre part du gâteau. 

Des études ont été faites à ce sujet sur la typologie des harceleurs et des harcelés. Je n'invente rien. 

Je suis pourtant une personne simple. J'aspire à peu de choses en vérité. Juste faire mon trou et me sentir bien dans mes baskets à défaut de ma peau.

C'est dans le cadre du travail que j'ai subi de plein fouet cette attaque permanente, insidieuse. Il y a plus de de dix ans déjà. Ce genre de choses vous marque, comme la fois où vous avez été le souffre douleur de toute une classe. A croire que ce genre de phénomène vous colle comme une ombre où que vous alliez.

Au début vous n'y prêtez pas attention. Mais quand ça se répète dans le temps et la durée, ça change la perspective. 

Ce sont des remarques où, sous couvert de dire que c'est normal que votre salaire soit plus élevé - à chaque réunion de l'équipe -  parce que vous travaillez avec une clientèle différente, vos collègues commencent à vous regarder différemment, avec envie certainement. Comme si les maigres sommes ajoutées à votre salaire au ras des pâquerettes étaient dignes d'un cadre. Un peu au dessus du SMIC en vérité alors que vous générez du chiffre d'affaires. Or, vous avez été embauchée expressément pour ces raisons et à ces conditions. 

On croit que votre chef vous soutient devant tout le monde. Mais c'est pour mieux vous descendre dans votre dos, mon enfant.

Cela s'intensifie dans le temps. Cela dure des mois. Deux ans en fait. Des remarques, des piques, des mauvaises conditions de travail dans le bruit des travaux pour agrandir le magasin. La goutte d'eau : on ose vous dire que vous êtes tombée malade au plus mauvais moment. Non, vous êtes restée en incapacité de travail durant toute une semaine pour coups et blessures. Et non, ce n'est pas une maladie. C'est la violence des propos et de cette société  malade, qui vous repousse dans vos retranchement, vous met plus bas que terre juste par ce que l'injustice est la chose qui vous révolte le plus au monde.  

Alors vous éclatez, devant témoins. 

Puis ça se tasse. Vous vivez un court répit.

Le chef change. L'ancien est trop mou et a reçu une pseudo-promotion. Vous comprenez alors que le nouveau est là pour faire le ménage. Vous faites partie des poussières à déblayer. Entre quatre yeux, sans témoin bien sûr, il n'a aucun scrupule à vous dire qu'il est là pour un but bien précis tout en vous fixant du regard. Il va recadrer tout ça. 

Et la guerre larvée, de sourde devient tempête. 

Je ne vais pas entrer dans les détails. Peu de gens ont bien voulu témoigner en ma faveur. On a toujours peur d'être celui sur qui le harcèlement se reporte. J'en suis consciente. Les menaces dans le bureau par un collègue qui vous manipule : le responsable des ressources humaines qui vous fait du chantage parce que vous êtes une épine dans son pied : tout cela je l'ai vécu. Et bien plus encore. Nous ne sommes pourtant pas dans un épisode de Dallas. Le harcèlement est bien plus répandu que les gens veulent le croire. 

Avant de déménager, je possédais un dossier gros comme mon bras que j'avais présenté à mon avocat afin qu'il représente mes intérêts. Les mails ; les lettres reçues ; celles envoyés à mon tour ; les notes de services qu'on imprime comme preuves ; les quelques témoignages de profs en votre faveur pour dire qu'ils apprécient votre travail et votre personnalité. Beaucoup de paperasse - tout un bottin.  Mais ça fait son effet. C'est fou : dès qu'on fait appel à un avocat, le discours en face n'est plus le  même !

On parle de prud'hommes. De dommages et intérêts. A 5 chiffres. On marque des points indubitablement dans ce bras de fer qui vous épuise depuis deux ans. 

Je ne suis pas allée au bout de la procédure. Je ne sais pas si c'est une bonne chose. J'ai choisi mon chemin en tout connaissance de cause : je voulais juste partir à mes conditions et c'est ce que j'ai obtenu. Changer de vie. Prendre un nouveau départ.  Nul ne peut juger de la façon d'appréhender les traumas s'il ne l'a pas lui même vécu. Et parfois tout ce qu'on veut  c'est juste se tirer vite fait de cet enfer. 

Tout ce que je peux dire, c'est que la librairie - pour ne pas la nommer, a fermé ses portes à peine 24 mois après mon départ. Je suis partie du Titanic avant qu'il ne coule dans les eaux profondes de l'Atlantique nord .

On appelle ça le Karma. Moi je crois au Karma. Tous les actes bons ou mauvais vous reviennent comme un boomerang. 

Alors faisons en sorte que notre courte existence sur Terre se passe le mieux du monde. N'acceptons jamais ce qui nous semble immoral. 

C'est dur mais le jeu en vaut la chandelle. Il s'agit de ne pas corrompre ses idéaux.

Et son âme. 

mardi 20 juillet 2021

Sans filtre

Je suis communément ce qu'on appelle quelqu'un sans filtre - je n'en vois pas l'intérêt. Comme ces TSA, troubles du spectre autistique, qui répondent le plus franchement du monde quand on leur pose une question de la plus simple à la plus complexe. Sauf que je n'ai pas de TSA. 

Je ne suis pas la reine de la diplomatie. Ça se saurait. Je vanne comme d'autres snipent des civils en temps de guerre.  Je suis trop franche, il paraît, et ça détonne.

Fut un temps où l'un de mes RH m'avait avoué, entre quatre z'yeux, avant qu'il ne quitte la boîte, qu'une de mes qualités était, je cite " toi, M. tu dis  des vérités bonnes a dire, mais surtout bonnes a entendre".

J'accepte la même chose de mon interlocuteur. C'est le jeu. Je ne supporte aucunement les hypocrites ambiants qui vous disent amen devant et vous poignardent derrière. 

Je les conchie.

Prenons l'exemple de l'entreprise, ce microcosme sociétal où vous passez une bonne moitié de votre vie.

Même si ça part d'une bonne intention, si l'une de vos collègues remarque que ça ne va pas, que vous êtes triste et vous demande pourquoi vous ronchonnez depuis toute à l'heure via le tchat - ce qui est faux, parce que vous avez la sale manie de parler à voix haute devant votre ordinateur. Vous avez alors l'option de faire semblant que tout va bien ; si l'on insiste, que vous êtes mal réveillée... puis finalement vous répondez "si tu le dis" parce que vous n'avez juste pas envie d'étaler vos états d'âme. D'autant que vous n'avez pas fait votre CO à tous les gens que vous croisez dans les couloirs et que vous ne savez pas comment ils se comporteraient. Parfois, on dirait que seuls les hétéros sont les seuls dignes de vivre des histoires d'amour - il n'y a qu'à voir la liste de toutes les niaiseries que nous dégueule à longueur de temps toutes les chaînes confondues durant les festivités de Noël. 

Bref je m'égare. Ce matin j'ai donc esquivé. Je ne voulais pas motiver mon envie de ne pas parler, comme si ce n'était pas mon habitude, moi si bavarde en temps normal. Mais il est certains trucs, comme la chose intime, que je ne dévoile qu'à mes plus proches camarades de boulot et celle-ci n'en faisait pas partie.

Des fois, j'ai vraiment envie de hurler qu'on me lâche la grappe, alors je me contente de sourire, et de balancer une des ces vannes qui font fuir les gens ou les refroidir ; ce qui revient au même puisque c'est là le but.

Bizarrement, quand vous voulez être seule avec vous même y compris dans la cafétéria tandis que vous consultez vos pages internet et que vous avez retardé un maximum le moment de descendre, c'est là que tout le monde rapplique et veut vous parler

C'est à n'y rien comprendre.

Mais je m'égare encore une fois. Je divague.

Comme exemple de mon côté sans filtre, il n'y a rien de mieux que raconter ce fameux jour où, quand je travaillais encore en libraire, lassée d'entendre des on-dits, des racontars sur ma gueule,  je suis allée d'un pas déterminé vers celle qui balançait ces horreurs en lui assénant tout de go : "écoute D., tu ne m'aimes pas, je ne t'apprécie pas non plus, mais on peut faire en sorte de travailler correctement ensemble". Bon, l'exactitude de la phrase n'est pas avérée, mais la finalité et la substance étaient la même. Si mes souvenirs ne me lâchent pas, c'est à peu près la teneur de ce que je lui ai dit ce jour. 

Un exemple parmi tant d'autres.

Ce à quoi cette hypocrite en chef m'a répondu avec un ricanement choqué, ou offusqué, je ne sais encore, qu'elle n'avait ô grand jamais osé dire qu'elle ne m'aimait pas, tout cela d'une manière un peu trop théâtrale - mon oeil quoi !

Je pense que pour la première fois de sa vie, quelqu'un a osé lui dire ce que personne n'osait lui dire. Mais vous savez quoi ? Moi je m'en fous. Je continuerais quoi qu'il en soit. C'est dans ma nature. Quitte à me prendre un retour de bâton, au moins les gens savent parfaitement ce que je pense d'eux. Et s'il faut dire une bonne fois un "merde" bien senti, et bien ce sera moi, bien sûr.

Sans filtre, je vous dis. 

Il paraît que ça ne se fait pas.

Mais je le revendique  haut et : je m'en fous. On est pas sur terre pour se raconter des boniments. 

Sans filtre donc. 

 

 

 

 

mercredi 13 juin 2012

HorrorScope de le la semaine

Ami(e)s taureaux, cette semaine sera vraiment mouvementée. Autrement dit : ce sera une semaine de merde où vous aurez à gérer énormément de petits soucis gros clash au boulot, ce qui vous fera péter, non pas un câble, mais le tableau complet des fusibles. D'ailleurs vous préviendrez vos collègues que si vous passez en mode langage teuton ou lusitanien, c'est que vous êtes vraiment, vraiment énervée. D'ailleurs, aussi, vous allez exprimer clairement vos idées en déclarant haut et fort «On passe vraiment pour des cons bouffons vis-à-vis du clients ».

Heureusement il y a le week-end où vous pourrez vous petit-suicider à la Vodka. Et si ce n'est ni efficace, ni rapide, vous pouvez encore passer directement à l'alcool à 90°.

Mon conseil : ne prenez aucune décision d'ici la fin de la semaine de peur de vous retrouver la tête dans le sable et les nerfs plus qu'à vif.

mardi 15 mars 2011

Quelques notes Intrépides dans un monde de brutes

Quelques nouvelles pour ne pas vous donner l'impression que je ne loue plus ce magnifique appartement virtuel que m'a royalement octroyé Blogger :
Que dire ?
Commençons donc par le boulot.
Si j'ai auparavant effectué ce type de travail, j'apprends en vérité un métier que je ne connaissais pas vraiment.... ou plutôt un domaine que je ne connais que de nom mais que j'apprécie en tant que consommatrice plus qu'occasionnelle (je parle évidement du produit mais chut, je n'en dirais pas plus et si d'aventure tu passes par là, Plume Vive, laisse moi ton adresse mail pour les détails).
Aussi, chaque jour ne ressemble pas à la veille. Vous m'auriez vu il y a une quinzaine de jours : j'étais pendue au téléphone, parlant baragouinant en anglais avec une potentielle (?) exportatrice vers l'Asie. Bref, on me paie pour m'éclater : que demander de plus ? D'ailleurs j'ai hésité à insérer ce billet dans « la jungle »... mais il n'est pas exclu que je vous parle encore de mes années librairies pour alimenter le biduloscope – je pense notamment à ce jour charmant qu'est celui de l'inventaire, la tronche enfarinée à 4h du matin. Vu par une ex-libraire, ça peut avoir de la gueule, qu'en pensez-vous ?
Parallèlement à ça, j'améliore mon swing jeu de jambes cyclistique. Je ne suis pas prête à faire le tour de France, c'est vrai, mais le tour de Lille est dans mes cordes roues, ou plutôt les tours et détours dans les rues, à me faufiler entre les voitures – c'est d'un pratique, et je découvre, ô combien, la griserie de pouvoir me déplacer de manière plus rapide et agréable dans une métropole qui, il faut bien le reconnaître, fait en sorte d'inciter les gens à circuler autrement qu'en voiture. Mon postérieur a fini par se plier, de mauvaise grâce les premiers jours, à la dure loi de l'attraction terrestre, enfin de la selle de compét'.
Par dessus le marché, une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, et vu le goût de revenez-y printanier, je veille également à améliorer ma vie sociale. Vous me rétorquerez que ce n'est pas difficile vu le degré zéro de ces derniers mois. Vous n'auriez pas tort. Toujours est-il que l'ours repart, tranquillement mais surement, sur sa banquise pour laisser la place à l'hirondelle. Du coup, je redécouvre le plaisir de m'asseoir dans l'obscurité parmi de parfaits inconnus – si vous n'avez pas encore vu Black Swan : courrez-y - et je ne dirais pas non à un rendez-vous avec le dernier Klapisch. De même, ma fréquentation des bars* s'est accrue ces dernières semaines. C'est le moment de me demander d'autres recettes de cocktails, les filles !
Voilà, un billet un peu fourre-tout ce soir mais je compte bien revenir avec des sujets tout nouveaux tout beaux . Mon carnet à notes a repris son chemin dans ma sacoche et les terrasses qui poussent comme des champignons vont certainement me tenter !

* Enfin un seul surtout. Je vous laisse deviner lequel !

lundi 13 septembre 2010

Rentrée des classes - Game Over


Durant 4 mois au minimum, une librairie ressemble à une ruche... enfin, surtout les rayons scolaires, livres de poche et papeterie. Nos amis les collègues DVD/musique regardent passer le TGV tandis qu'ils répondent mollement aux questions des rares clients en magasin. Il faut savoir qu'une rentrée se prépare dès début mai. Pour ma part, je commençais à recevoir les commandes un peu avant car il fallait livrer les écoles avant la fin de l'année scolaire. Tout un chacun doit donc s'organiser un maximum pour que la ruée se passe au mieux. Oui mais tout n'est toujours pas si simple au royaume de Libraire-Land. C'est sans compter les rouages dans la machine, l'huile qui est bonne à jeter, les couacs dignes d'une fanfare désynchronisée... et les nombreuses crises de nerf.
Commençons par les fameuses listes, celles que tout libraire digne de ce nom se doit d'obtenir afin de préparer les quantités qui vont s'empiler sur les tables. Ne croyez pas que la liste est synonyme de sésame : il faut en effet se renseigner sur le nombre de classes qui vont utiliser tel ou tel manuel, vérifier si le code barre est correct et, à ce jeu, on peut avoir des surprises désagréables, vérifier également si l'édition demandée est toujours disponible auprès du fournisseur. On a souvent le cas d'un livre épuisé : c'est alors la croix et la bannière pour prévenir le professeur qui parfois, il faut l'admettre, fait sa tête de mule, pire que moi. On a beau leur dire : "la nouvelle édition est parue, celle que vous demandez n'existe plus" : ils s'en foutent comme de l'an 40 , comme de la prise d'Alésia par Jules César devant un Vercingétorix furibond. J'exagère peut-être mais j'ai déjà vu le cas de certains qui restent campés dans leur position et veulent garder à tout prix leur manuels tout miteux,  en aucun pas par nostalgie. On se demande jusqu'au se niche la radinerie ? Je pourrais vous en citer des profs qui demandent un bon de livraison pour un livre à 2 euros ou mieux, une gomme à 30 centimes. Mais non, je ne vais pas faire ma mauvaise langue...

Et encore, ça c'est quand on les obtient ces fabuleuses listes. Imaginez les ruses de sioux qu'il faut avoir pour obtenir les personnes en question : il y a toujours un assistant de l'assistant de, la secrétaire qui n'est plus la même du jour au lendemain, un temps d'attente téléphonique indéfiniment long puis plouf, plus de communication car toutes les lignes sont occupées  : bref que du bonheur, de la joie et de la bonne humeur, comme dans "la petite maison dans la prairie".


Mais il est vrai que la plupart des lycées et collèges jouent le jeu. L'intérêt de coopérer est tout de même que tous les élèves aient leur matériels et leurs manuels le jour de la rentrée proprement dite. Quelques collectivités ont même l'obligeance d'envoyer les listes sans tarder et sans qu'on ait eu besoin de les demander. 

C'est un fait : le temps joue contre le libraire en cette période cruciale. 

Certains éditeurs obscurs, du genre installés à Trifouillis-les-Oies, ferment pour les congés d'été. Le but de l'opération est de lancer les commandes afin qu'elles soient traitées et livrées une semaine au moins avant le jour fatidique. Le leitmotiv est : de la place, il faut faire de la place. 
Et que dire des conditions de travail !
Imaginez un quai de déchargement vide la plupart du temps qui, d'un coup se trouve inondé de palettes complètes, à perte de lunettes vue de myope. Parce que c'est lourd des bouquins, mine de rien. Surtout quand il n'y a qu'un seul transpal et que les diables, ces chariots si pratiques sont, ou cassés – comme ces caddies de supermarchés qui virent toujours à gauche en bien pire, ou  alors ils sont déjà pris d'assaut.
En tant que responsable des collectivités, je passais le plus clair de mon temps sur ce fameux quai, si possible les portes coulissantes grandes ouvertes, en plein été, pour à la fois profiter du soleil (quand il y en avait) et éviter d'allumer la minuterie tous les quart d'heures. C'était quand même plus sympa : je ne bronzais pas, je profitais de la clarté et parfois on me regardait comme un singe derrière sa cage, en se demandant si oui on non on devait me lancer des cacahuètes. Je passais le plus clair de mon temps à contrôler les quantités et vérifier l'état de la commande. Parfois je repartais dans mon bureau prendre une aspirine avant d'engueuler copieusement houspiller tel ou tel fournisseur qui n'avait toujours pas honoré ma demande et le temps, ça va vite, ma bonne dame ! 

Après la rentrée, j'étais tout le temps écartelée  entre le quai où il fallait continuer à contrôler, et les appels des clients qui n'arrêtaient pas - début de l'hystérie donc. Un coup de cutter est si vite arrivé sur la couverture d'un ouvrage (se reporter ici). Le livreur se plante de jour, voire d'adresse, laisse des cartons sur son quai à lui : tous les combinaisons possibles et inimaginables.
Avant d'accepter ce poste, j'étais du genre fille assez frêle. En 6 ans, je n'a pas eu besoin de fréquenter les salles de sport : essayez de porter des cartons de livres de 25 kilos tous les jours à raison de x fois, et vous comprendrez ! Sans compter les kilomètres de courses à travers les couloirs : Dieu, que je regrette de ne jamais avoir pratiqué les rollers !
J'aurais encore des choses à dire sur l'hystérie collective d'une rentrée scolaire en librairie, mais j'espère qu'au moins vous aurez une certaine idée de ce que ça peut représenter.






lundi 30 août 2010

Rentrée des classes - first round


 J'ai délaissé quelque peu mes "Chroniques" sur la Jungle, enfin le métier de libraire et pourtant, à l'approche de la rentrée, il y a aurait bien des choses à dire sur l'envers du décor. Aussi me suis-je amusée à vous transcrire les impressions d'un(e) pauvre libraire qui subit l'assaut des clients à la veille de ce jour fatidique. Et pour ne pas vous lasser, je vais sans doute vous le proposer en deux parties.


Pendant dix ans, j'ai effectué mon service militaire travaillé la rentrée des classes à la manière d'un boxeur, c'est-à-dire une préparation aussi bien physique que mentale. C'est quelque chose de voir débarquer une horde de clients semblables à des zombies en fast rewind*, agitant devant votre nez le Précieux**, c'est-à-dire LA LISTE, aussi longue qu'un décret au Bulletin Officiel. A défaut de vous sucer le cerveau avec une paille, ils vous pompent allègrement votre énergie et, en fin de journée, vous êtes bons pour recharger vos batteries en suivant un programme bien défini : une douche/décrassage, un repas pris sur le pouce, une soirée vidéo affalé(e) sur le canapé en compagnie du film le plus niais de votre vidéothèque ; assez niais en tout cas pour économiser les quelques neurones qui n'ont pas été encore grillées après cette journée de folie furieuse.
Je me souviens parfaitement d'une fois où j'ai été littéralement assaillie en continu par une vingtaine de personnes qui voulaient tous la même chose, en même temps et, si possible, avant les autres.
Bientôt donc le défilé des parents angoissés, se référant conformément aux fameuses listes, à la virgule près, pour se fournir en toute choses utiles et inutiles pour l'année scolaire.... ou tout au moins pour les premières semaines : manuels scolaires bien sûr et les bonnes fournitures – double décimètre, cahiers à grands carreaux, cahiers de TP, papier Canson, papier millimétré, etc, etc. Puis vient le défilé des futurs bacheliers – un pied dans la préparation, un autre dans les vacances. La plupart du temps, ils semblent encore un peu hébétés, le temps que le chrono se remette en place. Enfin, il ne faut pas oublier la catégorie des profs hystériques qui, incognito, font un tour dans les rayonnages et hurlent à la mort, balisent en constatant que les piles de livres à lire pour l'année ne sont pas totalement remplies... Et c'est pas faute de harceler relancer les fournisseurs, croyez-moi : une vraie course contre la montre pour le vendeur. La tâche est malaisée quand on sait que certains de ces professeurs ont la faculté de commander pour la veille***.
Dans ces conditions dignes des guerres de tranchées, le modeste libraire devient le tampon entre une clientèle en surtension et les éditeurs, toujours à la bourre quand il s'agit des parutions****.
Pourtant, avant que la ruée ne fasse rage, tel le napalm sur le Viet-Cong au petit matin*****, tout n'est pas parfait au Royaume de Libraire-Land.

A suivre...




* Oui, en fast car d'habitude dans les films de zombies, ils sont toujours au ralenti. Avez vous remarqué ?

** Il est à moi, comme dirait Gollum.

*** Proverbe bien connu des libraires !

**** J'ai du attendre 1 AN avant qu'un guide pédagogique paraisse. Commande personnelle d'une prof, heureusement extrêmement patiente.

***** Référence bien entendu à "Apocalypse Now "


















mercredi 16 décembre 2009

Le Pôle, l'atelier et moi

Je ne sais pas pour vous, mais en hiver j'ai tendance à hiberner comme les ours, encore plus cette année – à cet état de fait je n'ai aucune raison à avancer si ce n'est que je n'aime ni le froid ni les jours qui raccourcissent jusqu'à la déprime. Pourtant de temps en temps je me force à sortir...

Enfin telle n'est pas l'exacte vérité car, hormis pour les sorties nécessaires – boulanger, dépannage de courses ou envoi de courriers, j'ai du mal à sortir mon museau hors de chez moi. Remercions donc ici le Pôle Emploi. La semaine dernière en effet, j'ai eu l'occasion de me rendre à un atelier intitulé "simulation à l'entretien".

Il faut bien dire que j'y suis allée à reculons. Depuis qu'on m'a "libéré" de mes obligations professionnelles, je ne compte aucunement sur l'ex-ANPE pour chercher un travail de manière méthodique et systématique. Comme on dit, l'argent ne pousse pas sur les arbres ; en l'occurrence je ne connais personne de mes connaissances qui ait trouvé un job grâce au Pôle – oh la médisante. Toutefois, comme je ne suis pas sectaire, j'ai donc accepté face à l'enthousiasme évident de ma nouvelle conseillère CRP.

Au final, j'ai trouvé ces deux journées intéressantes – qui l'eut crût ? D'abord, je suis sortie de chez moi, hip hip hourra, ensuite j'ai rencontré des personnes d'horizons variés avec qui j'ai bien accroché – j'ai déjeuné avec l'un d'eux dans mon bar préféré, ou dirais-je plutôt, je l'y ai traîné à la pause de midi ? et enfin j'ai ramené ma science... euh, j'ai participé activement aux échanges en apportant mon point de vue sur les diverses simulations que nous avons eu à jouer devant une caméra. Oui c'est l'étape la moins marrante de cet atelier : savoir qu'on est filmé devant une dizaine de clampins, dont moi, disséqué, analysé et, pour couronner le tout, doublement disséqué lors du débriefing à froid dixit l'animatrice – en fait, se revoir sur l'écran avec tout ce que cela comporte de "Ohhhh", "Beeeurk", «"J'aime pas me voir sur petit écran", "Ouiiiiin, c'est moi ça ? ".

Au demeurant, ces deux jours furent tout de même enrichissants. Je me suis rendue compte que, toute ancienne timide que je suis, je n'ai pas peur de me jeter à l'eau quand il s'agit de se présenter la première lors du tour de table, puisque personne ne se décide, ou de participer en apportant le peu d'expérience que je possède – ça c'est pour mon côté faussement modeste car ils ont beaucoup entendu le son de ma voix ces deux jour durant...

Et puis, je n'aime pas décevoir l'enthousiasme d'une conseillère^^ mais euh, je ferais pas ça tous les jours non plus !

mercredi 29 juillet 2009

Atypique

C'est un mot qui me correspond vraiment.

Je constate en effet que, malgré les annonces du type "seule votre personnalité compte" et bla bla bla, je n'ai qu'un mot à dire (enfin deux) : mon oeil ! On nous assène pourtant à longueur de média qu'on est amené à changer de voie professionnelle au cours d'une vie (en plein dedans, ma pomme) mais tout ça c'est du baratin.

Prenons exemple... sur moi tiens. Bien que je sois titulaire d'une maitrise en histoire, je suis pourtant issue d'un bac technique (à l'époque ça s'appelait G3 - commerce - et malgré l'appellation c'est toujours un peu un bac poubelle). Logiquement j'aurais dû être prof mais, comme on dit, les voies du Seigneur étant impénétrables, celles de l'Intrépide aussi, j'ai donc atterri dans le milieu de la librairie en apprenant sur le tas (plus de détails ici) après avoir écumé tous les musées et fait un CES... à la division de l'équipement où j'ai surtout appris le mot "participatif" avec les nombreux pots entre collègues.

Dans mon ancien boulot d'il y a un mois et demi, j'ai durant 6 ans travaillé quasiment qu'avec les collectivités. Un boulot bien plus administratif et commercial que lorsque j'étais en magasin (là on parle en gros sous à plusieurs chiffres). Je me considère donc davantage comme une commerciale (sédentaire certes mais commerciale tout de même). Alors je rigole doucement (pour ne pas réveiller les voisins) quand je vois ces offres trompeuses : votre parcours nous intéresse. Ouais. A d'autres ! C'est exaspérant à la longue.

D'un côté je suis surqualifiée et de l'autre je n'ai pas intégré la bonne école (HEC et j'en passe). Je me retrouve le cul entre deux chaises. Je sais bien que la période n'est pas propice (la crise) , que ça fait pas longtemps que je suis sur le "marché du travail", ni que la période estivale soit idéale, mais ça fait un moment que j'ai constaté ce genre de problème franco-français.

Atypique, j'vous dis (ben oui il y a plein de domaines qui me passionnent et quand on aime un produit, c'est plus facile - je cible donc les annonces en conséquence). Je songe donc de plus en plus à m'expatrier (pas forcément très loin non plus) et cette idée n'est pas nouvelle. Une petite réflexion que je voulais partager avec vous, connaître votre avis et votre cursus.

J'aimerais savoir comment ça marche dans votre coin (je parle bien entendu des lecteurs hors France mais les autres aussi peuvent ajouter, ou non, de l'eau à mon moulin). Sinon je vais faire comme Camille dans "Ensemble c'est tout" et reprendre mon bloc à dessins...

vendredi 30 janvier 2009

Le Libraire c'est Chic*

Pour satisfaire la curiosité de Mademoiselle Marine, ici présente (qui a relevé haut la main le difficile exploit de nous faire venir à Aix en 10 points alors que cela ne fait que quelques mois qu'elle y réside) ; donc pour satisfaire la curiosité de cette jeune personne, je vais parler assez brièvement du "Mais comment qu'on fait pour devenir libraire alors qu'au départ on a étudié l'histoire ?".

Bonne question mon cher Watson euh, ma chère Aixoise. Je vais donc faire un flashback sur mon parcours du combattant.

Le point essentiel étant de dire que ben, euh, on est au chômage depuis un bout de temps (histoire médiévale c'est bien mais ça paie pô) ; qu'on a pété un câble en maîtrise, tellement qu'on en a marre et qu'on se dit "C'est quand que je travaille et que je gagne des pépettes pour pouvoir moi aussi m'équiper chez I**a ? » au lieu de les continuer ces fameuses études ; que malgré notre envie de devenir guide touristique (j'ai un gros classeur pour en témoigner), on se rend compte que, ben ça paie pas non plus des masses et que c'est précaire (vacation quand tu nous tiens). On se retrouve donc fraîchement émoulue nantie d'un diplôme... qui sert pas à grand chose puisqu'on vous répond invariablement "votre profil est intéressant mais vous n'avez aucune expérience"... oui mais comment avoir de l'expérience si personne ne vous donne cette chance ? Je pense qu'on est nombreuses et nombreux à avoir entendu(e)s ce refrain. Bref comme dirait Pépin (y a pas : il reste toujours des trucs d'histoire :p ), après un passage d'un an à la DDE (Division Départementale de l'Equipement), je me retrouve toujours dotée de "pas assez d'expérience" mais toutefois je peux (peut-être plus maintenant) remplir les dossiers de RU (non pas Restau Universitaire mais Renseignements d'Urbanisme). Pour faire court (en vrai j'ai galèré quelques temps encore), c'est à ce moment qu'entre en scène (tada) un organisme dont le but est d'aider les jeunes diplômé(e)s à s'insérer dans le tissu économique de la région... dixit la brochure et le coup de fil du conseiller. Réunions d'information à l'ANPE, beaucoup de blablas, de déplacements et finalement j'accepte de participer à ce genre de "qui veut gagner un job... sans les millions de pesetas ?".

Pendant un mois, nous "apprenons" (sic) à valoriser le (maigre) CV dont nous disposons ; nous simulons des entretiens employeur/futur employé devant un parterre attentif ou baîllant aux corneilles ; nous surfons sur Internet pour cibler les entreprises... etc, etc. Le but du jeu est de décrocher un stage de 5 mois en entreprise payé par l'Etat. Sur les quatre entreprises que j'avais ciblé, les 4 avaient retenues ma candidature (oui ma minute de gloire, sifflement faussement modeste) soit deux librairies, une société d'archives et la dernière.... j'sais plus (vous savez : l'âge !). Hésitatione, hésitatione : quel dilemme ! Je me suis décidée sur une des deux librairies. Et je n'ai jamais regretté mon choix car j'y ai tout appris : passer les commandes de rentrée, accueillir les représentants, ranger les rayons (la première semaine on range... on range et à la fin de la semaine on a un de ces mal de dos de chien d'sa race), conseiller les clients, faire les mises en avant sur les tables ou dans les rayons (le facing). J'ai donc appris sur le tas puisque je n'avais aucune formation initiale (il existe en effet un DUT métiers du livre).

En joignant cette librairie, j'ai non seulement appris un métier mais j'ai intégré une famille chaleureuse où, comme dans toute famille, chaque journée était émaillée de crises de fou rire, de dispute(e), de bonne humeur et de bouderie(s). Je n'y ai que de bons souvenirs.

Voili voilà Mamzelle Marine : satisfaite ? :) (Rho la la, la pub monstrueuse que j'te fais !)

* (j'aurais pu piquer l'idée "sa vie son oeuvre" aaaaaaaaah mais comme je suis dans la chanson en ce moment, alors en choeur "libraire c'est chic")

lundi 19 janvier 2009

Libraire (tout un art !)

Beaucoup de gens ont une idée fausse, voire romantique du métier de libraire.

On s’imagine, à tort, qu’un libraire se contente de rester dans son rayon à ranger et à conseiller tel ou tel livre. Ce n’est que la partie visible de l’iceberg.

Ce métier est physique, exténuant, technique et heureusement, parfois gratifiant.

Physique ?

Les livres arrivent sur palettes, et sont réceptionnés en fonction du dit réceptionnaire qui, s'il/elle n'aime pas les livres, les jette dans les bacs comme une vulgaire tomate qui fait "splash" (shiba wizz... hum non je me trompe de billet – m'enfin le cri d'un livre qui a mal est horrible, parole de libraire :( – fin de la parenthèse). Ou alors quand l'ouvrage fraîchement paru est tout simplement vandalisé par un coup de cutter rageur à l’ouverture du carton ! Vous devez vous ruer sur les diables pour pouvoir tranquillement - ou fiévreusement, au choix, stocker, empiler vos cartons pour ranger les nouveautés dans les rayons qui débordent véritablement à certaines périodes de l’année (rentrées scolaires + littéraires, fêtes de fin d’année). D’où l’éternel souci : faire de la place, de manière systématique.

Comment ?

Le principe est simple en lui même. On distingue deux types d’ouvrages : l’office (ou la nouveauté) et le fond. Les fournisseurs vous obligent, pistolet sur la tempe "vazy tu le prends", de garder un office (une nouveauté) un minimum trois mois dans les rayons avant de pouvoir le retourner (en cas de mévente cela va de soi). Pour le fond, c’est une autre paire de manches car vous devez passer impérativement passer par la case “opération charme ou/et menace” auprès du représentant pour qu’il vous file une AR (Autorisation de Retour en langage clair). Certains sont plus coulants et vous donnent sans broncher cette fameuse AR vierge et signée de leur main ; pour d’autres, il faut batailler ferme sur chaque titre. Il faut également savoir qu’on travaille en plein dans le rayon lorsqu’on reçoit un représentant d’où interruption perpétuelles du client qui vous demande un renseignement, vous commande un livre, etc… Du temps où j’étais libraire - enfin du temps où j'avais pas un bureau à l'écart et du temps où je ne travaillais pas uniquement pour les profs - la visite pouvait durer jusqu’à 4 heures pour détailler l'entièreté du catalogue. Un cauchemar. Un véritable marathon pendant les grosses périodes (rentrées universités et scolaires).

Exténuant ?

On n’arrête pas de courir à droite à gauche, le téléphone sonnant toutes les 2/3 minutes ; jonglant entre plusieurs clients présents en magasin et en ligne. On se prend des réflexions assassines (genre : "vous avez pas tel truc ? C’est quoi cette librairie ?" ou même quand vous leur expliquez gentiment que vous n’êtes pas censée être en magasin, que vous donnez un coup de main et que vous ne connaissez pas bien le rayon : le client s’en fiche, vous avez une veste et un badge mais ne regarde pas ce qui est marqué sur le dit badge). Il faut nuancer toutefois, certains lisent, s’excusent timidement de vous “déranger” et ce genre de clients, évidemment vous vous coupez en deux, en quatre pour le satisfaire car il est visiblement désemparé. Mais il faut reconnaître que, malgré le côté “libre service” de l'enseigne, ils vont directement sur vous et vous chopent même dès l'entrée du magasin en vous balançant un tonitruant "j'trouve pas !" (hé patate : encore faut il chercher !). Ce n’est pas de l’aigreur ou de l’amertume de ma part : juste une constatation. Petit parallèle en passant : quand vous faites vos courses au supermarché du coin, allez vous continuellement demander où se trouvent les boîtes de petits pois, de couches de bébé ? Bien sûr que non…. La plupart des clients se contentent de venir avec leur liste, de prendre un maximum de livres et de zapper rapidement vers la caisse. Quand je suis chez un libraire concurrent, ou même un bouquiniste, j’aime à flâner, sentir l’odeur du papier : prendre mon temps, tout simplement. Je trouve dommageable que le livre devienne un bien de consommation comme un autre… passons.

Le côté technique ?

Il faut se savoir se servir de l’informatique : Electre est un outil précieux qui, avec parfois de maigres informations, vous permettent de trouver le titre du livre (pour les non initiés, Electre n'est pas une fille mais une base de données payante). Jackpot, frémissement d’excitation, vérification de l’état du stock, et bonus s'il est en stock et que vous le trouvez pour le tendre fièrement au client. Technique aussi parce que vous devez posséder sur le bout des doigts/ongles le logiciel interne pour passer les commandes, faire le réassort, vérifier le stock, etc… Et puis connaître ses catalogues et ses rayons sont des plus appréciables. Ex : du temps où j’étais libraire (bis^^), je savais pertinemment si je possédais tel ou tel livre dans mes rayons sans même à avoir à utiliser le logiciel de gestion. Et c’est là qu’on reconnaît un bon libraire, tout simplement : sa mémoire !!! Mais faut pas rêver : y a toujours des gens qui demandent quand même : "vous pouvez pas vérifier dans la machine ?" (comme si l'ordinateur était gage absolu de fiabilité... tiens faudra qu'on parle du couac des inventaires).

Les bons côtés ?

Il y en a (mais si mais si, pas de panique).

Vous tombez sur des client(e)s charmant(e)s, cultivé(e)s et vous avez un véritable échange avec eux. Cela peut être furtif. Cela peut durer une demie heure, et plus si affinités. Ces moments sont précieux parce qu’on se dit qu’il y a quand même des gens pour qui découvrir de nouveaux horizons est aussi important que pour vous. Dernière anecdote du temps où j’étais libraire (donc ter et toujours en poche^^) : parfois un client venait juste pour une idée de lecture, et vous êtes tellement passionnée qu’il repart avec une pile de livres. Ce n’est pas de la vente forcée, c’est juste le plaisir de lui avoir fait découvrir des livres qu’il ne soupçonnait même pas et auxquels ils n’auraient même pas songé.

Moi, mon truc, quand je connaissais bien le client, qui par la force des choses devenait presque un ami, c’était cette phrase rituelle : "tu veux mon avis officiel ou officieux ?" Genre le dernier livre qui cartonne… celui à qui on ne ment pas et à qui on dit, non j’ai pas trouvé ça génial, celui-là revient parce que vous avez été honnête avec lui et pas voulu lui vendre une vulgaire came comme un paquet de lessive. Certains de mes collègues pourtant, ça ne les dérange pas. Si, si : je vous assure (voire ils l’ont même pas lu, ou trouvent ça à chier pour parler vulgairement, mais comme ça marche, et bien ils vont en faire des tonnes pour vous le vendre ! Ce n’est qui pas ma démarche, loin de là, car parfois on m'appelle à la rescousse pour conseiller de la SF (Chienche Fique-chione - avé l'accent). Je n'ai aucun mérite : je lisais en moyenne 5 livres pas semaine du temps (heureux et... oh la la, ça ne nous rajeunit pas) ; du temps donc où j'étais étudiante en histoire.

Pour la petite anecdote, c'est un bon plan pour draguer (sifflement style "Meuh non moi jamais")

La prochaine fois je vous donnerais des détails croustillants car je suis du genre blagueuse (on me refera pas :))

Et puis, comme dans tout corps de métier, le libraire à son propre jargon. Mais ceci fera l'objet d'un autre billet.

vendredi 26 décembre 2008

SBAM (dans ta face)

En regardant le très oubliable "mes amours mes emmerdes" (non, non, cette fois je ne vous parlerais pas d'un film), la scène d'ouverture me fait sursauter tellement elle est criante de vérité. Vincent Lindon joue en effet un libraire qui s'énerve contre un client très sec qui ne dit ni "merci, ni s'il vous plaît, ni au revoir" mais se contente d'un "Victor Hugo, les contemplations", persuadé que le vendeur se pliera en quatre pour le satisfaire et oublieux justement qu'il a en face de lui un être humain. Il s'agit du fameux SBAM (Sourire, Bonjour, Au revoir, Merci) si chère aux caissières de petites et grandes surfaces. Malheureusement, ce type de comportement est de plus en plus répandu.

Encore cette semaine, nous avons eu le cas d'un client qui s'avance en nous disant un "Vous venez ici !" très directif (vous avez bien lu : pas de bonjour, encore moins de s'il vous plait, etc) : "merci mon chien, ouaf ouaf, tiens voilà ton susucre". Je sais que mon coup de colère est comme pisser dans un violon mais tout de même, les gens sont ils à ce point mal élevés au point d'oublier les règles de la courtoisie la plus élémentaire ? Ces quelques petits mots sont un liant social ; une manière de respecter la personne que vous avez en face de vous et d'entrer en matière (vous savez : amorcer une discussion) . Certains en oublient leur syntaxe : ni sujet, ni verbe, ni complément d'objet direct : droit au but sans passer pas la case 20000 euros. Peut-être est-ce un oubli dû à la distraction ou à la la concentration mais au bout de d'une vingtaine ou d'une trentaine de fois dans la journée, ça use. Nous ne sommes pas des machines mais des êtres humains. Et quand par malheur on s'avise d'insister en répétant ce simple "bonjour", cet interlocuteur si pressé (tellement qu'il en oublie certaines formules) nous regarde comme si nous étions un extraterrestre, en se demandant quelle mouche nous a piquée. Il ne faut pas s'imaginer non plus que cela est seulement le fait des plus jeunes (certaines ados hyper timides sont d'une politesse étonnante), mais étrangement les malotrus s'avèrent êtres des hommes et des femmes qu'on penserait pourtant bien éduqués (pharmaciens, avocats, notables). Dans cette société où le zapping est constant, efforçons nous de prendre du temps pour utiliser ces quelques formules de bienséance.

Mon premier bonjour de la journée s'adresse au chauffeur de bus ; viennent ensuite quelques passagers que je croise régulièrement ; puis mes collègues ; et enfin les clients quand les portes s'ouvrent. Et vous ?

mardi 2 décembre 2008

Je me dis que parfois ce serait bien d'être dotée d'un balai à cons qui permettrait de faire le ménage parmi ceux qui se croient tout permis et qui vous hurlent dessus pour déverser leurs frustrations.

Mais il y a aussi des jours comme aujourd'hui ou la crème des clients se succède au téléphone, ou en magasin, dans un mutuel respect ponctué par des éclats de bonne humeur qui n'entravent pas un travail des plus sérieux.

lundi 1 décembre 2008

Le chaud et le froid

Vu aujourd'hui :

Pause déjeuner. Je sors. Mon regard est attirée vers la droite, la partie... la plus charnue de la demoiselle. Elle est accroupie et rien de l'anatomie de son fessier n'est caché. Je souris. De string, point n'en ai vu. Puis mon regard se détourne sur la gauche. Deux jeunes coqs sont adossés au rayon d'en face , visiblement hypnotisés par le spectacle.

Mon sourire se transforme en fou rire.

Entendu aujourd'hui :

Je vois une de mes collègues à la recherche d'un DVD. Je lui demande ce qu'elle fait et si je peux lui donner un coup de main (je suis fan de ciné). Elle commence à me détailler l'histoire, m'indiquant qu'elle n'a que ce renseignement : la couleur de la jaquette. Je lui donne le titre du film. Elle me rétorque : « oui c'est vrai il y a un négro dedans ». Je la regarde médusée. Ai je bien entendu ? Je la reprends mais elle ne semble pas se rendre compte de sa connerie.

Je ne pensais pas qu'on pouvait encore utiliser ce mot abject de nos jours...

lundi 24 novembre 2008

Vous avez dis "têtue" ?

Toute à l'heure, en passant dans la réserve, j'ai vu que nous avions reçu (enfin) le livre témoignage de soeur Emmanuelle qui avait longtemps été en rupture de stock chez les éditeurs. J'ai repensé alors à cette cliente qui nous avait demandé la semaine dernière, en insistant lourdement, « mais si... vous savez, celui où elle raconte qu'elle se prostitue ».

Elle a confondu un livre avec V**ci celle là !

Elle a confondu la prostitution avec la masturbation. Il y en aurait des prostituées dans ce cas... ;)

vendredi 24 octobre 2008

La collègue...

... ou "Sa Sérénissime Pouffitude" : elle est dans le métier depuis la prise de la bastille par une populace affamée, prête à tout afin d'obtenir le dernier Nothomb ou Grangé. On suppose donc qu'elle connaît le rayon sur le bout des doigts, ou plutôt sur le bout des branches de lunette qu'elle mâchonne à longueur de temps pour se donner un look intello-bobo « wouah j'ai 50 ans mais je suis encore djeuns dans ma tête ». Quand elle rend un service, c'est une immense faveur de sa part. Tout acte de ce genre est calculé : elle ne donne rien sans rien.

Elle a tout lu, tout connu (pensez : elle vient de la grande distrib'). En creusant un peu, le client plus évolué que la moyenne finit par comprendre qu'elle se contente de lire en diagonale, se servant des 4ème de couv' pour donner l'illusion d'avoir été émue ou révoltée par l'histoire, tout cela d'un air inspiré. Encore mieux, quand elle n'a pas envie de se taper la corvée, elle demande à ses collègues de lire le dernier best seller, généralement un polar – genre qu'elle n'aime décidément pas, puis elle pompe allégrement leur argumentaire afin d'emballer joliment le paquet cadeau. Pour elle, c'est comme vendre une boîte de petits pois. Ni plus ni moins.

Tiens, quand on parle des clients... Il n'est pas rare qu'elle ignore délibérement les petits jeunes à faible pouvoir d'achat qui ne sont là que pour épuiser les stocks de prescription ; ces piles de bouquins que le professeur commande pour la rentrée. C'est simple : elle ne les voit même pas ; mieux, elle s'arrange toujours pour les rediriger vers ses collègues qui se prennent en pleine poire l'énervement du client d'être ainsi ballotté de rayons en rayons.

Le pire c'est qu'elle passe toujours à travers les mailles du filet. Cette espèce d'impunité finit par irriter à la longue....

mercredi 8 octobre 2008

Le boss

Le boss alias "le grand C...".

Un regard niais qu'il pense intelligent - sauf que... sauf que la lumière intérieure n'y brûle plus depuis les calendes grecques. D'ailleurs s'y est t-elle jamais allumée ?

Il ne connaît rien au métier du livre, et même au bout d'un an et demi, il n'y entrave toujours rien. Un ravi de la crèche comme rarement croisé dans une vie. Il avoue entre quatre z'yeux avoir accepté ce poste pour ajouter une ligne à son CV. Depuis peu, ce CV s'est doté d'une ligne car boss s'occupe également de la réception des livres. Au début, ça amusait le boss ; maintenant il fait tout pour y échapper et il ne tient pas en place. Bien fier, il ramène deux ou trois bouquins pour que ses employés, reconnaissants, le remercient comme un sauveur "moi aussi je sais travailler en équipe". Ne nous leurrons pas : il désire seulement se donner le sentiment d'être utile... mais pas trop - faut pas pousser. Tu parles, si ça se trouve il passe son temps sur internet !

Parfois, mais alors vraiment parfois ! (c'est à dire une à deux fois par an), il tombe la veste pour un peu de manutention. Ses élans ne durent jamais longtemps. A t'on jamais vu un responsable retrousser ses manches tout en restant vêtu d'un costume ? Il donne l'impression d'être un tant soit peu cultivé... Finalement non. A part deux ou trois référence un peu kitsch, le vernis craque pour peu qu'on ait un regard avisé.

Il est misogyne. Méprisant celle qu'il considère comme une femelle sans relief, arrogant envers celle qu'il sait supérieure à lui. Cela devient un jeu de le prendre au sien. Ce genre de personnage est médiocre car il écrase tout le monde pour effacer sa vilaine médiocrité.

mardi 7 octobre 2008

La Jungle

Le travail... ou la jungle. Avec des petits matous qui se prennent pour des fauves. Une bien belle palette de personnages drôles dans leur veulerie. Elle est à croquer et à caresser, cette ménagerie bien sympathique... mais pas forcément dans le sens du poil.