Affichage des articles dont le libellé est De l'air du temps (et du reste). Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est De l'air du temps (et du reste). Afficher tous les articles

mardi 17 octobre 2023

Les temps sombrent...

Cela me dépasse. 

Le monde de violent, est devenu barbare. Enfin pas le monde, mais les humains qui l'habitent et qui se combattent comme si c'était la première et la dernière chose à faire avant de mourir. Toute cette haine  déversée au nom d'une hypothétique entité invisible qui nous regarderait d'en haut. Un vieillard à la barbe blanche, omnipotent, qui joue aux dés avec les vies humaines, des fourmis qui sont incapables de construire quoi que ce soit. 

Et pas un pour rattraper l'autre. 


Quel Dieu a dit qu'on devait prendre des armes et tuer au hasard en Son Nom ? Qui croit vraiment que c'est ce qu'Il veut ? Et d'abord pourquoi se réfugier derrière une religion pour abreuver les autres de sa haine constante, indéfendable, illogique ? 


Je suis déiste et parfois je flirte avec l'agnosticisme. Je crois certes en quelque chose mais qui n'est pas forcément ce Dieu vorace dont se réclament les terroristes de tous bords quels qu'ils soient. La foi est personnelle. Et la foi est tellement subjective aussi. Les livres saints ne sont après tout que des récits, des contes de fées transmis de générations en générations, parfois déformés au fil des temps, pour se convaincre que nous ne sommes pas là par hasard et qu'une force nous gouverne, gouverne nos vies, et nous demandera des comptes au jour du jugement dernier.


Alors dis-moi camarade humain pense-tu vraiment que le paradis t'attend en massacrant celui qui ne pense pas comme toi ? Qui veut juste vivre en paix avec son voisin pourtant si différent de lui ? 


Non, je ne comprends décidément pas. L'humain plus que tout me fait peur. Je crois de moins en moins en l'humanité.


L'humanité est un parasite qui s'inocule lui-même les pires des maladies : l'intolérance, la violence. 


Je déteste ce que je vois. 



dimanche 9 juillet 2023

En toute impunité

La France est le pays où j'ai grandi et fait mes armes en tant que citoyenne. Il faisait bon vivre dans les les années 80, même si, il ne faut pas être dupe, il y avait des inégalités, des injustices et des choses pas franchement belles à voir. Mais il y avait tout de même une forme de solidarité entre les classes. 

Cela fait maintenant pratiquement un an que j'ai quitté mon pays adoptif et je constate tristement que je ne reconnais plus ce pays qui m'a vu grandir. La fracture est aussi définitive et aussi nette que la faille de San Andrea le jour où la Californie se détachera des USA, j'en ai bien peur. Je suis triste mais surtout en colère. 

La haine prévaut ces temps-ci, attisée en cela par des gens qui ne respectent rien, et quand je parle des gens qui ne respectent rien ce n'est pas de la "racaille" des cités mais bien celle des cols blancs au gouvernement. Sous couvert de rassembler il ne fait qu'aggraver cette fameuse fracture en portant des œillères sur le mal-être et le mal-vivre des petites gens,  les méprisent  ; agitent l'épouvantail  d'extrême droite pour passer encore et toujours, ne donnant d'autre choix que celui de la peste et du choléra. Mais il ne faut pas se leurrer : gauche ou droite, la lente corrosion existe depuis une vingtaine d'année. 

Je suis écœurée.

Ecœurée de constater qu'on peut tuer en toute impunité. Certains  s'en font une joie de la mort de quelqu'un. Que ce quelqu'un soit un délinquant ou non, il ne méritait certainement pas qu'on applique sur lui la justice zéro, celle des déclassés par leur couleur de peau. A ce que je sache, la peine de mort a pourtant été abolie en France, non ? Sans honte bue, les gens se félicitent. Pour qui donc sonne le glas de l'insensibilité ?  

L'empathie n'est pourtant ni un défaut ni un gros mot. 

Je suis écœurée de la noirceur de mes concitoyens.

Fatiguée de voir que les classes dirigeantes, mais pas qu'elles, le blanc privilégié surtout, continue à se comporter comme au bon vieux temps des colonies, niant avec toute la mauvaise fois du monde qu'il y ait  un vrai problème de racisme à tous les stades de la société. Il ne tire aucune conséquence du marasme dans lequel on survit. La mauvaise foi à tous les étalages. Fais donc ce que je te dis mais pas ce que je fais. La révolution est passée par là mais pas les privilèges. Jusqu'au jour où cela pétera dans un grand feu d'artifice du 14 juillet.

Encore un peu et ce pays se transforme en chasse du comte Zaroff ou seul le plus riche pourra tirer sur le plus pauvre comme un lapin hors de son terrier.

Je suis ulcérée que quoi qu'il en coûte on ne remette jamais en cause cette institution qu'est la police : quand donc il y a-t-il eu de véritables peines exemplaires pour le dépositaire de la loi, qui justement n'est pas au dessus de la loi et à qui on donne un permis de tuer comme un 007 de pacotille ? 

Le racisme tue. Messieurs les censeurs anti tabac : apposez le sur les paquets de cigarettes : le racisme tue. Et la bêtise également. 

Chaque jour l'homme se comporte de manière inhumaine. Comme si c'était la fin des temps. Mais un jour viendra où le karma remettra l'équilibre dans la balance. 

Du moins je l'espère du fonds de mon cœur.

Allons enfants de la patrie, le jour de gloire est arrivé, défendons-nous de la tyrannie...
 


mardi 30 mai 2023

Coming out... so what ?

J'avais écrit un billet il y a très longtemps mais, le temps passant, et n'habitant plus en France où les mentalités, quoi qu'on en dise, ne sont pas si évoluées que ça... Bref, j'ai laissé l'eau couler sous les ponts. Pourtant ce thème du coming out m'interpelle encore maintenant et plus encore quand je lis les commentaires sur les réseaux sociaux lorsqu'une personnalité un tant soit peu célèbre s'exprime sur le sujet en se révélant au grand jour.

Ce qui me sidère ce sont les personnes qui s'en balek comme ils aiment à le clamer, en ajoutant que ces starlettes vivent leurs vies mais que les hétéros n'en font pas tout un plat (sous entendu "les hétéros n'en font pas, de coming out"). 

J'ai bien envie de leur rétorquer que : 

De une :  si tu t'en fous, pourquoi tu te fatigues à poster un commentaire ? Pourquoi tu ne traces pas ta route plutôt ? 

(Et il y aurait vraiment beaucoup de choses  à dire sur ce fléau des temps modernes, facebook, instagram et autres twitter devenus le déversoir des immondices qui polluent le cerveau des gens, enfin de leur poubelle intellectuelle) 

De deux : mes chers amis hétéros, c'est faux, tous les jours de manière inconsciente lorsque vous papotez avec votre collègue autour de la machine à café, vous clamez votre hétérosexualité à la face du monde en racontant votre week-end avec votre époux ou votre femme. Pensez-y. 

Pensez-y quand vous voudrez vous incruster sur une publication ouvertement LGBTQIA+ pour y déverser votre ignorance crasse, votre morale à deux balles et votre manie de tout ramener à la sexualité des individus. Ce que des humains font avec leurs culs, solo, à deux ou à plusieurs : ça ne vous regarde pas, tant qu'il s'agit d'adultes consentants. Et arrêtez de tout ramener à du cul justement parce que moi, ma plus belle histoire d'amour je la vis tout court avec une femme.

L'adage "vivons cachés, vivons heureux" c'est du bullshit. Nous n'avons pas à nous cacher pour ne pas vous gêner dans votre confort.

Nous sommes fier·ères et nous continuerons à marcher comme en ce bel après midi du mois de mai.




lundi 5 décembre 2022

Voir ce que les autres ne voient pas

Souvent je m'arrête dans la rue et je colle mon nez sur le mur qui m'intrigue. Ce qui peut paraître curieux en fait... Quand je me promène, mon oeil a tendance à accrocher des signes que les autres ne voient pas forcément.

Quand j'habitais Lille, il m'arrivait régulièrement de me planter devant un graff ou juste une inscription. Et ça intrigue, forcément, qu'un badaud lambda reste immobile, le regard  un poil hypnotisé, et les sourcils froncés comme s'il tentait de déchiffrer les mystères de la pierre de Rosette. Mon regard essaie de transcrire la petite phrase que nul ne lit parce que trop occupé à battre très vite le bitume, comme si le temps ne se rattrapait pas. C'est vrai, le temps perdu ne se rattrape pas. Mais parfois il est bon de bloquer l'aiguille des minutes et de s'en donner du temps ; tenter de comprendre ce que ces artistes de rue éphémères ont voulu faire passer comme message.

Quand celui-ci m'inspire particulièrement, il m'arrive fréquemment de le prendre en photo. Quand celui-ci me parle plus profondément, il m'arrive également de le poster sur ma page instagram. J'ai le souvenir d'un joli "fils de flûte" bien plus poétique que les fils de rien que hurlent les pékins pour injurier la mère des autres. Mais pute c'est un métier comme un autre. 

La plupart du temps, je me contente juste de leur tirer le portrait et imprimer ainsi durablement le message. Au moins, il reste gravé quelque part, dans l'espace que ma carte SD veut bien m'accorder. Des messages qui me touchent bien évidemment : ceux qui indiquent clairement que la femme n'est pas inférieure ; quand on dit c'est non et pas oui : que juger quelqu'un sur sa couleur, sa religion ou son orientation est la chose la plus dégueulasse qui soit. Bref, ce type de messages à caractère humaniste, revendicateur, féministe et anti-con.

Ce qui est plus surprenant encore, c'est que certains sont finalement aussi sensibles à ces messages que moi même s'ils se laissent  le temps de s'arrêter. Le simple fait que quelqu'un l'ait fait les encourage à s'arrêter. J'ai en effet eu mon lot de discussions sur le pourquoi du comment de mon arrêt sur image.

L'art urbain a été longtemps méprisé. Les graffs sur les murs tout au plus jugés comme inesthétiques et barbouillages pas dignes d'être considérés comme de l'art. Pourtant, des murs d'une ville peuvent naître la poésie, celle qui émeut, bouleverse ou dont le message donne à réfléchir. 

C'est pour cette raison qu'il est important, capital, de voir ce que les autres ne voient pas. 

Essayez, vous verrez : ça peut changer bien des perspectives. 

samedi 13 novembre 2021

Novembre

Il y a un terme en psychiatrie qu'on appelle sidération. Et je  pense sincèrement que c'est ce sentiment que nous avons tous vécu cette nuit là, il y a six ans ;  dans cet étrange fragment de temps, nous nous sommes tous sentis Parisiens. 

De tous les attentats que le monde a  vécu, et aura encore à subir, hélas, ce qui s'est passé au Bataclan est pour moi celui qui me traumatise le plus. Et pourtant, en cette triste début d'année 2015, on avait déjà vécu l'horreur, l'indicible - je suis Charlie. Le mot est fort sans doute, traumatisme, mais je ne vois pas quel autre terme utiliser. Je ressens ce qui s'est passé comme un évènement qui me hante encore maintenant, et pourtant je n'y étais pas. Mais c'était à une heure de train de là où j'habite. C'était loin et si proche à la fois. J'étais juste la spectatrice impuissante, zappant frénétiquement entre toutes les chaînes, tentant de comprendre ce qu'on nous montrait sur l'écran ; presque minute par minute.

Il est inconcevable qu'on puisse faire un carnage parmi des terrasses, tandis que les gens sont ensemble afin de boire un verre ; ou encore qu'on massacre, délibérément, impunément,   une foule venue là pour s'amuser et écouter son groupe favori. Moi qui aime tant la musique, et le rock.

C'était un vendredi soir. Je m'en souviendrais à jamais. Je travaillais encore à l'époque à Saint Amand. Vélo train, train vélo, et il me semblait tout naturel de souffler ce vendredi là, allongée sur mon vieux canapé, dans ma position préférée. Je crois même avoir reçu un SMS me demandant si j'avais vu ce qui se passait à l'instant.

C'est à ce moment là que j'ai pris ma télécommande et que je suis passée d'une chaîne à l'autre, ayant du mal à croire que l'incroyable se produisait sous mes yeux, impuissante. Voilà, c'est le maître mot de cette funeste soirée : l'impuissance.

Et la sidération.

Fluctuat nec mergitur (Il est battu par les flots mais ne sombre pas), telle est la devise de Paris. Tel est également le nom du documentaire en trois parties que vient d'être diffusé sur la TNT et qui m'a insufflée ce besoin viscéral de parler du 13 novembre 2015.

Malgré moi, encore aujourd'hui, en regardant les témoignages, je n'ai pas pu empêcher les larmes de couler à flots comme cette nuit-là où, lui aussi sidéré sans doute, mon ancien voisin et ami, est venu toquer à ma porte pour savoir comment j'allais. Parce que lui aussi n'allait pas mieux que moi. Et que nous pleurions tous les deux dans les bras dans de l'autre. 

Cette image reste gravée. Deux êtres qui se consolent comme ils peuvent de la douleur du monde ; de la cruauté des êtres qui peuplent cette planète.

Et de l'incompréhension.

J'y pense encore.  J'y pense tellement que j'en écris une histoire. Je ne sais pas si je la terminerais. En tout cas, et comme à chaque fois que ma plume se fait impérieuse, cela me sert de catharsis.

Novembre est un mois où la tristesse se mêle à la mélancolie, pour bien des raisons. L'une en tout cas est cette perte de foi en l'humanité toute entière.

A la fin du visionnage de ce documentaire, pourtant, je ne retiendrais qu'une chose de l'une de ces survivantes : l'amour triomphe toujours à la fin. 

Et parce que j'écoute cette chanson en boucle ; que les paroles me parlent et me ramènent à cette soirée - chacun l'interprète comme il le veut bien sûr mais pour moi c'est ce qui s'est passé ce soir-là, et les jours d'après quand les gens viennent se recueillir sur le béton froid ensanglanté. Cette soirée qui fait si mal à notre propre humanité.





Hier, j'ai déposé des fleurs
Des roses blanches sur le béton
Ou le silence sur le désert
Où nos cœurs pleurent à l'unisson

Hier, j'ai déposé des fleurs
C'est la paix que j'venais courtiser
Des fleurs de toutes les couleurs
Des bleues, des blanches, des rouges séchées

Novembre à froid, c'est le brouillard sur la ville lumière
Nos cœurs dans l'coma, se remettent d'hier

Hier, j'ai déposé des fleurs
Chez la vieille dame sous ses grands airs 
Elle est courbée mais n'a pas peur
Qu'est-ce qu'elle est belle, la dame de fer

Hier, j'ai déposé des fleurs
Désarmés, la peur et ses guerriers
L'amour comme seul anti-douleur
Mon bouquet d'fleurs comme bouclier

Novembre à froid, c'est le brouillard sur la ville lumière
Nos cœurs dans l'coma, se remettent d'hier

Hier, j'ai déposé des fleurs
J'ai aussi fait crier la musique
Ses plus beaux airs, les grands classiques
Pour que se taise la terreur

mercredi 25 août 2021

Mes années 80

1981 : je vais avoir douze ans. C'est l'avènement de Mitterand le grand, le roi de tous les français. Je constate l'excitation dans les rues et sur la place de la Bastille. Sans m'en rendre compte, je commence à avoir une conscience politique. Cet intérêt ne m'a jamais quitté même si parfois, je suis atterrée de voir comment tout cela évolue, ces prises de pouvoir sans finalement oeuvrer pour le bien commun. Après les promesses, les politiques ont la fâcheuse manie de n'oeuvrer que pour leur bien... Mon coeur est déjà à gauche et il le restera quoi qu'il en soit. Je suis toujours du côté des opprimés, des laissés pour compte. Cela est un point commun avec mon père : la politique. Il n'était pas rare que je regarde avec lui les débats chez Michel Polac et ses fameux droits de réponse. 

1982 : je découvre la musique pop par le biais des ondes qu'on appelle désormais FM, après avoir été longtemps dites libres. A la radio, un groupe me transperce les tympans dans le bon sens du terme. J'achète alors mon premier vinyle avec le maigre argent de poche que j'économise chaque dimanche - à l'époque, il s'agissait de francs. Plus tard, Alides Hiddings et ses Bandit du Temps, ou Time Bandits en référence aux Monty Python, proclamerait qu'il était l'homme à la voix d'or et je l'écouterais en boucle bien volontiers. Encore maintenant, il m'arrive de les écouter. C'est plus facile avec YouTube...

En parallèle, je reste une enfant sauvage que seuls les livres et la musique délivrent de ses peurs primaires. Je continue à faire des fiches sur tout et n'importe quoi à l'aide des encyclopédies familiales.

1983 : je continue dans ma lancée en me gorgeant de musique. Pour la timide que je suis, c'est une porte de sortie. Ce sera certainement l'une des plus grandes histoires d'amour de ma vie. La musique sous toutes ses formes. Enfin presque. J'ai quand même mes limites.

1984 : je découvre la new wave et la cold wave. Alphaville devient l'un de mes groupes préférés. Joy Division puis New Order entrent dans mon walkman, sans compter The Cure, Siouxie and the Banshees, Echo and the Bunnymen - que des noms fantastiques et fantaisistes. C'est également le début de l'euro-dance, et le boom de Depeche Mode. Mais qui connait encore Erasure, Alison Moyet, Frankie Goes to Hollywood à part moi ? 

Mes goûts en matière de musique s'affinent et je sais que j'adorerai pour toujours ce courant musical anglo-saxon. Encore aujourd'hui, je ne lasse pas de passer un titre des Smiths. Car il y a toujours une lumière qui ne s'en va jamais*

C'est également l'année où le 1984 de George Orwell se confond avec la réalité temporelle. Même si ses prédictions ne verront le jour que quelques vingt ans plus tard avec les prémices de la téléréalité et l'explosion des réseaux sociaux. Big Brother will watching you. 

Don't matter what you do. 

1985 : j'ai seize ans et sonne l'heure de mes premiers émois adolescents. Oui, je sais, je n'ai jamais été précoce dans certains domaines. C'est aussi le moment où on se comporte de manière très irrationnelle en faisant exprès de passer devant la maison de celui pour qui son coeur bat. Je ne connais même pas son prénom. Je ne le connaîtrais jamais son nom. Je me souviens seulement qu'il avait les cheveux blonds comme les blés.

Mais c'est également l'année où tout une classe me prend pour cible par des quolibets incessants, des moqueries sur mon nom de famille, complet, dont je suis fière désormais ; cet épisode me marquera à jamais. 

1986 : c'est donc l'année de la renaissance et de la rébellion. Mon style vestimentaire détonne parmi tous ces coincés bourgeois de ce lycée de Cambrai.  Je porte des treillis et des blousons militaires et j'emmerde tous ceux qui me toisent. Après avoir été le souffre-douleur de toute une classe, je me libère littéralement et je me promets de ne plus jamais me laisser faire. Le premier qui vient à ma rencontre en me parlant de mon nom, banal pour une portugaise, je le recadre direct. Pourtant il n'a aucune mauvaise intention à mon égard et nous finirons par devenir amis. 

Comme quoi, ça laisse des traces, cette manie qu'on les humains de se foutre en meute pour harceler ceux qui ne leur ressemble pas.

Moi c'est devenu ma force. 

Entre deux, nous allons à des boums. Oui c'est bien le mot qu'il faut utiliser. Nous prenons la route sur trois kilomètres, à pieds, pour nous rendre dans une de ces salles des fêtes et danser sur des rythmes binaires. Je fuis le quart d'heure américain par contre. 

Même encore maintenant, je ne suis pas une fana des slows. 


1987 : Je n'ai rien à dire ou presque pas. Je tombe de nouveau en grâce ; amoureuse cette fois, ce n'est plus un crush d'adolescente. Un amour platonique qui restera longtemps en moi. Parfois, j'ai une certaine nostalgie. Je regarde la page Facebook, puis je reviens vers le présent. 

C'est l'année où je suis monitrice en centre aéré. A moi les sorties en groupe, en boîte. Je danse comme une folle sur the belgium sound ; le son du Boccacio.

1988 : la new beat bat son plein. Mon style évolue. Je m'habille souvent de sombre. Je pique des vestes masculines que j'agrémente de chaînes où pendent des croix. Je suis définitivement new wave même si j'adore moi aussi dépenser toute cette énergie sur les pistes de danse du Loft ou encore du Space et  ses trois ambiances sonores. Nous découvrons émerveillés les acrobaties de celui que nous appellerons "le révolutionnaire" tant son style est singulier à la fois dans les vêtements et les mouvements de son corps tandis qu'il ressent ces fameux BPM.

1989 : j'ai vingt ans. On dit que c'est le plus bel âge mais j'ai des doutes. Je suis en fac d'histoire. C'est le moment des nouveaux horizons ; des nouveaux amis et mode de pensées. Nous devenons de jeune adultes. Mon style est un mix entre la gouaille du titi parisien et la recherche de l'originalité, avec mes bretelles, mes casquettes et mes pantalons pied de poule.

En novembre, une sorte de frisson s'empare de moi quand je découvre, à travers l'écran cathodique, là-bas à plusieurs milliers de kilomètres de ma petite ville de province, que les gens détruisent pierre par pierre un mur de la honte. Je ne sais pas encore que cela signera aussi mon amour pour cette ville, vers laquelle je suis attirée sans cesse. Berlin et tout ce que cette liberté annonce. 

1990 et celles qui suivent : nous passons une décade. Je continue mes études en histoire médiévale. Je prends un peu plus d'autonomie et ne reviens plus aussi souvent chez mes parents. C'est le début du grunge et de Nirvana ; le début du trip hop et des ses principaux représentants : Massive Attack, Archive et Portishead que j'écoute encore régulièrement. J'entre dans la catégorie des jeunes adultes bientôt sur le marché de l'emploi. Je ne sais pas encore toutes les galères qui vont me tomber sur la gueule.

Je suis confiante. Pleine d'optimisme. 

Ensuite, je deviens cette adulte qui essaie de trouver un boulot et prendre son envol, et qui  galère comme des millions d'autres avant moi. Mon diplôme ne me sert pas à grand chose à vrai dire.

Une chose est certaine cependant : je reste définitivement, et à jamais, une enfant des années 80.


* Traduction de "there IS a light that Never goes out" des Smiths. Définitivement ma chanson préférée 

mardi 17 août 2021

Terriens

C'est en discutant avec une amie sur Instagram que j'ai eu l'idée de ce post. Celle-ci  avait mis sur sa story un truc sur le saumon en élevage ; ce à quoi j'ai répondu "faut-il manger du saumon, voire du poisson tout court ? Voire même des animaux ???". Je précise que cette personne est végétarienne et que nous avons déjà eu quelques discussionss IRL sur la question.

Elle m'expliquait qu'elle essayait d'éveiller les consciences petit à petit là où moi j'ai une furieuse envie de donner un gros coup de pied dans la fourmilière.

Entendons-nous bien : chaque méthode est valable tant qu'on amène certaines personnes à se poser des questions, surtout les gens moins réfractaires. Il y a d'autres pour qui c'est une cause perdue. Ceci-dit, au bout de dix années de végétarisme, suivi de véganisme imparfait, j'utilise des moyens un peu plus musclés on va dire. Même si je ne daigne pas apporter de la bouffe végane quand il le faut. Non parce que le cri de la carotte ou sucer des cailloux. Sérieusement il va falloir vous mettre dans la têtes, chers amis omnivores, que la cuisine végétale est loin d'être triste. Au contraire, c'est une explosion de saveurs et de texture, ainsi qu'une palette de couleurs dignes de l'arc-en-ciel. Va falloir vous réveiller les gars et admettre que vous êtes de mauvaise foi. Parce que moi, votre steak-frites basique, je vous les laisse. 

Recentrons le débat, même si pour ma part il n'y a aucun débat à avoir : éthique 1 - mauvaise conscience 0.

Il faut dire que j'ai été à la bonne école. 

Je dis que mon déclic a été le 7 avril 2012. Je ne me souviens plus de la date exacte. Je mets cette date de manière symbolique. Mais comme ça s'est passé en avril et que j'aime le chiffre 7 pour ce qu'il représente mystiquement parlant...

Donc mon électrochoc a été un documentaire par le biais de mon meilleur ami à l'époque L. Qui m'a littéralement "obligé" à regarder Earthlings. De Shawn Monson. texte récité par Joaquin Phoenix et musique signée par Moby.

Une vraie claque que je me suis prise dans la gueule ce jour-là. Une claque qui allait changer ma vie du tout ou tout. 

Je ne suis pas la seule pour qui ça a fait ça. Revoir son mode de pensée et remettre tout en question ; tout ce qu'on m'a appris depuis que j'étais gamine ; de ce que la société et les industriels de la bidoche voudraient nous bourrer dans le crâne pour oublier. Oublier ce qu'il y a dans notre assiette, et faire le lien. Ce lien entre l'animal et les morceaux de cadavres qu'on découpe comme le gigot du dimanche de papy. 

Croyez-moi, pour tout ceux qui sont devenus végétariens ou végétaliens par éthique il y a comme un déclic, comme si la lumière se fait et qu'on fait justement ce lien très important. La plupart des gens en ont conscience mais le mettent sous le tapis pour ne pas avoir à y penser, comme si c'était de la poussière et rien d'autre. Tous vous le diront : quand tu fais le lien, il est difficile de revenir en arrière.

J'appelle ça déconstruire. Et bien, ce jour là, j'ai déconstruit tout ce que l'on m'avait été enseigné, inculqué, pour réapprendre à voir différemment. Dès lors, il m'était impossible de faire l'impasse sur ce que je venais de découvrir.

Je sais bien que tout le monde ne peut pas devenir végane ; j'en ai conscience. Mais certains reçoivent le message et font en sorte que ce monde soit un peu moins dégueulasse. Nous sommes des grains de sable mais des millions de grains de sable, ça forme une plage. 

Je vous avoue qu'à compter de trois quarts d'heure de documentaire éprouvant, dite par la voix douce et inflexible de Joaquin Phoenix, cet acteur que j'admire tellement, je n'ai pas pu m'arrêter de pleurer jusqu'à la fin. 

Earthling a été pour moi ce coup de pied dont j'avais grandement besoin. 

Et comme beaucoup, l'un de mes regrets c'est de ne pas l'avoir eu, ce fichu déclic, plus tôt.


Par la suite, j'ai voulu chercher l'info. J'ai continué à me documenter, non pas pour ne pas faiblir, mais parce que c'est dans ma nature de savoir.

Aussi, cette petite liste non exhaustive de tous les livres que j'ai lu pour ma part. Il y a beaucoup d'autres disponibles, je vous laisse le soin de faire vos propres recherches si le sujet vous intéresse :

- "Faut-il manger des animaux ?" de Jonathan Safran Foer. Il s'agit du premier livre que j'ai lu traitant de ce sujet. Il explique le cheminement de la pensée de Safran Foer, comment il est arrivé à faire ce fameux lien dont je parlais plus haut. Écrit de manière agréable. On commence le livre et on ne s'arrête pas avant la fin. Il me semble que Natalie Portman voulait s'en inspirer pour réaliser une série de documentaire. Natalie Portman quoi !

- "No steak" d'Aymeric Caron. Très bon ouvrage de vulgarisation. Je l'ai même prêté à ma mère. Ensuite, si on se sent d'attaque, on peut enchaîner sur "Antispéciste" du même auteur. Un poil plus dense et plus complexe.

- "Bidoche, l'industrie de la viande menace le monde" de Fabrice Nicolino. Ici nous sommes dans une enquête ultra détaillée de la filière de la viande. Beaucoup de chiffres mais passionnant de bout en bout.

- "Voir son steak comme un animal mort" et "les animaux ne sont pas des êtres comestibles" de Martin Gibert. Également de bon ouvrages de vulgarisation. Et surtout témoignage de quelqu'un qui est tombé du côté de la force lumineuse. 

- "Yes Vegan ! Un choix de vie" de Catherine Helayel. Juriste spécialisée dans le droit des animaux.

- "La planète Vegan" d'Ophélie Véron. Blogueuse plus connue sous son nom Antigone XXI. Il s'agit plus d'un manuel pratique avec beaucoup de réflexions éthiques (par ex. peut-on avoir des animaux quand on est vegan ? Moi je prends le parti d'adopter des lapins abandonnés)

- "Un éternel Treblinka" de Charles Patterson. Pour moi, il s'agit véritablement d'un livre fondateur sur le véganisme. Comment as t-on érigé la systématisation de la mort de millions d'animaux en une machine implacable ? Très controversé, mais s'appuyant sur des faits historiques. Pour la petite histoire, le titre du livre est tiré d'un ouvrage de Isaac Bashevis Singer, écrivain ayant connu les horreurs des camps de concentration. Et si je parle de ça, ce n'est pas un hasard. Définitivement le livre qui m'a fait basculer dans l'abolitionisme. Si vous préférez une étiquette, en voilà une : "je suis une végane, certes imparfaite, antispéciste et abolitionniste". C'est ma  Bible,  je  n'ai pas d'autre mot plus fort pour faire comprendre à quel point il est fondamental pour moi.




A côté, il y  a également pléthore de livres de recettes. Je cite par exemple la cuisine de Jean-Philippe, Marie Laforêt, Sébastien Kardinal et sa compagne Laura VeganPower. Sinon, je recommande chaudement le blog d'Insolente Veggie qui a commis plusieurs livres tirés de son blog. C'est très drôle, très grinçant et très bien vu.



Pour terminer, tout le monde a sa propre histoire à raconter. Comment s'est faite cette transition. Pour ma part, c'est le mot empathie qui prime sur tout. Il faut avoir un cœur bien accroché pour ouvrir son âme.

Comme l'a dit le Mahatma Gandhi "Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde !". 

Et je l'appliquerais à : soyez-le dans tous les domaines de votre vie. Le monde ne s'en portera que mieux. 

jeudi 29 juillet 2021

L'Oblique

Le Liquium est un des rares voire seuls bar exclusivement hétéro-friendly de Lille. Malheureusement, au bout de sept années, son gérant a décidé de le fermer définitivement. Non pas par obligation financière car il avait ses solides habitués mais parce qu'au bout d'un moment, il était temps pour lui de passer à autre chose. Faire une pause dans la vie, comme on dit, prendre soin de lui et prendre le temps, tout simplement.

Aussi, l'autre jour, le 15 juillet, j'étais triste d'y aller boire une dernière pinte pour un baroud d'honneur. 

Comme pour souligner ce moment - la fin d'un endroit chaleureux, le ciel était de la partie avec cette petite pluie qu'on appelle un crachin.

C'est également cet instant là qu'on se dit qu'on regrette de n'y pas avoir été plus souvent alors que j'habite à deux ou trois pâtés de maisons tout au plus. D'autant qu'on pouvait y déjeuner et dîner pour pas cher et entièrement végan. 

C'était un endroit où chacun était bienvenu, sans jugement aucun et où on s'en s'y sentait libre, protégé - ce n'est pas rien, sous l’œil bienveillant de Myn, le gérant, à qui j'ai indiqué pour cette dernière soirée que certaines pages internet indiquaient encore son deadname, ce que je trouvais moi, ulcérant. 

Elle va me manquer cette petite Licorne...

Aussi, c'était ma petit contribution pour dire à quel point ce type d'endroits va nous manquer, la communauté queer de Lille.



lundi 12 juillet 2021

Des envies d'ailleurs

Changer de vie. Changer de ville aussi. Partir loin d'ici même si  l'on sait par avance que l'herbe ne sera pas plus verte ailleurs.

Prendre un nouveau départ. Se faire de nouveaux amis. Et constater que les gens sont tout aussi inconstants où que l'on soit.  

C'est quelque chose que l'on caresse avec le fragile espoir que les choses changent, enfin, pour le meilleur à défaut du pire. 

Mais prendre le large une bonne fois pour toutes. Repartir de zéro et se faire sentir un peu mieux que l'on est ;  là, à l'instant T.  Ce mal-être que l'on se traîne depuis des années comme si c'était sa deuxième maison. Cette saudade que l'on a attrapé comme une maladie dès que l'on a poussé son premier cri.  Et qui ne nous quitte pas la garce ; qui fluctue, qui revient parfois plus forte qu'avant et nous surprend au moment où on ne s'y attends pas.

Aller vers ces pays qui nous tentent depuis qu'on a ouvert des livres ; depuis qu'on sait lire et qu'on a découvert qu'ils sont nos meilleurs amis. Être quelqu'un ailleurs. Qu'on ne  juge pas et  qu'on accepte telle que l'on est. Toujours faire semblant, c'est usant à la longue. Et on n'a plus la patience. 

Renaître ou naître, enfin.  

Une bonne fois pour toutes.

Cette envie d'ailleurs qui nous prend quand on a le vague  à l'âme et des bleus au cœur. 

On ne choisit peut-être pas son destin, pour qui notre cœur bat et se débat, mais on peut changer sa vie au moins ; ou tout au moins tenter de changer de direction avec les moyens dont on dispose. 

Essayer de toutes ses forces.

Mais essayer. 



vendredi 17 mai 2019

Métro, heure de pointe

Comme tous les jours, ce spectacle ne cesse de m'amuser, m'interloquer, m'interroger sur la nature humaine.

Parfois, j'aimerai être une petite souris dotée d'un mini appareil photo pour figer l'instant, cet instant que tout le monde connaît et constate sans y faire quoi que ce soit, moi y compris. Je reste dans le rôle de témoin, et cependant, actrice de ses propres défauts ; de sa schizophrénie.

J'en avait fait la même constatation amusée lorsque je prenais le train pour me rendre sur mon lieu de travail - 6 ans. Mais ce constat était atténué car les gens se parlaient un tant soit peu, communiquant entre eux un minimum sans vouloir sortir à tout bout de champs ce qui est semble être le prolongement naturel de l'humain du 21ème siècle : j'ai nommé le Smartphone, qui est tout sauf un outil de communication mais en vérité une façon de se replier sur soi même et de contempler son nombril. Je le répète une fois de plus : je ne suis pas moi même à l'abri de ces errements. 

Toujours est-il qu'il est curieux de comptabiliser le nombre de personnes qui, dans une rame, sont hypnotisés par leur écran, à tapoter frénétiquement, qui sur un jeu - le 2048 par exemple dont je fus très friande, ou consulter mails, textos et  notifications. Certains, moins nombreux, comme moi  mettent  à jour leurs publications Instagram ou écoutent tout simplement de la musique... quand la carte SD veut bien se donner la peine de me livrer la playlist. Le jeu est amusant. A tous les coups on gagne : il suffit de relever la tête et de dresser en portrait le nombre de participants à ce nouveau jeu qui consiste en "ne parle pas à ton voisin". Parfois, le jeu se retrouve ailleurs, au travail, quand trois collègues se parlent à peine, chacun consultant son écran.

Heureusement, il y a encore certains réfractaires, Astérix des temps modernes, qui plongent leur nez dans leur bouquin.


Tiens, ça me fait penser que je n'ai pas lu grand chose récemment à part un manga...

vendredi 11 mai 2018

Le poids des mots



Je crois en la signification des mots. Ils ont un sens, une variable infime qui nuance chaque propos, chaque sentiment et émotion que peut ressentir tout être humain. Je suis persuadée que la langue française est la plus belle du monde. C’est un avis subjectif bien sûr, mais sa richesse ne peut être prise en défaut.

Mon amour pour cette langue a commencé avec mon amour des livres. Ou bien  était-il là un peu avant ? C’était une langue étrangère pour moi ; moi la fille d’étrangers sur  ce sol français. La petite fille rachitique de quatre ans qui,  par la force des choses, a appris cette langue puisque c’était la condition sine-qua-non afin de s’intégrer lors de ses premiers pas dans les petites classes. Et, je le confesse, je parle bien mieux ma langue adoptive que ma langue maternelle. C’est un fait. C’est presque inexcusable.

Pour moi, donc, et tout aussi subjectivement je redonde : je décrète que la langue français est l’une des plus belles langues du monde, si ce n’est la plus belle. Certes l’italien chante, l’espagnol roule ses « r » à n’en plus finir, le portugais met des « che » partout mais a une très jolie façon de dire que quelqu’un nous plait, l’anglais s’adonne à la concision – un chat est un chat et l’allemand… non pas l’allemand. Même si je l’ai pratiqué durant 5 années, l’allemand est guttural, mais bien pratique pour donner des ordres. 

Revenons à la langue de Molière.

J’en aime ses subtilités et j’essaie tant bien que mal de la manier comme l’épée chez un escrimeur ou, si l’analogie est trop belliqueuse, comme le peintre avec son pinceau – qu’il soit  un artiste ou (re)peigne juste un mur. 

Un simple mot se décline subtilement : ainsi un pote n’est pas un copain et un copain n’est pas un ami. Toute la nuance est dans la gradation, ce que je j’admire par-dessus tout. Aimer et être amoureu(x)se sont deux choses bien distinctes. Maigre ce n’est pas être mince. 

On peut décliner les exemples à l’infini. Et l’infini c’est loin…

Aussi, je trouve bien dommage que SMS et autres tweets en dénaturent la beauté.

Non pas qu’il faille rejeter toute novlangue, mais l’usage de l’orthographe et de la grammaire est devenu un véritable champ de bataille où bien des mots anciens sont morts aux champs de déshonneur. Et si, au moins, on orthographiait correctement ceux qui nous restaient…

Faites un effort, que Diantre !

Séduisez avec votre langue maternelle - ou maternante, mais usez-la de manière belle et noble. 

Reconquérez votre langue. Faites en votre amie, votre amante, votre amoureuse pour la vie.

lundi 19 décembre 2016

Fontaine de jouvence



 Je ne fais pas mon âge, c’est un fait indéniable.  A la question rituelle, et piège il est vrai : « à ton avis, j’ai quel âge ? », invariablement on se plante, on se vautre et on m’ôte aisément une dizaine d’années.

Mes 47 printemps sont sources d’étonnement. La situation me fait désormais sourire car, il n’y a pas si longtemps, mon prétendu jeune âge ne me conférait aucunement le sérieux auquel seules les années et l’expérience donnent droit. Il est vrai que se faire traiter de collégien lorsqu’on est déjà en terminale a de quoi énerver, surtout si l’on doit systématiquement montrer patte blanche, c’est-à-dire sortir le précieux sésame, sa carte de lycée avec sa trombine dessus, envahie par l’acné.

Oui, parce que pour clore le tout, l’acné juvénile est passé par moi et a décidé de faire un long séjour sur mon corps… enfin sur mon front et mon nez jusque 25 ans bien sonnés. Aucun dommage collatéral pourtant car il semblerait que j’ai une peau de bébé. Ni fards, ni maquillage. Au naturel c’est bien mieux. Mes rides sont celles d’expression et mes yeux pétillent le plus souvent. Ma bonne humeur quasi constante et mes accès de folie ont raison du sérieux qu’est censé conférer une presque quinquagénaire. Aïe, le mot est lâché !

Et c’est ainsi que toujours avec « non, ce n’est pas vrai, tu les fais pas ! » s’achève invariablement la réponse à la question.

En effet, selon mon état civil, honnêtement, moi-même j’ai du mal à croire à l’âge que j’ai. Et ce n’est pas un hasard si les textes de Dino Buzzati ont une telle résonnance en moi : le temps qui court, qui court, et qui ne revient pas.

Il faut croire aussi que ma taille n’arrange rien à l’affaire. Petite je suis ; petite je resterai. Il faut croire donc que l’on m’a plongé dans une fontaine de jouvence et que les effets du temps sur moi sont au ralenti.

Enfin, si l’on me prête encore vie, j’ose espérer que je serais une vieille dame facétieuse, une Calamity Jane pourfendant les injustices de sa cane… ou de son déambulateur.

Allez savoir !

lundi 17 octobre 2016

Wind of change

Le titre est une convergence entre ce frétillement que je pressens depuis quelques temps et un titre de chanson que j'ai largement emprunté à Scorpions (merci Arte pour ce documentaire samedi soir sur ce groupe teuton). Et non, ce n'est pas « still loving you ». Danke schön Herr Klaus Meine.



Il y a cinq ans, quand j'ai fait mon coming out végétarien, soit on me riait au nez en pensant que je changerais vite d'avis, soit en se moquant « gentiment » de moi, ou méchamment selon le degré de bienveillance de mon interlocuteur. Et le degré de connerie, il faut bien le dire ici.

Or, quand on me connaît, je ne suis pas vraiment du genre à changer d'avis tous les 15 du mois. Je suis peut-être un hérisson, mais certainement pas une girouette. Et je m'en fous aussi que cela soit devenu tendance, car je suis quelqu'un de conviction. Comme tel, je ne fais juste que les appliquer.

Mon évolution étant ce qu'elle est ; ma réflexion étant ce qu'elle est, je me considère comme à 95% végétalienne. Le 5%, ne chipotons pas sur le chiffre – mais encore trop important à mon goût, est ce chiffre sur lequel je fais un compromis en m'accordant des écarts... juste végétariens, les écarts. Faut pas déconner non plus !

Ce soir là, au restaurant – bistrot gastronomique typiquement français, avec tout ce que cela comporte, mon implication éthique est revenue une nouvelle fois sur le tapis. Pas de mon fait, je l'avoue, mais comme je mangeais différemment... il fallait bien que l'on parle de quelque chose. J'avais eu la présence d'esprit de prévenir le chef cuistot de mes habitudes alimentaires. Le chef m'avait donc concocté un menu végétarien de A à Z, que certains de mes collègues de table ont jalousé : jolies assiettes, joliment colorées, largement parfumées. A la réponse habituelle du : « oui, je suis végétarienne », on lança le débat. Enfin, en fait de débat, il n'y en eut pas mais plutôt une convergence d'opinions plutôt favorables, à mon grand étonnement, sur cet état de fait dans lequel je me trouvais par choix, éthique, raisonné et raisonnable.

Là même où on m'aurait asséné du « il y aura toujours de la salade », « il y aura toujours des graines », on affirma dans cette joyeuse tablée qu'on y arriverait, tôt ou tard. Non, à se contenter de manger de la salade ou des graines, mais au végétarisme, végétalisme, et autres ismes sonnant comme de petites victoires. Pour ma part, c'est encore tard... mais ne soyons pas le lièvre de la fable ; rongeons notre frein en souriant, tout en réexpliquant le pourquoi du comment, et « non, les poissons ne poussent pas sur les arbres ».

L'un des convives avoua également qu'il avait testé les steaks de soja et qu'il avait trouvé ça plutôt bon. Moi de sourire en mon for intérieur, car cela faisait un moment que j'étais passée à autre chose que le steak de soja – qui dépanne, il faut le reconnaître, quand on est en territoire hostile, ou que le choix est limité.

Celle qui avait lancé ce faux débat lui demanda alors s'il avait lu la composition de ce fameux steak. Que nenni. Il ne comprenait rien à cette liste de composés. Ce à quoi elle déclara tout net que ce manque de lisibilité l'empêchait justement de prier l’Église du Saint Soja.

Pour le coup, j'avais franchement envie de rigoler. Si seulement elle savait tout ce qu'on injectait dans le cul des pauvres poules qui ne demandaient rien, ni des pauvres bœufs, ou des cochons. Bref, comme dit le dicton : « C'est l’Hôpital qui se fout de la charité ! ».

Mais ça y était, me convainquais-je à la fin de cette soirée. Cette lente révolution des mentalités. Doucement, ce vent de changement, grâce sans doute aux nombreux documentaires et aux reportages chocs de L214 – que sais-je encore ?

Alors oui, j'avais décrété que je n'en parlerais plus. Mais ce sujet est un sujet qui me tient vraiment à cœur. C'est ma façon à moi de militer pour un monde plus juste, moins barbare, moins cruel. Il se pourrait bien que j'en parle encore, ici ou là comme, par exemple, le prosélytisme des omnivores.

vendredi 27 mai 2016

Rencontre(s) du 3ème type... (vacances j'oublie tout)

Mardi 

Qui dit mardi, dit manifs. Qui dit manifs dit bourres pifs. Juste pour la rime, bien sûr mais, au vu des derniers événements, la rime n'est pas si superflue.

J'ai donc sillonné les rues de ma ville en scandant timidement les slogans que scandaient mes camarades autour de moi. Contre cette loi du travail qui risque de casser justement le travail.

J'en ai fait des manifs pourtant, surtout quand j'étais étudiante ou même lycéenne – à moi les « Devaquet, si tu savais, ta réforme où on s'la met ! ». De mémoire d'arpenteuse de rue contestataire, je n'ai jamais ressenti une telle tension aux abords des carrefours, devant l'Opéra, ou face au bosquet, rue Nationale. Les centaines de représentants de l'ordre - mais quel ordre quand on voit la pagaille ? - ne nous donnent pas de sentiment de sécurité, bien au contraire. Et nous de surveiller chaque recoin ; de lever les yeux au ciel comme si on s'attendait à ce que ça s'abat.

Pour une manif tendue, on est servis. Dire que j'ai voté pour ça !

Dans cette atmosphère délétère, nous avons cependant discuté avec un jeune homme et sa mère. Militants de mère en fils.

 

 Jeudi

On remet ça. Ça quoi ? Une nouvelle manifestation. Placée cette fois sous le signe de la bonne humeur. Les chants scandés/chantés sont bon enfant, certes un peu provocateurs, mais toujours dans la bonne humeur. Je romps avant la fin. Je raccompagne mon filleul en gare de Lille Flandres

Manque de pot, les trains sont bondés. Le mot est faible. On se croirait dans un métro de Tokyo, aux heures de pointe. C'est presque si les gens se poussent les uns les autres afin de monter dans les rames. Jour de grève donc. Moins de trains.

Mais pourtant.

Pourtant, le train d'Armentières est juste en face. Et part 4 minutes plus tard. Pourtant les voyageurs d'Armentières montent dans celui de Calais et empêchent les usagers de prendre celui là. 

Manque de pot donc, Calaisiens, Hazebrouckois et autres retardataires devront attendre le train suivant, le dernier train de la journée, soit 1 heure et demie plus tard.

J'espère que la jeune dame enceinte l'aura eu, ce fichu train.

Au retour, je me fais accoster par un jeune immigré qui me demande si je parle anglais afin de l'aider à prendre un ticket sur la borne automatique.... pour prendre le prochain train pour Calais.

Il faut croire que j'ai une bonne tête.


Samedi

De retour de Roubaix où mon amie photographe et moi avons profité de la « nuit des arts », ce genre de de chose n'arrive qu'à moi.

Ce, c'est notre rencontre improbable avec deux jeunes mormones américaines juste en face de nous, dans le métro.

Quelle est en effet la probabilité qu'une telle chose produise ? Infime, me direz vous. Et pourtant c'est bien ce qui s'est produit comme dans une de ces rencontres du 3ème type.

Nous passons rapidement du français à l'anglais, nous interrogeant mutuellement et de manière fluide. L'une est de San Francisco ; l'autre de l'Utah, l'ETAT mormon par excellence. Nos camarades de voyages nous disent que notre anglais est excellent, ce qui fait toujours plaisir, en passant.

Notre conversation animée fait l'objet de tous les regards dans la rame, dont celui amusé de mon voisin de droite que je soupçonne d'avoir compris tout au moins  grand partie de nos échanges. 

Arrivées à République, nous échangeons justement nos numéros et mails. Il n'y aura rien pour la suite, certainement, surtout pas quand nous leur avons annoncé que nous et la religion.... c'était pas notre came. Mais l'occasion était trop belle.

Tout cela sur une semaine de temps, le temps de mes vacances où, à l'instar ce cette chanson des années 80, j'ai vraiment tout oublié pour opérer un vrai break, en commençant par fêter comme il se doit mon anniversaire parce c'était un samedi et que je n'aimais pas forcément les chiffres ronds. Et parce que, aussi, les amis d'amis ont amenés des échanges intéressants, et que la magie a opéré pour faire que cette soirée soit l'une des plus belles soirées depuis bien longtemps.

En tout cas pour moi.

Des rencontres du 3ème type comme ça, j'en veux plus souvent. Mais, mon pseudonyme de blog oblige, je gage que cela n'en restera pas là....