samedi 25 juillet 2026

Ce qui revient , ce qui naît

Le chemin est encore long, je le sais. Je reconstruis tout petit à petit, briques par briques. Je ne suis pas seule. Je suis aidée. Je suis comprise. Je suis même écoutée. Mais le plus important : je ne suis pas jugée. 

Je ne semble pas malade, pourtant je le suis. Je l'étais sans doute déjà même si j'en refusais l'idée. Même si je repoussais mon propres corps dans ses  retranchements. 

Même si je me sentais coupable, au début. 

On se brûle.

On survit. 

On revit lentement, jour après jour. 

Ma thérapie, c'est la musique. Pas qu'écouter, non. Pas seulement. Plus maintenant. 

Créer, composer, modifier, réécouter. Donner des titres. Suivre le mouvement. 

Je ne suis pas une musicienne au sens strict. Je le suis devenue. À ma façon, imparfaite, mais c'est à moi. 

Certains marchent des heures. D'autres se perdent dans l'odeur du papier. D'autres encore disciplinent leurs corps dans la maîtrise du yoga. 

L'écriture était difficile. Je l'ai suspendue ces derniers mois. Trop d'énergie. Mais ça revient. Je l'écoute. Je m'écoute. 

Ce qui me guérit, définitivement, c'est la musique. Ne pas voir passer son temps en tournant un bouton. Un kick. Une nappe. Une ligne de basse. La joie d'un gosse, d'un Peter Pan qui découvre un nouveau continent sonore. Les rimes ne sont plus des mots mais des notes. Elles se répondent entre elles. 

Cela m'a appris l'humilité : mon corps n'est pas une machine. Je dois m'écouter, me préserver. J'ai dû admettre que je devais m'arrêter. Me réparer. 

Mais surtout, que savoir dire NON n'était pas signe d'arrogance ou de faiblesse. 


Ne pas s'excuser d'exister


mercredi 24 juin 2026

Les plus petites victoires sont les plus belles

Pour la première fois depuis trois mois, j'ai retrouvé le plaisir de l'écriture. Réécrire était alors jusque là la seule chose que l'on peut faire quand on est épuisée, aussi bien physiquement que mentalement. 

Un cerveau qui casse. Un corps qui se cabre pour ne pas tomber. 

Le burn out, doublé d'une dépression. Le combo gagnant. 

Je n'ai pas peur de le dire. Je ne suis pas coupable, pas redevable. C'est cette société malade qui prend l'être humain comme une simple variable. 

J'y reviendrais peut-être à ce qui m'a amenée là. 

Peut-être pas.

Ce soir donc, ou plutôt cette nuit, pour la première fois je ne suis pas repassée par ce que j'avais déjà écrit. Polir les phrases. Retirer le gras. Se satisfaire d'une scène. Apprécier le silence. 

Non.

J'ai senti un appel. Cela peut paraître absurde, mais pas pour ceux qui ont le besoin vital de raconter des histoires comme moi.

Comprenne qui sait. 

Je ne sais pas combien de temps cela va me prendre, mais saches que je vais raconter ta vie depuis que tu as pris ce train. 

Quelques lignes jetées là, sur mon bloc note virtuel. 

Quelques lignes certes, mais qui ont le goût d'une grande victoire pour moi. 

Cela peut paraître peu mais c'est un pas énorme.

Je reviens à moi-même. 




lundi 16 mars 2026

Karma

 Tu seras un article de blog. Un point final à celle que j'étais il y a vingt ans.

Apaisée. Triste. En colère.

Ce lieu que je déserte parce que l'écriture me dévore ailleurs est l'endroit où je peux déposer les cendres de mon passé. Construire un univers, c'est accoucher d'une constellation. Toi n'es plus qu'une miette, une particule infime de ce que j'ai vécu, et que je vais transcrire ici à ma façon, pour fermer ce livre une bonne fois pour toutes.

Si j'avais eu encore des doutes, depuis ce week-end je n'ai ai plus aucun. J'avais un faisceau la première fois que j'avais lu cette note. Mais tu sais, des homonymes, il y en a légion.

Je n'étais donc pas certaine de la matérialité de ton existence.

Ou plutôt de ton inexistence, puisque tu es bel et bien mort.

Un commentaire qui me rappelle à quand j'habitais là-bas. Le nom d'une rue où j'y ai vécu l'enfer.

Tu n'étais plus une hypothèse abstraite. Ta mort est effective, actée.

Je t'ai décrit il y a longtemps dans une histoire que j'ai refermé depuis des années, et que je n'ai pas relu depuis. La dernière page était le point que j'ai essayé de mettre à ce qui s'est passé. Une façon d'exorciser tout le mal que tu m'avais fait.

Je suis donc partagée.

Apaisée, sans doute. Bien plus mûre, je l'espère. En témoigne ma chevelure qui se teinte de gris.

Triste. Puisque tu as compté. Ne te méprends pas : ce n'est pas une victoire. Je suis heureuse désormais. La personne qui m'accompagne maintenant me prouve tous les jours que l'amour peut être un long fleuve tranquille. Qu'aimer quelqu'un, et être aimée en retour, c'est surtout accepter l'autre entièrement, pleinement. D'être soi-même.

A cause de toi, pendant longtemps, je me suis méfiée. Je suis restée entre mes murs. Et si je devais finir seule et bien, ce n'était pas grave.

Mais je suis en colère aussi.

Tu es définitivement parti et il y a des conversations, des confrontations, que l'on ne pourra jamais aborder. Et aussi, oui, tes excuses et ta demande de pardon. Un jour, on se serait croisés par hasard, comme avant, et j'aurais pu te dire tout ce que j'avais sur le cœur.

Tu t'en es tiré à bon compte finalement.

Tant pis.

Un jour, je t'avais balancé que le karma existait, que ce qu'on fait de mal nous revient, comme un boomerang. Que des actes mauvais ne restent pas impunis.

Je ne sais pas si tu as pu t'en rendre compte, dans ta vie d'homme et de père. Après moi. Si ta vie a été chaotique ou délicatement simple. Si tu as retenu les leçons de tes erreurs.

J'ose croire que oui.

Alors.

Repose en paix.


Ma paix, ça fait longtemps que je l'ai reprise.



mercredi 16 octobre 2024

Tout est bien qui finit bien

Hier soir, nous sommes allées voir un film dans ce cinéma de quartier qui va sans doute devenir mon ciné préféré, l'inverse d'un ce ces multiplexes que j'abhorre car trop désincarné ; le lieu du fast seen avec pop corn industriel et salles trop aseptisées. Certes, on a le choix et désormais la VO sous titrée s'invite régulièrement aux séances, mais ces complexes n'ont aucunement le charme de ces petits cinémas de quartier comme celui que je fréquentais lorsque je vivais encore à Douai. Certes aussi, au Stockel vous n'aurez qu'une seule salle, assez grande c'est vrai, avec de vieux fauteuils carmins dont la couleur est un peu passée mais où l'on s'enfonce avec bonheur tandis que la lumière baisse d'intensité pour faire place aux bandes annonces et aux publicités. Nous avions décidé de regarder un film belge, sous-titré en flamand, qui dépeint de manière originale un fait de société inquiétant et grandissant hélas, amplifié par les réseaux sociaux : le mécanisme du harcèlement en milieu scolaire. Un film choc avec ses  petits défauts certes, mais qui me donnera sans doute l'occasion de revenir justement sur ce phénomène mortifère d'effet de meute incitant les adolescents qui en sont les victimes à y mettre un terme de manière irréversible. Moi-même ayant été le bouc émissaire de toutes une classe l'année de mes quinze ans. Ce sujet me parlait véritablement. 

Mais ce n'est pas le propos de ce billet, non. 

Il faut savoir que passé 21 heures le métro n'est plus accessible entre Stockel et Mérode, ainsi que le tram qui mène jusqu'à l'arrêt du même nom, point de jonction avec notre bonne vieille ligne, la 8, qui nous dépose face à l'appartement. Des bus sont donc à disposition des usagers. Et c'est là que mon histoire prend son envol. 

Oui, je ménage mes effets.

A la montée du bus, je ne remarque rien, un truc orange sur le sol mais je n'y fais pas attention. C'est mon amoureuse qui me signale qu'il s'agit sans doute d'un portefeuille. De fait, en le ramassant, nous nous rendons compte qu'il s'agit d'un porte-cartes où en effet y sont sagement rangées deux cartes de débit et un abonnement STIB, plus une feuille A4 soigneusement pliée en quatre, que je n'ai pas osé déplier. L'abonnement d'un jeune homme de 18 ans. Un étudiant sans doute dont les moyens ne sont pas forcément extensibles. J'imagine le désarroi de comprendre qu'on a tout perdu bêtement en se levant du siège de l'autobus. Malheureusement, aucune carte d'identité qui permettrait d'avoir l'adresse exacte de son propriétaire. Alors nous prenons une photo. Mon amoureuse s'inscrit sur un site de recherche brusseleir afin de signaler que nous avons trouvé l'objet - on ne sait jamais si quelqu'un est à l'affût.  Je le confie aussitôt au chauffeur afin qu'il remette le portes cartes aux objets perdus, parfois jamais retrouvés.  C'est la décision la plus sage, me dis-je dans ma précipitation. Mais ça m'embête. 

Cela m'embête de ne pas pouvoir prévenir le jeune homme que son porte carte est retrouvé. Alors nous cherchons sur les réseaux sociaux : TikTok, Instagram, Facebook. Mais on a l'impression qu'il s'agit d'un fantôme qui n'a aucun lien avec le monde virtuel. Nos maigres résultats ne sont pas probants. Nous continuons cependant à chercher durant le trajet qui nous ramène à Roodebeek. Je pousse le vice et je fais une demande d'ami sur sa page Facabook, c'est lui sur la photo : on le reconnait.  4 amis seulement et aucune activité depuis 2021: pas terrible. Sa page Insta est plus fournie, mais il est de dos : pas sûre que ce soit lui ; peut-être qu'il s'agit d'un homonyme. J'ai  poussé jusqu'à élargir le cercle à des gens portant le même patronyme mais sans les contacter.  Malheureusement, mes tentatives de l'appeler sur Messenger échouent lamentablement car nous ne sommes pas accointés sur le réseau de Mark. Z. 

Bref, je passe les détails qui sont ma foi fort nombreux en l'occurrence et nous nous échouons enfin sur le magnifique canapé deux places bleu pétant que je viens de nouvellement acquérir via ce fameux ami suédois spécialiste des meubles en kit et des boulettes végan. 

Je déprime car j'aurais bien aimé réussir à le contacter mais, comme il y a bien un titre à ce post long comme mon bras sur une anecdote somme toute banale, j'envoie un message via Instagram sur le profil de dos. Mon bras qui n'est pas si long en fait.  Je tente ma chance. Je lance les dés. 

Quelle ne fut  ma surprise quelques minutes plus tard de recevoir un message : des remerciements et une confirmation qu'il a réussi a retrouver le chauffeur détenteur du porte-cartes, tout cela sans passer par la case dépôt de l'objet au service dédié de la STIB. Ce à quoi je lui ai répondu que j'étais très contente pour lui. 

Parce que c'était la vérité :  j'étais vraiment contente qu'il ait récupéré son bien aussi rapidement. 

De fait, j'aimerais que chacun en fasse de même car c'est la moindre des choses de s'aider les uns et les autres.

Tout est bien bien qui finit bien donc !

Comme quoi, les bons samaritains sont en chacun de nous.