mardi 8 octobre 2024

Une chronique de la légèreté urbaine contemporaine

Je ne pensais pas revenir aussi vite ici, mais ce soir j'ai été témoin d'une scène mignonne, de celles qui vous font sourire, alors que tout le monde autour de soi ne fais attention à rien sauf à l'affichage des métros qui se succèdent avec plus ou moins de lenteur.

Plantons le décor :  le décor urbain d'une capitale européenne, celle où je vis depuis déjà deux ans. Tiens, d'ailleurs à ce sujet, il faudrait que je le traite ce sujet justement : mes premières impressions et réflexions sur ma vie en Belgique, parce qu'il y a de quoi faire un comparatif entre les casse-têtes administratifs entre ces deux pays voisins. Mais voilà : je repousse toujours aux calendes grecques.

Donc, je pars du travail, tard encore, enfin encore plus tard que je ne l'avais prévu. Direction Rogier qui est tout à côté de mon entreprise. 

Je me plante sur le quai, regardant machinalement le panneau d'affichage qui m'indique une attente de 3 minutes avant le prochain passage de la rame qui m'amène à Art-Loi, point central s'il en est puisque   tout le monde ou presque descend pour reprendre une autre ligne. Je viens juste de louper le métro précédent, le temps que je le remarque, que je finisse de descendre et que je bipe ma carte, le voilà qui ferme ses portes et qui file tel un guépard qui vient enfin de trouver sa proie... mais je m'égare. En vérité ce métro était un vieux coucou qui continue à rouler sur les rails on ne sait comment. 

Perdue dans ma musique électronique, je ne les remarque pas, pas tout de suite en tout cas et je suppose qu'autour de moi personne n'observe personne. Mais depuis que j'écris je crois, je ne peux m'empêcher de croquer mes contemporains au détour d'une rue, d'un bar ou d'un restaurant. Partout en fait. 

Ils sont deux. Deux couples. Enfin, le deuxième je n'en suis pas si sûre, peut-être les prémices.

Le premier est sur ma gauche, en face de mon quai. Un couple d'une cinquantaine d'année. La femme s'approche de son mari en lui caressant la joue, puis en s'approchant de lui et en l'embrassant tendrement un peu plus haut que la joue. j'esquisse un sourire. On dirait qu'ils sont seuls au monde. 

Puis mon regard se reporte sur ma droite, toujours sur le même quai. Je vois une jeune femme, la trentaine, qui fait les cent pas en discutant au téléphone. Scène suivante : je note un jeune homme derrière le tourniquet qui fait demi-tour et lui parle au dessus de la vitre, son badge de société tressautant un peu sur sa poitrine. La jeune femme a un grand sourire.  Elle raccroche aussitôt et commence à parler au jeune homme. Je pense qu'ils sont deux collègues, même si je n'ai pas vu de badge autour du coup de la femme - elle est de trois-quart. J'imagine donc qu'il l'a raccompagné jusqu'au quai pour lui dire "au revoir, à demain" avant de se raviser. N'empêche que leur conversation que je devine plus que je ne comprends a quelqu'un chose de léger. Comme un de ces flirts de printemps. Et mon instinct parfois ne ment pas : en effet, au moment de remonter, le jeune homme se retourne sur la jeune femme puis reprend sa longue marche vers le dehors. Puis comme un ballet silencieux, l'autre protagoniste se retourne sur lui après coup, quand il termine sa montée.

Comme dans l'une de ces comédies romantiques anglaises que j'affectionne particulièrement. 

Je ne peux m'empêcher alors d'esquisser un sourire. Un sourire sur les prémices sur, qui sait, les amours naissantes entre deux collègues d'open space.

Cela a fait ma journée. 

lundi 7 octobre 2024

16

Aujourd'hui cela fait 16 ans que j'ai ouvert ce blog. Facebook m'a rappelé à mon  bon souvenir et m'a mis un coup de pieds au derrière pour me faire revenir vers ces lieux hantés par ma plume paresseuse ; plume qui pourtant en a rempli des pages ces derniers mois,  sans poster quoi que ce soit, certes. 

C'est bien la première fois que je tiens un carnet de routes/journal extime aussi longtemps. Notez que l'expression extime n'est pas de moi mais je l'avais lu quelque part et j'avais trouvé cela judicieux parce qu'un blog est tout sauf un journal intime car à la vue de tou(s)tes pour peu que l'on sache quels mots-clés taper  sur le moteur de recherche.
 
Mais bref.

Je me demande si c'est encore utile de le continuer ; si ce que j'écris a un écho ; si simplement j'ai encore des choses à dire ou à partager. Pourtant en ce jour d'anniversaire qui ricoche malgré lui avec l'actualité mortifère, il me semble finalement que ce serait stupide et/ou  prématuré tout compte fait de refermer la porte de cette maison que j'ai construit brique à brique avec mes souvenirs, mes pensées parfois confuses et mes anecdotes ou plutôt mes innombrables mésaventures, sur lesquelles je m'arrête parfois pour rire de moi, me moquer de ma maladresse coutumière.

Parce que même si je n'écris plus grand chose, je n'arrête pas.

Je n'arrête pas de parler autour de moi. De commenter l'actualité, d'exposer mes théories, de fulminer sur la montée des extrêmes qui, je n'ai jamais compris pourquoi,  complote ; attise la haine ; suscite l'ignorance face à des communautés qui ne demandent qu'à vivre sereinement sans avoir à justifier quoi que ce soit. 

Les prisons mentales sont créées par les gens qui rejettent tout ce qui diffère d'eux. C'est dommage de fracturer son crâne à l'impossibilité de s'ouvrir sur les autres parce qu'ils sont étrangers dans tous les sens du terme.  Mais ne nous leurrons pas : tout le monde n'a pas la faculté de se mettre à la place de l'autre, de faire preuve d'empathie. Non, certains sont bornés et refusent d'accorder les mêmes droits comme si cela allait impacter les leurs, de droits, eux qui ont tout déjà. 

Mais de quoi ont-ils peur en fait ? 

Je n'arrête pas. 

Je n'arrête pas de maudire l'Humain dans tout ce qu'il a de plus déplorable, vil, dégueulasse - n'ayons pas peur des mots et, au final, in-Humain dans ce qu'il s'évertue à détruire ici-bas. 

Drôle d'anniversaire, drôle de billet pour souffler sur mes 16 bougies  - ce blog adolescent qui n'est plus un enfant mais pas encore un adulte ; ce billet qui me semble morose ce soir. Il est vrai que je n'ai jamais été quelqu'un d'optimiste même si l'humour et moi ont est foncièrement compatibles depuis que j'ai compris que c'était la meilleure façon de ne pas prêter le flanc aux critiques et aux méchancetés  qui vous tombent sur la gueule. 

Malgré tous les moyens qui sont à notre disposition, jamais l'avenir ne m'a semblé aussi désespérant et déprimant. 

Promis. 

J'essaierai de revenir avec une humeur un plus primesautière, guillerette.

Mais pas ce soir. 

Ce soir j'ai encore du mal à comprendre ce qui pousse les uns et les autres à se comporter comme des hyènes.

Je souffle sur les bougies mais le cœur n'y est pas autant qu'il devrait l'être.


jeudi 14 mars 2024

A toi l'inconnue du métro

 Tu étais là, le visage triste. Peut-être étais tu juste fatiguée mais un instant j'ai cru que tu étais sur le point de pleurer. D'instinct, je me suis assise en face de toi puisque j'avais encore quelques arrêts. Tu semblais si vulnérable habillée de ta jupe printanière, les genoux fermés, sans doute pour ne pas prendre trop de place, ni certainement pour qu'un esprit malhonnête ne s'avise de te reluquer - la position des femmes quand elles sont dans l'espace public pour ne pas trop attirer l'attention. Oui, je me suis assise en face de toi, bloquant délibérément le passage de peur qu'un imbécile ne se mette à tes côtés et ne t'adresse des reproches comme cet homme, jeune,  qui l'a fait des semaines auparavant vis-à-vis d'une femme plus âgée parce qu'il la jugeait trop peu vêtue. Comme s'il fallait une validation de qui ce soit pour s'habiller comme bon nous semble quand on est une femme. 

La musique électro se déversait dans mon casque et malgré moi, j'essayais de deviner si tu étais triste ou tout simplement fatiguée, sans trop oser croiser ton regard, ce regard dans lequel j'ai cru pourtant poindre des larmes que tu tentais de contrôler. 

Je n'ai pas osé, pas osé te dire que je te comprenais. Je me suis assise face à toi, inconnue que je ne reverrai sans doute jamais, parce qu'il me semblait que c'était la chose à faire, que j'ai eu cet instinct irrépressible de m'assurer que tu allais bien. Même si je prenais cet air détachée pour ne pas te gêner, je restais tout de même attentive aux expressions qui succédaient sur ton visage. 

Puis nous sommes toutes les deux descendues au même arrêt. Je t'ai vu au loin dans la foule et nos chemins se sont séparés.
J'espère sincèrement que, où que tu te trouves ce soir, tu sois libérée de ce poids qui semblait te comprimer les épaules. 

mardi 12 mars 2024

Jour de grève... encore !!!

 Qui dit jour de grève, dit jour de galère, forcément. Mais ce n'est pas vraiment ici l'occasion d'énoncer la longue litanie des ennuis que j'ai eu pour arriver jusqu'au travail - deux fois plus de temps, ni de narrer à quel point le retour a été aussi compliqué le soir. Même si, techniquement, c'est justement sur ce retour qu'il y a plus de choses à dire. 

J'aimerais juste croquer les personnalités que l'on peut rencontrer lors de ce type de journée particulière, des situations cocasses ou encore des anecdotes lors du retour. Parce qu'avec la STIB, quand il y a grève, aller taffer c'est "presque sûr", repartir dans son sweet home relève d'un challenge digne de Koh-Lanta sans le totem d'immunité.

Pour faire bref, le matin il fallait doubler la mise : autrement dit, compter deux fois plus de temps et prendre le transport par des moyens détournés. En gros, un tram, un métro, un pré-métro, et ses petites papattes pour terminer le trajet. Rien d'insurmontable. 

Le retour fut plus chaotique. 

Il faut savoir qu'à Bruxelles, lorsqu'il y a ce type de manifestation nationale, seules deux lignes de métro circulent : la 1 et la 5. Grosso modo, n'importe quel usager, s'il sort à Mérode, point névralgique, peut prendre l'une ou  l'autre ligne. Sauf que les gens comme moi qui prennent le terminus Hermann-Debroux  sont obligés d'attendre la ligne 5. En temps normal c'est déjà assez compliqué car en heure de pointe tout les rames sont blindées - souvenez-vous : si vous voulez sortir à Mérode vous prendrez indifféremment la 1 ou la 5, ce qui augmente considérablement le nombre de gens dans le métro et nous, forçats de la 5, devons nous contorsionner comme nous le pouvons à la recherche d'un peu d'espace et attendre patiemment que le flux diminue. 


(Petit schéma des lignes 1 et 5, histoire de comprendre de quoi je parle, pour tout non usager des transports bruxellois)

Aujourd'hui donc, nous avons joué au Tetris. Comprendre que de toute façons, si vous ne pouvez pas vous accrocher à la barre, c'est tellement dense qu'il est difficile de s'exploser la gueule par terre au cas où le métro pile brutalement, ce qui arrive quelques fois. Du coup, c'est l'occasion de papoter gaiement avec tous les usagers en galère. On sourit. On plaisante. On raconte des bêtises. On me souhaite bonne chance. 

Oui, on me souhaite bonne chance parce que j'ai la folle idée d'envoyer un message WhatSapp à mon amoureuse lui indiquant que je descends à Art-Loi, autre plateforme du trafic d'humains.... pardon d'usagers, et que nous pouvons continuer la route ensemble. Sur le coup, je ne me rends pas bien compte de ma proposition lunaire, que j'énonce calmement à ceux qui m'entourent comme si c'était une simple promenade de santé et, telle une gladiatrice dans l'arène, on me souhaite donc bonne chance au moment de me faufiler sur le quai pour retrouver mon amoureuse. 

Avec qui j'ai patienté deux métros avant de pouvoir grimper de nouveau dans une rame. 2 métros ce n'est rien, me direz vous, mais c'est sans compter l'espacement entre chaque passage et cette fascinante horloge que seuls les transports en commun possèdent en ce monde de voir la minute s'écouler interminablement. Je dirai que nous avons attendue plus que les 20 minutes annoncées avant que notre brave ligne 5 ne se pointe pour nous délivrer.

Coïncidence ou comique de situation, tandis que nous patientons, je vois un grand escogriffe me faire signe de la main : un de mes collègues bloqué dans le bocal, dans le métro donc. Commence alors un jeu de mimes entre nous : le langage avec les mains fait toujours des merveilles. Avouez tout de même que la probabilité de le croiser et de tomber pile nez à nez sur lui alors que je suis partie bien avant lui est assez incroyable ! Voire ubuesque. 

De cette folle journée, j'en retirerai cette propension à converser naturellement avec d'autres voyageurs qui sont dans la même galère que nous et avec qui nous faisons une comptabilité entre celles qui attendent depuis le plus longtemps, cette volonté de monter dans la rame, coûte que coûte - je suggère d'utiliser mon tout nouveau parapluie pour pourfendre les inconscients qui essaieraient de nous gruger, mais surtout cette autodérision, cet humour typiquement bruxellois - ou plus globalement belge, qui me font aimer un peu plus ma vie ici désormais. 

Voilà, à la base je voulais raconter notre périple à Anvers et notre découverte de la ville flamande, mes ressentis et le parcours du combattant pour arriver jusqu'à la Gare Centrale, digne des plus grandes comédies de l'Hexagone, suite à une autre grève - et oui, 2 manifestations en 4 jours, elle est pas belle la vie ? mais cela fera l'objet d'un autre billet. 

Demain soir, qui sait ? Peut-être. 


Et ça c'est le message de la STIB de ce jour nous informant que cela va êtres encore la grosse mierda. Cadeau :