samedi 25 juillet 2026

Ce qui revient , ce qui naît

Le chemin est encore long, je le sais. Je reconstruis tout petit à petit, briques par briques. Je ne suis pas seule. Je suis aidée. Je suis comprise. Je suis même écoutée. Mais le plus important : je ne suis pas jugée. 

Je ne semble pas malade, pourtant je le suis. Je l'étais sans doute déjà même si j'en refusais l'idée. Même si je repoussais mon propres corps dans ses  retranchements. 

Même si je me sentais coupable, au début. 

On se brûle.

On survit. 

On revit lentement, jour après jour. 

Ma thérapie, c'est la musique. Pas qu'écouter, non. Pas seulement. Plus maintenant. 

Créer, composer, modifier, réécouter. Donner des titres. Suivre le mouvement. 

Je ne suis pas une musicienne au sens strict. Je le suis devenue. À ma façon, imparfaite, mais c'est à moi. 

Certains marchent des heures. D'autres se perdent dans l'odeur du papier. D'autres encore disciplinent leurs corps dans la maîtrise du yoga. 

L'écriture était difficile. Je l'ai suspendue ces derniers mois. Trop d'énergie. Mais ça revient. Je l'écoute. Je m'écoute. 

Ce qui me guérit, définitivement, c'est la musique. Ne pas voir passer son temps en tournant un bouton. Un kick. Une nappe. Une ligne de basse. La joie d'un gosse, d'un Peter Pan qui découvre un nouveau continent sonore. Les rimes ne sont plus des mots mais des notes. Elles se répondent entre elles. 

Cela m'a appris l'humilité : mon corps n'est pas une machine. Je dois m'écouter, me préserver. J'ai dû admettre que je devais m'arrêter. Me réparer. 

Mais surtout, que savoir dire NON n'était pas signe d'arrogance ou de faiblesse. 


Ne pas s'excuser d'exister


mercredi 24 juin 2026

Les plus petites victoires sont les plus belles

Pour la première fois depuis trois mois, j'ai retrouvé le plaisir de l'écriture. Réécrire était alors jusque là la seule chose que l'on peut faire quand on est épuisée, aussi bien physiquement que mentalement. 

Un cerveau qui casse. Un corps qui se cabre pour ne pas tomber. 

Le burn out, doublé d'une dépression. Le combo gagnant. 

Je n'ai pas peur de le dire. Je ne suis pas coupable, pas redevable. C'est cette société malade qui prend l'être humain comme une simple variable. 

J'y reviendrais peut-être à ce qui m'a amenée là. 

Peut-être pas.

Ce soir donc, ou plutôt cette nuit, pour la première fois je ne suis pas repassée par ce que j'avais déjà écrit. Polir les phrases. Retirer le gras. Se satisfaire d'une scène. Apprécier le silence. 

Non.

J'ai senti un appel. Cela peut paraître absurde, mais pas pour ceux qui ont le besoin vital de raconter des histoires comme moi.

Comprenne qui sait. 

Je ne sais pas combien de temps cela va me prendre, mais saches que je vais raconter ta vie depuis que tu as pris ce train. 

Quelques lignes jetées là, sur mon bloc note virtuel. 

Quelques lignes certes, mais qui ont le goût d'une grande victoire pour moi. 

Cela peut paraître peu mais c'est un pas énorme.

Je reviens à moi-même. 




lundi 16 mars 2026

Karma

 Tu seras un article de blog. Un point final à celle que j'étais il y a vingt ans.

Apaisée. Triste. En colère.

Ce lieu que je déserte parce que l'écriture me dévore ailleurs est l'endroit où je peux déposer les cendres de mon passé. Construire un univers, c'est accoucher d'une constellation. Toi n'es plus qu'une miette, une particule infime de ce que j'ai vécu, et que je vais transcrire ici à ma façon, pour fermer ce livre une bonne fois pour toutes.

Si j'avais eu encore des doutes, depuis ce week-end je n'ai ai plus aucun. J'avais un faisceau la première fois que j'avais lu cette note. Mais tu sais, des homonymes, il y en a légion.

Je n'étais donc pas certaine de la matérialité de ton existence.

Ou plutôt de ton inexistence, puisque tu es bel et bien mort.

Un commentaire qui me rappelle à quand j'habitais là-bas. Le nom d'une rue où j'y ai vécu l'enfer.

Tu n'étais plus une hypothèse abstraite. Ta mort est effective, actée.

Je t'ai décrit il y a longtemps dans une histoire que j'ai refermé depuis des années, et que je n'ai pas relu depuis. La dernière page était le point que j'ai essayé de mettre à ce qui s'est passé. Une façon d'exorciser tout le mal que tu m'avais fait.

Je suis donc partagée.

Apaisée, sans doute. Bien plus mûre, je l'espère. En témoigne ma chevelure qui se teinte de gris.

Triste. Puisque tu as compté. Ne te méprends pas : ce n'est pas une victoire. Je suis heureuse désormais. La personne qui m'accompagne maintenant me prouve tous les jours que l'amour peut être un long fleuve tranquille. Qu'aimer quelqu'un, et être aimée en retour, c'est surtout accepter l'autre entièrement, pleinement. D'être soi-même.

A cause de toi, pendant longtemps, je me suis méfiée. Je suis restée entre mes murs. Et si je devais finir seule et bien, ce n'était pas grave.

Mais je suis en colère aussi.

Tu es définitivement parti et il y a des conversations, des confrontations, que l'on ne pourra jamais aborder. Et aussi, oui, tes excuses et ta demande de pardon. Un jour, on se serait croisés par hasard, comme avant, et j'aurais pu te dire tout ce que j'avais sur le cœur.

Tu t'en es tiré à bon compte finalement.

Tant pis.

Un jour, je t'avais balancé que le karma existait, que ce qu'on fait de mal nous revient, comme un boomerang. Que des actes mauvais ne restent pas impunis.

Je ne sais pas si tu as pu t'en rendre compte, dans ta vie d'homme et de père. Après moi. Si ta vie a été chaotique ou délicatement simple. Si tu as retenu les leçons de tes erreurs.

J'ose croire que oui.

Alors.

Repose en paix.


Ma paix, ça fait longtemps que je l'ai reprise.



mercredi 16 octobre 2024

Tout est bien qui finit bien

Hier soir, nous sommes allées voir un film dans ce cinéma de quartier qui va sans doute devenir mon ciné préféré, l'inverse d'un ce ces multiplexes que j'abhorre car trop désincarné ; le lieu du fast seen avec pop corn industriel et salles trop aseptisées. Certes, on a le choix et désormais la VO sous titrée s'invite régulièrement aux séances, mais ces complexes n'ont aucunement le charme de ces petits cinémas de quartier comme celui que je fréquentais lorsque je vivais encore à Douai. Certes aussi, au Stockel vous n'aurez qu'une seule salle, assez grande c'est vrai, avec de vieux fauteuils carmins dont la couleur est un peu passée mais où l'on s'enfonce avec bonheur tandis que la lumière baisse d'intensité pour faire place aux bandes annonces et aux publicités. Nous avions décidé de regarder un film belge, sous-titré en flamand, qui dépeint de manière originale un fait de société inquiétant et grandissant hélas, amplifié par les réseaux sociaux : le mécanisme du harcèlement en milieu scolaire. Un film choc avec ses  petits défauts certes, mais qui me donnera sans doute l'occasion de revenir justement sur ce phénomène mortifère d'effet de meute incitant les adolescents qui en sont les victimes à y mettre un terme de manière irréversible. Moi-même ayant été le bouc émissaire de toutes une classe l'année de mes quinze ans. Ce sujet me parlait véritablement. 

Mais ce n'est pas le propos de ce billet, non. 

Il faut savoir que passé 21 heures le métro n'est plus accessible entre Stockel et Mérode, ainsi que le tram qui mène jusqu'à l'arrêt du même nom, point de jonction avec notre bonne vieille ligne, la 8, qui nous dépose face à l'appartement. Des bus sont donc à disposition des usagers. Et c'est là que mon histoire prend son envol. 

Oui, je ménage mes effets.

A la montée du bus, je ne remarque rien, un truc orange sur le sol mais je n'y fais pas attention. C'est mon amoureuse qui me signale qu'il s'agit sans doute d'un portefeuille. De fait, en le ramassant, nous nous rendons compte qu'il s'agit d'un porte-cartes où en effet y sont sagement rangées deux cartes de débit et un abonnement STIB, plus une feuille A4 soigneusement pliée en quatre, que je n'ai pas osé déplier. L'abonnement d'un jeune homme de 18 ans. Un étudiant sans doute dont les moyens ne sont pas forcément extensibles. J'imagine le désarroi de comprendre qu'on a tout perdu bêtement en se levant du siège de l'autobus. Malheureusement, aucune carte d'identité qui permettrait d'avoir l'adresse exacte de son propriétaire. Alors nous prenons une photo. Mon amoureuse s'inscrit sur un site de recherche brusseleir afin de signaler que nous avons trouvé l'objet - on ne sait jamais si quelqu'un est à l'affût.  Je le confie aussitôt au chauffeur afin qu'il remette le portes cartes aux objets perdus, parfois jamais retrouvés.  C'est la décision la plus sage, me dis-je dans ma précipitation. Mais ça m'embête. 

Cela m'embête de ne pas pouvoir prévenir le jeune homme que son porte carte est retrouvé. Alors nous cherchons sur les réseaux sociaux : TikTok, Instagram, Facebook. Mais on a l'impression qu'il s'agit d'un fantôme qui n'a aucun lien avec le monde virtuel. Nos maigres résultats ne sont pas probants. Nous continuons cependant à chercher durant le trajet qui nous ramène à Roodebeek. Je pousse le vice et je fais une demande d'ami sur sa page Facabook, c'est lui sur la photo : on le reconnait.  4 amis seulement et aucune activité depuis 2021: pas terrible. Sa page Insta est plus fournie, mais il est de dos : pas sûre que ce soit lui ; peut-être qu'il s'agit d'un homonyme. J'ai  poussé jusqu'à élargir le cercle à des gens portant le même patronyme mais sans les contacter.  Malheureusement, mes tentatives de l'appeler sur Messenger échouent lamentablement car nous ne sommes pas accointés sur le réseau de Mark. Z. 

Bref, je passe les détails qui sont ma foi fort nombreux en l'occurrence et nous nous échouons enfin sur le magnifique canapé deux places bleu pétant que je viens de nouvellement acquérir via ce fameux ami suédois spécialiste des meubles en kit et des boulettes végan. 

Je déprime car j'aurais bien aimé réussir à le contacter mais, comme il y a bien un titre à ce post long comme mon bras sur une anecdote somme toute banale, j'envoie un message via Instagram sur le profil de dos. Mon bras qui n'est pas si long en fait.  Je tente ma chance. Je lance les dés. 

Quelle ne fut  ma surprise quelques minutes plus tard de recevoir un message : des remerciements et une confirmation qu'il a réussi a retrouver le chauffeur détenteur du porte-cartes, tout cela sans passer par la case dépôt de l'objet au service dédié de la STIB. Ce à quoi je lui ai répondu que j'étais très contente pour lui. 

Parce que c'était la vérité :  j'étais vraiment contente qu'il ait récupéré son bien aussi rapidement. 

De fait, j'aimerais que chacun en fasse de même car c'est la moindre des choses de s'aider les uns et les autres.

Tout est bien bien qui finit bien donc !

Comme quoi, les bons samaritains sont en chacun de nous. 

 

mardi 8 octobre 2024

Une chronique de la légèreté urbaine contemporaine

Je ne pensais pas revenir aussi vite ici, mais ce soir j'ai été témoin d'une scène mignonne, de celles qui vous font sourire, alors que tout le monde autour de soi ne fais attention à rien sauf à l'affichage des métros qui se succèdent avec plus ou moins de lenteur.

Plantons le décor :  le décor urbain d'une capitale européenne, celle où je vis depuis déjà deux ans. Tiens, d'ailleurs à ce sujet, il faudrait que je le traite ce sujet justement : mes premières impressions et réflexions sur ma vie en Belgique, parce qu'il y a de quoi faire un comparatif entre les casse-têtes administratifs entre ces deux pays voisins. Mais voilà : je repousse toujours aux calendes grecques.

Donc, je pars du travail, tard encore, enfin encore plus tard que je ne l'avais prévu. Direction Rogier qui est tout à côté de mon entreprise. 

Je me plante sur le quai, regardant machinalement le panneau d'affichage qui m'indique une attente de 3 minutes avant le prochain passage de la rame qui m'amène à Art-Loi, point central s'il en est puisque   tout le monde ou presque descend pour reprendre une autre ligne. Je viens juste de louper le métro précédent, le temps que je le remarque, que je finisse de descendre et que je bipe ma carte, le voilà qui ferme ses portes et qui file tel un guépard qui vient enfin de trouver sa proie... mais je m'égare. En vérité ce métro était un vieux coucou qui continue à rouler sur les rails on ne sait comment. 

Perdue dans ma musique électronique, je ne les remarque pas, pas tout de suite en tout cas et je suppose qu'autour de moi personne n'observe personne. Mais depuis que j'écris je crois, je ne peux m'empêcher de croquer mes contemporains au détour d'une rue, d'un bar ou d'un restaurant. Partout en fait. 

Ils sont deux. Deux couples. Enfin, le deuxième je n'en suis pas si sûre, peut-être les prémices.

Le premier est sur ma gauche, en face de mon quai. Un couple d'une cinquantaine d'année. La femme s'approche de son mari en lui caressant la joue, puis en s'approchant de lui et en l'embrassant tendrement un peu plus haut que la joue. j'esquisse un sourire. On dirait qu'ils sont seuls au monde. 

Puis mon regard se reporte sur ma droite, toujours sur le même quai. Je vois une jeune femme, la trentaine, qui fait les cent pas en discutant au téléphone. Scène suivante : je note un jeune homme derrière le tourniquet qui fait demi-tour et lui parle au dessus de la vitre, son badge de société tressautant un peu sur sa poitrine. La jeune femme a un grand sourire.  Elle raccroche aussitôt et commence à parler au jeune homme. Je pense qu'ils sont deux collègues, même si je n'ai pas vu de badge autour du coup de la femme - elle est de trois-quart. J'imagine donc qu'il l'a raccompagné jusqu'au quai pour lui dire "au revoir, à demain" avant de se raviser. N'empêche que leur conversation que je devine plus que je ne comprends a quelqu'un chose de léger. Comme un de ces flirts de printemps. Et mon instinct parfois ne ment pas : en effet, au moment de remonter, le jeune homme se retourne sur la jeune femme puis reprend sa longue marche vers le dehors. Puis comme un ballet silencieux, l'autre protagoniste se retourne sur lui après coup, quand il termine sa montée.

Comme dans l'une de ces comédies romantiques anglaises que j'affectionne particulièrement. 

Je ne peux m'empêcher alors d'esquisser un sourire. Un sourire sur les prémices sur, qui sait, les amours naissantes entre deux collègues d'open space.

Cela a fait ma journée. 

lundi 7 octobre 2024

16

Aujourd'hui cela fait 16 ans que j'ai ouvert ce blog. Facebook m'a rappelé à mon  bon souvenir et m'a mis un coup de pieds au derrière pour me faire revenir vers ces lieux hantés par ma plume paresseuse ; plume qui pourtant en a rempli des pages ces derniers mois,  sans poster quoi que ce soit, certes. 

C'est bien la première fois que je tiens un carnet de routes/journal extime aussi longtemps. Notez que l'expression extime n'est pas de moi mais je l'avais lu quelque part et j'avais trouvé cela judicieux parce qu'un blog est tout sauf un journal intime car à la vue de tou(s)tes pour peu que l'on sache quels mots-clés taper  sur le moteur de recherche.
 
Mais bref.

Je me demande si c'est encore utile de le continuer ; si ce que j'écris a un écho ; si simplement j'ai encore des choses à dire ou à partager. Pourtant en ce jour d'anniversaire qui ricoche malgré lui avec l'actualité mortifère, il me semble finalement que ce serait stupide et/ou  prématuré tout compte fait de refermer la porte de cette maison que j'ai construit brique à brique avec mes souvenirs, mes pensées parfois confuses et mes anecdotes ou plutôt mes innombrables mésaventures, sur lesquelles je m'arrête parfois pour rire de moi, me moquer de ma maladresse coutumière.

Parce que même si je n'écris plus grand chose, je n'arrête pas.

Je n'arrête pas de parler autour de moi. De commenter l'actualité, d'exposer mes théories, de fulminer sur la montée des extrêmes qui, je n'ai jamais compris pourquoi,  complote ; attise la haine ; suscite l'ignorance face à des communautés qui ne demandent qu'à vivre sereinement sans avoir à justifier quoi que ce soit. 

Les prisons mentales sont créées par les gens qui rejettent tout ce qui diffère d'eux. C'est dommage de fracturer son crâne à l'impossibilité de s'ouvrir sur les autres parce qu'ils sont étrangers dans tous les sens du terme.  Mais ne nous leurrons pas : tout le monde n'a pas la faculté de se mettre à la place de l'autre, de faire preuve d'empathie. Non, certains sont bornés et refusent d'accorder les mêmes droits comme si cela allait impacter les leurs, de droits, eux qui ont tout déjà. 

Mais de quoi ont-ils peur en fait ? 

Je n'arrête pas. 

Je n'arrête pas de maudire l'Humain dans tout ce qu'il a de plus déplorable, vil, dégueulasse - n'ayons pas peur des mots et, au final, in-Humain dans ce qu'il s'évertue à détruire ici-bas. 

Drôle d'anniversaire, drôle de billet pour souffler sur mes 16 bougies  - ce blog adolescent qui n'est plus un enfant mais pas encore un adulte ; ce billet qui me semble morose ce soir. Il est vrai que je n'ai jamais été quelqu'un d'optimiste même si l'humour et moi ont est foncièrement compatibles depuis que j'ai compris que c'était la meilleure façon de ne pas prêter le flanc aux critiques et aux méchancetés  qui vous tombent sur la gueule. 

Malgré tous les moyens qui sont à notre disposition, jamais l'avenir ne m'a semblé aussi désespérant et déprimant. 

Promis. 

J'essaierai de revenir avec une humeur un plus primesautière, guillerette.

Mais pas ce soir. 

Ce soir j'ai encore du mal à comprendre ce qui pousse les uns et les autres à se comporter comme des hyènes.

Je souffle sur les bougies mais le cœur n'y est pas autant qu'il devrait l'être.


jeudi 14 mars 2024

A toi l'inconnue du métro

 Tu étais là, le visage triste. Peut-être étais tu juste fatiguée mais un instant j'ai cru que tu étais sur le point de pleurer. D'instinct, je me suis assise en face de toi puisque j'avais encore quelques arrêts. Tu semblais si vulnérable habillée de ta jupe printanière, les genoux fermés, sans doute pour ne pas prendre trop de place, ni certainement pour qu'un esprit malhonnête ne s'avise de te reluquer - la position des femmes quand elles sont dans l'espace public pour ne pas trop attirer l'attention. Oui, je me suis assise en face de toi, bloquant délibérément le passage de peur qu'un imbécile ne se mette à tes côtés et ne t'adresse des reproches comme cet homme, jeune,  qui l'a fait des semaines auparavant vis-à-vis d'une femme plus âgée parce qu'il la jugeait trop peu vêtue. Comme s'il fallait une validation de qui ce soit pour s'habiller comme bon nous semble quand on est une femme. 

La musique électro se déversait dans mon casque et malgré moi, j'essayais de deviner si tu étais triste ou tout simplement fatiguée, sans trop oser croiser ton regard, ce regard dans lequel j'ai cru pourtant poindre des larmes que tu tentais de contrôler. 

Je n'ai pas osé, pas osé te dire que je te comprenais. Je me suis assise face à toi, inconnue que je ne reverrai sans doute jamais, parce qu'il me semblait que c'était la chose à faire, que j'ai eu cet instinct irrépressible de m'assurer que tu allais bien. Même si je prenais cet air détachée pour ne pas te gêner, je restais tout de même attentive aux expressions qui succédaient sur ton visage. 

Puis nous sommes toutes les deux descendues au même arrêt. Je t'ai vu au loin dans la foule et nos chemins se sont séparés.
J'espère sincèrement que, où que tu te trouves ce soir, tu sois libérée de ce poids qui semblait te comprimer les épaules. 

mardi 12 mars 2024

Jour de grève... encore !!!

 Qui dit jour de grève, dit jour de galère, forcément. Mais ce n'est pas vraiment ici l'occasion d'énoncer la longue litanie des ennuis que j'ai eu pour arriver jusqu'au travail - deux fois plus de temps, ni de narrer à quel point le retour a été aussi compliqué le soir. Même si, techniquement, c'est justement sur ce retour qu'il y a plus de choses à dire. 

J'aimerais juste croquer les personnalités que l'on peut rencontrer lors de ce type de journée particulière, des situations cocasses ou encore des anecdotes lors du retour. Parce qu'avec la STIB, quand il y a grève, aller taffer c'est "presque sûr", repartir dans son sweet home relève d'un challenge digne de Koh-Lanta sans le totem d'immunité.

Pour faire bref, le matin il fallait doubler la mise : autrement dit, compter deux fois plus de temps et prendre le transport par des moyens détournés. En gros, un tram, un métro, un pré-métro, et ses petites papattes pour terminer le trajet. Rien d'insurmontable. 

Le retour fut plus chaotique. 

Il faut savoir qu'à Bruxelles, lorsqu'il y a ce type de manifestation nationale, seules deux lignes de métro circulent : la 1 et la 5. Grosso modo, n'importe quel usager, s'il sort à Mérode, point névralgique, peut prendre l'une ou  l'autre ligne. Sauf que les gens comme moi qui prennent le terminus Hermann-Debroux  sont obligés d'attendre la ligne 5. En temps normal c'est déjà assez compliqué car en heure de pointe tout les rames sont blindées - souvenez-vous : si vous voulez sortir à Mérode vous prendrez indifféremment la 1 ou la 5, ce qui augmente considérablement le nombre de gens dans le métro et nous, forçats de la 5, devons nous contorsionner comme nous le pouvons à la recherche d'un peu d'espace et attendre patiemment que le flux diminue. 


(Petit schéma des lignes 1 et 5, histoire de comprendre de quoi je parle, pour tout non usager des transports bruxellois)

Aujourd'hui donc, nous avons joué au Tetris. Comprendre que de toute façons, si vous ne pouvez pas vous accrocher à la barre, c'est tellement dense qu'il est difficile de s'exploser la gueule par terre au cas où le métro pile brutalement, ce qui arrive quelques fois. Du coup, c'est l'occasion de papoter gaiement avec tous les usagers en galère. On sourit. On plaisante. On raconte des bêtises. On me souhaite bonne chance. 

Oui, on me souhaite bonne chance parce que j'ai la folle idée d'envoyer un message WhatSapp à mon amoureuse lui indiquant que je descends à Art-Loi, autre plateforme du trafic d'humains.... pardon d'usagers, et que nous pouvons continuer la route ensemble. Sur le coup, je ne me rends pas bien compte de ma proposition lunaire, que j'énonce calmement à ceux qui m'entourent comme si c'était une simple promenade de santé et, telle une gladiatrice dans l'arène, on me souhaite donc bonne chance au moment de me faufiler sur le quai pour retrouver mon amoureuse. 

Avec qui j'ai patienté deux métros avant de pouvoir grimper de nouveau dans une rame. 2 métros ce n'est rien, me direz vous, mais c'est sans compter l'espacement entre chaque passage et cette fascinante horloge que seuls les transports en commun possèdent en ce monde de voir la minute s'écouler interminablement. Je dirai que nous avons attendue plus que les 20 minutes annoncées avant que notre brave ligne 5 ne se pointe pour nous délivrer.

Coïncidence ou comique de situation, tandis que nous patientons, je vois un grand escogriffe me faire signe de la main : un de mes collègues bloqué dans le bocal, dans le métro donc. Commence alors un jeu de mimes entre nous : le langage avec les mains fait toujours des merveilles. Avouez tout de même que la probabilité de le croiser et de tomber pile nez à nez sur lui alors que je suis partie bien avant lui est assez incroyable ! Voire ubuesque. 

De cette folle journée, j'en retirerai cette propension à converser naturellement avec d'autres voyageurs qui sont dans la même galère que nous et avec qui nous faisons une comptabilité entre celles qui attendent depuis le plus longtemps, cette volonté de monter dans la rame, coûte que coûte - je suggère d'utiliser mon tout nouveau parapluie pour pourfendre les inconscients qui essaieraient de nous gruger, mais surtout cette autodérision, cet humour typiquement bruxellois - ou plus globalement belge, qui me font aimer un peu plus ma vie ici désormais. 

Voilà, à la base je voulais raconter notre périple à Anvers et notre découverte de la ville flamande, mes ressentis et le parcours du combattant pour arriver jusqu'à la Gare Centrale, digne des plus grandes comédies de l'Hexagone, suite à une autre grève - et oui, 2 manifestations en 4 jours, elle est pas belle la vie ? mais cela fera l'objet d'un autre billet. 

Demain soir, qui sait ? Peut-être. 


Et ça c'est le message de la STIB de ce jour nous informant que cela va êtres encore la grosse mierda. Cadeau :









jeudi 22 février 2024

Finalement, j'arrive... ou pas.

Je pensais laisser mes déboires en transports en commun de côté, depuis que je n'habite plus à Lille avec ses deux pauvres lignes de métro - toujours en panne, et ses deux lignes de tram (je ne compte pas les bus et la navette), c'est sans compter avec ma malchance coutumière tel le chat noir que je suis. La guigne me suit ici aussi à Bruxelles, depuis que j'ai changé de travail. Travail qui m'amène dans le centre ville. 

Ce matin donc, il ne fallait pas compter sur l'intelligence des gens qui, au lieu de descendre du tram, s'aplatissent comme des forcenés contre la rembarde, ne laissant que peu d'options afin de sortir de la rame tandis qu'une horde de zombies, pardon d'autres voyageurs attendent impatiemment de grimper à leur tour sur la ligne 8 - Rodebeek vers Louise. D'ailleurs certains ne connaissent pas la bienséance de laisser d'abord les gens sortir du tramway pour se ruer vers l'escalator, souvent en panne, qui mène dans la bouche de l'enfer... enfin le métro ligne 5. Il paraît que ce n'est pas la plus facile. Pourtant les règles de la civilité entre voyageurs sont bien indiquées, mais il faut croire que partout, comme ailleurs dans toutes les villes, la connerie conditionne la manière de se comporter dans les transports. Bref, je n'épiloguerai pas sur le manque de neurones de mes comparses. Ce n'est pas la première fois et ce ne sera hélas pas la dernière fois : c'est désespérant à force !

Cahin-caha, nous nous échouons mon amoureuse et moi sur les deux sièges libres de cette satanée ligne 5 et le voyage se déroule ma foi sans encombre malgré la foule qui se presse et augmente exponentiellement avant notre correspondance. Un Tetris humain. 

Art-Loi nous nous séparons sur le quai. Tandis qu'elle s'engouffre au dehors, je reprends un nouvel escalator pour prendre cette fois la ligne 6 (ou 2, c'est la même chose en fait) pour me rendre sur mon lieu de travail. 4 arrêts au total. 

J'aurais dû me douter que ce n'était pas normal. 

Pas normal en effet que le métro reste ainsi à quai durant 2 bonnes minutes. Je suis chanceuse, me dis-je en montant quand même. Cela arrive de temps en temps et je ne m'en fais pas plus que ça. J'ai ma musique électro dans les oreilles, la meilleure manière d'entamer ma journée. On entend vaguement un appel dans le microphone de la rame - en fait une conversation des plus banales entre deux techniciens de la STIB. Cela aurait dû nous mettre la puce à l'oreille pourtant.

Les portes se ferment et nous partons...

En effet, nous partons mais en marche arrière, comme c'est cocasse !

Tout cela pour nous arrêter un arrêt plus loin, et pas dans la bonne direction. Tout le monde se taille du métro, comprenant qu'il faut remonter et repartir sur le quai d'en face pour reprendre le métro suivant et nous remettre dans la bonne direction. Cela aurait été pourtant plus simple de nous sommer tout simplement de descendre tous ensemble du métro - qui partait en marche arrière, dois-je le rappeler, et d'attendre le suivant. Ah ah sacrés farceurs messieurs de la STIB. Quelle perte de temps.

Mais ce n'est pas fini. Il faut bien terminer sur une note encore plus ubuesque.

Nous nous déversons donc sur le quai pour reprendre la bonne direction. Nous sommes plutôt nombreux - nous sommes légion. Le signal de fermeture s'enclenche et le monsieur devant moi avec qui j'ai discuté et plaisanté, fait le forcing pour laisser les portes ouvertes. C'est sans compter la charmante dame derrière moi qui me pousse comme si c'était la chose la plus intelligente à faire ! Forcément, cette fois, j'ai piqué une saine colère, je me suis retournée et je lui ai demandé à quoi ça servait de me pousser puisque de toute façons il y a quelqu'un devant moi ? 

Non, mais des fois ? Ça va pas bien dans la tête, les gens ? 

Il y a vraiment des baffes qui se perdent et je suis sérieuse. Les neurones ne sont pas données cette année mais elle sont en solde à -100% : c'est la saison des cons et ce n'est pas prêt de finir.

J'ai quand même pris le bon métro dans la direction adéquate mais en maugréant sur l'attitude des primates habillées en costume cravate ou en tailleur*.

Je suis donc arrivée au travail un quart d'heure plus tard avec une  belle anecdote à raconter à mes collègues.

Franchement, je cherche pas les emmerdes mais ce sont les emmerdes qui me trouvent. 

N.B. J'aurais pu tout aussi bien raconter l'histoire d'"à la recherche du scotch perdu" d'hier qui nous a valu hier un bon gros fou rire des familles avec ma collègue A. Peut-être une autre fois qui sait ? N'empêche que je vais finir par monter un spectacle de standup avec toutes les tuiles qui me tombent sur la gueule. Les tuiles ou plutôt la toiture complète.


* des fois on a juste envie de dire aux gens "d'aller se faire cuire le cul" (j'avais juste envie de placer cette expression très imagée)



lundi 19 février 2024

Si j'osais...

 

Si j'osais, un jour, je les enverrai tous ces textes à qui de droit, ces endroits où l'écriture est encore un noble art qui fait voyager, rêver, réfléchir, divaguer, déconnecter.

Mais je ne m'y résous pas. Je suis soit trop fière, soit trop timorée, ou juste blasée. Trop fière pour admettre que j'ai laissé passer ma chance, si tant est que j'en ai eu une un jour. Trop timorée pour croire que je sois encore bonne à quoi que ce soit. Trop blasée pour accepter que mes récits ne font finalement aucun écho parmi toute cette masse de livres qui sortent par torrent, wagons entiers. 

Ai-je vraiment une place,  ma place,  dans cet océan de mots ? 

Et puis je me dis que j'ai passé l'âge, que ce serait ridicule maintenant, que ce n'est plus le temps, même si je continue à coucher mes idées, même si je m'évertue à construire des histoires, rêver des personnages, les faire vivre hors de moi, puisqu'ils prennent la plume au travers de moi et voguent dans leurs vies comme ils l'entendent - cela m'a toujours fasciné qu'un de mes protagonistes prennent plus de place que je ne l'aurais jamais imaginé. 

Bref, je n'ose pas. Je ne m'y résous pas. Je tourne en rond. Je tourne autour de ces maisons, puis je me dégonfle à chaque fois quand je me dis : "cette fois tu sautes le pas". 

C'est idiot, je sais, mais je crois que j'ai perdu la capacité de rêver...

Une chose est sûre pourtant : malgré cela, malgré mes doutes, mes interrogations, je continuerais, quoi qu'il en soit. Quoi qu'il en soit, je continuerais à écrire. 

Finalement, n'est-ce pas la plus belle façon d'oser ? 






lundi 12 février 2024

Cerveau droit / cerveau gauche

 Mon cerveau est en constante et perpétuelle ébullition et parfois je dois baisser le thermostat pour éviter le chaud-froid, ou une cuisson qui s'apparente au brûlé. Mon hémisphère gauche se tire la bourre avec mon hémisphère droit dans une puérile et querelleuse compétition pour démontrer celui qui aurait le plus grand nombre de neurones en état de marche. Ce genre de dispute où l'on ne sait guère lequel des deux gagnera.


L'autre fois encore, sur mon ancien lieu de travail, lors que nous devisions de Napoléon et sa propension à dicter plusieurs courriers en même temps à ses secrétaires particuliers ; ce à quoi j'ai répondu qu'il avait un cerveau qui fonctionnait en arborescence et non de manière linéaire comme le commun des mortels - Napoléon que je conchie de tout mon être soit disant en passant pour des raisons plus qu'évidentes, à ma réponse s'en est suivie une remarque d'une étonnante clairvoyance de celui avec qui les relations de travail n'étaient pas au plus beau fixe : vous aussi vous pensez de cette façon, en arborescence. 


Ce qui ma foi n'est pas faux.  


J'ai eu donc l'air étonnée de celle qui voit enfin que quelqu'un me voit comment moi je me vois. 


D'ailleurs, et même si je travaille sur moi depuis déjà des années, j'ai du mal parfois à communiquer avec les autres. Entendons nous bien : je  n'ai aucun souci à discuter avec les gens - on dit volontiers que je suis capable de parler avec un chien en chapeau, mais c'est parfois un bug là-haut, dans ce qui me sert de poste de contrôle, que les idées fusent et que je réfléchis à la vitesse de l'éclair. Mon père m'a d'ailleurs souvent asséné lorsque j'étais plus jeune que je pensais comme un ordinateur et qu'il n'arrivait pas à suivre. Qu'il fallait donc que je ralentisse la cadence. Cette remarque m'est restée imprimée comme un circuit en 3D. 


De fait, je suis persuadée que l'on a compris de quoi je voulais parler et quand je vois la tête des gens, tête ahurie au demeurant, se demandant de quoi je suis bien en train de théoriser, je me rends compte que le but recherché n'est pas atteint.  


Pour faire simple, dans ma tête tout est clair : de A vers C en passant par B. Sauf qu'en pratique, je suis passée directement du postulat de départ à la conclusion sans assurer le SAV de mon raisonnement, à savoir comment j'en suis arrivée là. Je pense à voix haute, souvent, et je projette mes pensées en étant persuadée qu'elles ont été clairement énoncées. Vous saisissez le concept ? 

Ou pas ?

Mon cerveau est un brouillon en perpétuelle construction, un jeu de Lego que je démonte et remonte pour en faire autre chose que l'idée initiale. On appelle ça se triturer les méninges. Mais pas que. 


J'ai toujours été comme cela en fait. 


D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours eu un mal de chien que ce soit en classe, n'importe où en fait, de m'exprimer de manière linéaire. Il fallait que  mes neurones foutent la pagaille en s'agitant dans tous les sens ; qu'une pensée en amène non pas à l'arrivée finale mais à une autre pensée, collatérale, qui déclenche également d'autres petits. Bref, ça cascade à tout va, sans discontinuer comme un ruissellement. C'est d'ailleurs sans doute pour cela que je me suis payée une sale note en maths au bac. 


Je suis incapable d'entreprendre un truc à la fois. Quand je lis, je commence le bouquin, puis je mets de côté pour ouvrir un autre livre et ainsi de suite. C'est la même chose pour les séries  : je peux en commencer plusieurs en même temps et suivre la progression en fonction de mes humeurs. Idem pour mes écrits : j'ai toujours plusieurs histoires sur le feu - romans ou nouvelles, billets d'humeur que je tricote ou détricote en fonction de mes envies. 


Je suis une boulimique qui avec l'âge ne s'assagit pourtant pas. Je ne peux pas fonctionner autrement, je le crains. Mais je fais avec puisque je n'ai pas le choix. C'est comme cela que j'ai toujours fait. 


Heureusement toutefois, dans ma vie amoureuse, il m'est juste impensable de courir plusieurs lièvres à la fois. Cela me semble d'ailleurs complètement perturbant et ne me ressemble aucunement.
 
De l'importance d'être constant... comme dirait Oscar W. 


jeudi 26 octobre 2023

Dinosaure de l'informatique

Je suis une fondue d'informatique, une vraie geekette à lunettes. 

Je me souviens parfaitement avoir économisé sou à sou pour m'offrir mon premier PC. Comble de l'ironie, moi qui n'aime pas commander sur internet, je me suis pourtant fait livrer un ordinateur de bureau de l'autre bout de la France, Nice. 6.000 francs à l'époque, une véritable fortune. Je n'avais pas de travail, j'était chômeuse à temps complet et, pour aider ma sœur, durant 9 mois j'ai été la nounou à domicile de mon neveu. En échange du vivre et du logis, je mettais de côté mes indemnités et, enfin, m'offrir le cadeau de mes rêves, sans savoir que j'allais mettre la main dans un dangereux engrenage. 

Dans les années 90 déjà, j'étais fascinée. Je collectionnais alors les magazines spécialisés dans l'informatique. Il étaient vendus avec des CD contenant des logiciels, des jeux, ou encore des systèmes d'exploitation - mes débuts avec les environnements Linux se sont d'ailleurs faits par le biais de "PC Achat" ou "PC Magazine". C'est notamment grâce, ou  à cause des publicités pour les sociétés spécialisées dans la vente à distance, que j'ai eu l'idée et la volonté de m'offrir moi aussi un de ces jouets qui allaient devenir terriblement à la mode. Un pentium 4.86 avec 786 méga-octets de disque dur ce qui, pour l'époque, était le top du top. Maintenant, au vu des bestioles que je possède, cela me fait doucement rire mais il y a près de 30 ans, avoir un PC chez soi n'était pas si répandu que cela. D'ailleurs cela m'aurait bien aidé quand j'ai travaillé sur mon mémoire en histoire médiévale plutôt qu'une machine à écrire, certes électronique, mais qui était un vrai cauchemar pour taper les 133 pages de mon travail de fin d'études. Mention bien, ce n'est pas rien finalement. 

A l'heure où je vous parle, j'écris sur un PC portable que j'ai upgradé. Pourtant mon premier ordinateur était un bête PC tout d'un bloc avec un gros écran. C'est à partir de là pourtant que mon côté geek est ressorti et mon amour pour l'informatique jamais démenti, parfois fluctuant mais cela revient toujours comme un boomerang. 

Je suis passée par tous les stades : du MS-DOS austère au Windows 11, en passant par une des innombrables versions de Linux. J'ai même récemment acquis un Mac, dernier bastion de ma soif de découverte, que j'utilise peu à vrai dire, c'est dommage. 

Par ailleurs, et je sais que c'est un cliché de penser que seuls les mecs sont capables de s'intéresser à ce domaine, je suis la réparatrice en chef de ma famille. C'est simple, je ne ne compte plus le nombre de PC que j'ai retapé pour frères ou sœurs, ni même réinstallé, nettoyé, boosté. Parfois c'est un peu compliqué quand vous voulez passer un week-end car il y aura toujours quelqu'un pour me poser cette question récurrente "Hey, tu peux pas jeter un œil sur mon ordi ? "

Quand je parle de clichés, voici une petite anecdote bien sexiste. J'avais fais maint et maint tours dans cette grande surface nordiste que je ne nommerais pas pour acquérir une mini-tour. J'avais jeté mon dévolu sur une configuration qui cochait toutes les cases de ma to-do-list. C'est sans compter le vendeur-conseil qui rodait par là et qui a voulu faire son malin avec moi en essayant de me fourguer une bestiole moins puissante juste parce que c'était un processeur Intel. Il a bien essayé le bougre mais devant mon entêtement et ma connaissance certaine de ces machines, il a fini par céder. D'ailleurs, quand nous sommes passés devant le tiroir-caisse, enfin son poste de travail pour conclure la vente et éditer le bon d'achat, il m'a juste posé cette question : "je suppose que vous ne voulez pas d'extension de garantie" en soupirant d'un air fatigué ou déjà résigné, que sais-je. Ce à quoi j'ai évidemment répondu qu'il supposait très bien d'un petit air frimeur, je dois reconnaître. Moralité : méfiez-vous des petites brunes à lunettes qui ont l'air d'intellos. 

Revenons donc à mon Pentium 4.86 flambant neuf que je m'étais fait livrer chez ma sœur et envoyé du fin fond de la France, en provenance du "Sud".  

Je ne suis pas du genre tête brûlée ni à prendre des décisions à la légère, et pourtant j'avais commandé un PC rubis sur l'ongle, en versant la modique somme de 5.995 francs (soit un peu moins de 1.000 euros) sur un compte dont je n'étais pas sûre à 100% qu'il soit professionnel. Bref, j'avais peur de me faire escroquer. Je ne suis pas de celles qui commandent via internet. Je n'ai jamais fais appel à Amazon ou autres temples de la vente online pour me faire livrer quoi que ce soit chez moi. Même si cette semaine je m'apprête, enfin, à commander ce foutu support pour ma smart TV qui tient grâce au mur, et à la bibliothèque - un dommage collatéral de mon déménagement. Là, pour le coup, ce n'était pas un petit objet mais bien un gros truc qui pèse une tonne et qui allait changer ma vie. Mais heureusement pour moi, j'ai eu affaire à une vraie société pas bidon du tout qui m'a livré mon précieux une semaine plus tard.

Soupir de soulagement donc. 

Je pensais donc commencer à explorer le monde merveilleux de l'informatique à portée pour tous et m'initier aux joies des commandes MS-DOS (dir:/c, edit, CLS ou encore CHKDSK), un langage que les jeunes boutonneux abreuvés aux smartphones et Windows 11 ne connaissent pas, mais c'était sans compter ma famille, enfin ma sœur, qui prenait invariablement assaut de mon PC afin de jouer à des jeux vidéos. Rien d'extravagant non plus. Je me souviens vaguement des maigres jeux qui étaient livrés avec ce Pentium 4.86 mais j'étais tous les soirs mise en échec, attendant patiemment que l'on me cède le clavier. Je ne savais pas dire non. Maintenant, heureusement, quand je dis non, c'est non. 

Bref, tout cela pour vous dire que j'ai dû attendre de réintégrer mes pénates avant de me consacrer pleinement à ce nouveau jouet fantastique qui allait bouleverser le monde car enfin à portée de "presque" toutes les bourses. 

Peu de personnes dans mon patelin possédait un ordinateur. Il m'a rendu service et j'ai rendu service aussi, en rédigeant des notes de synthèse pour des ami(e)s ou en transférant des données sur des disquettes, qui ne permettait tout au plus qu'enregistrer que peu de données à vrai dire. Rien de comparable avec les clés USB ou les disques durs d'aujourd'hui.

Je suis donc ce que l'on qualifierait de "dinosaure de l'informatique" même si je ressemble peu ou prou à un T-Rex, ou plutôt non, si l'on prend un point de comparaison dans Jurassic World, je serais plutôt un brontosaure eu égard à mes habitudes alimentaires.

C'était il y a 30 ans et je m'en souviens encore comme hier, de ma joie, ma fierté de posséder ce haut sommet de la technologie. Je vous parle du siècle dernier, des années 90.

Ma collection s'est agrandie avec le temps. Je ne compte plus les PC portables ou les ordinateurs de bureau qui sont passés entre mes mains avant de passer dans celles de mes frères ou sœurs en guise de "cadeau" de dépannage tandis que j'achetais un nouveau joujou bien plus puissant, bien plus rapide.

Au dernier inventaire, j'ai l'heur d'avoir dans mon cheptel... enfin dans mes possessions : 4 pc portables tous upgradés par mes soins (barrettes de mémoires, nouveaux disques durs plus performants comme les SSD), sans compter un 17 pouces que j'ai boosté à ma convenance et qui ne sort hélas pas souvent de sa sacoche ; sans compter depuis peu également un Mac Book pro qui lui non plus ne voit pas souvent la lumière du soleil et, enfin, dernière acquisition grâce à mes écochèques, un Notebook très léger (1,2 kg à la dernière pesée) qui me permet de le glisser dans mon sac à dos de ville et que je transbahute parfois à Cook & Book ou chez mon amoureuse pour continuer d'écrire. Last but not least : une mini-tour avec ses trois emplacements pour disques durs et que je peux connecter à ma télé afin d'en faire une véritable centrale multimédia. Je ne compte pas ceux que j'ai mis dehors au bon vouloir des passants désireux de faire de la récup quand j'ai fait un gros ménage par le vide l'année dernière avant d'atterrir à Bruxelles, ni mon serveur que je n'ai jamais réussi à faire marcher correctement.

Vous allez me demander : mais comment fait elle ? Elle à un compte en banque extensible ou elle braque des banques ? Au risque de vous décevoir, rien de tout cela : j'achète tout simplement d'occasion, en seconde main via le Bon Coin ou tout simplement en reconditionné. 

Je pense avoir une case, légèrement, voir toutes les cases de l'échiquier... 

Parce que oui, à cette collection un peu déraisonnable, il se trouve également que je ne compte plus le nombre de disques durs blindés comme pas possible.

Je suis un peu cinglée non ? Geek à lunettes ? 

Faites vos jeux !



mardi 17 octobre 2023

Les temps sombrent...

Cela me dépasse. 

Le monde de violent, est devenu barbare. Enfin pas le monde, mais les humains qui l'habitent et qui se combattent comme si c'était la première et la dernière chose à faire avant de mourir. Toute cette haine  déversée au nom d'une hypothétique entité invisible qui nous regarderait d'en haut. Un vieillard à la barbe blanche, omnipotent, qui joue aux dés avec les vies humaines, des fourmis qui sont incapables de construire quoi que ce soit. 

Et pas un pour rattraper l'autre. 


Quel Dieu a dit qu'on devait prendre des armes et tuer au hasard en Son Nom ? Qui croit vraiment que c'est ce qu'Il veut ? Et d'abord pourquoi se réfugier derrière une religion pour abreuver les autres de sa haine constante, indéfendable, illogique ? 


Je suis déiste et parfois je flirte avec l'agnosticisme. Je crois certes en quelque chose mais qui n'est pas forcément ce Dieu vorace dont se réclament les terroristes de tous bords quels qu'ils soient. La foi est personnelle. Et la foi est tellement subjective aussi. Les livres saints ne sont après tout que des récits, des contes de fées transmis de générations en générations, parfois déformés au fil des temps, pour se convaincre que nous ne sommes pas là par hasard et qu'une force nous gouverne, gouverne nos vies, et nous demandera des comptes au jour du jugement dernier.


Alors dis-moi camarade humain pense-tu vraiment que le paradis t'attend en massacrant celui qui ne pense pas comme toi ? Qui veut juste vivre en paix avec son voisin pourtant si différent de lui ? 


Non, je ne comprends décidément pas. L'humain plus que tout me fait peur. Je crois de moins en moins en l'humanité.


L'humanité est un parasite qui s'inocule lui-même les pires des maladies : l'intolérance, la violence. 


Je déteste ce que je vois. 



lundi 2 octobre 2023

V.H.S.

 

Je suis une nostalgique. A bien des égards, certaines choses de mon enfance ou de mon jeune âge adulte me manquent. Le paquet de bonbons à 10 francs est l'un des plus frappants exemples. Nous sommes désormais constamment abreuvé d'informations dans tous les sens de la stratosphère. On consomme de la culture, des films ou des séries sur des plateformes, de la VOD, d'un simple clic de souris ou en tapant OK sur sa télécommande, de manière irréfléchie. Jusqu'à la nausée.

 J'ai une collection de plus d'un millier de films à l'heure actuelle. Je parle bien de cet étrange objet que l'on extrait de son boîtier rectangulaire et que l'on insère dans un lecteur prévu à cet effet. Comme au cinéma, parfois on a les bandes annonces, sans le pop-corn. Je suis une vraie collectionneuse dans le sens premier du terme. Je suis en constante recherche de la petite perle qui m'avait tapé dans l'oeil quand j'étais jeune et innocente, qui m'avait envouté, et que je recherche désespérément. Parfois, malheureusement, à force d'être dans le prêt j'en arrive à ne plus pouvoir récupérer l'objet de mon affection. Je repense notamment "Aux ailes du désir" de Wim Wenders, sublime narration poétique dans un Berlin intemporel en noir et blanc avec un Peter Falk qui ne joue pourtant pas au détective avec son éternel cigare et son pardessus beige. 

  Ces milles films, ou peu s'en faut, sont pourtant une partie visible de l'iceberg.  Je ne compte pas les disques durs gorgées de pépites du 7ème art. Le support a changé mais pas ma passion qui, elle, reste intacte. Ma collection a pourtant commencé bien avant. Tandis que le ciné club de la 2ème et 3ème chaîne, respectivement le vendredi soir et le dimanche soir, je tannais parfois mon père pour qu'il m'enregistre les films que je désirais voir plus tard. Je pense à Stephen Frears, Neil Jordan ou encore Jean Cocteau. A l'époque le replay n'existait pas.  J'économisais pour m'acheter ces précieuses cassettes V.H.S que vendaient alors les grandes surfaces par paquets de cinq. Parfois, j'avais des déconvenues : mon père s'étant tout simplement servi d'un de mes précieuses cassettes pour enregistrer par-dessus alors que je n'avais pas encore vu le film pour lequel j'avais demandé l'enregistrement.

  Quand j'ai déménagé à Lille, j'ai peu à peu abandonné ces V.H.S, trouvant mes films préférés sur un nouveau support, le DVD puis, plus tard, le BluRay. 

Pourtant, ce qui me peine en fait, me rend nostalgique sans nul doute, c'est la mort pure et simple des clubs vidéos. Qui se souvient encore de Vidéo Futur, cette chaîne de magasins implantée un peu partout dans les grandes villes ? Pour le prix de quelques minutes, il fallait juste s'inscrire et on avait une belle carte plastifiée qui nous permettait de louer jusqu'à trois films par semaines pour une somme modique. Les nouveautés, les blockbusters étaient bien sûr les plus recherchés et partaient comme des petits pains. Il fallait prendre patience avant de pouvoir regarder le film dont tout le monde parlait au lycée ou au boulot autour de la machine  à café. Mais à l'époque, on cultivait l'art de la patience, l'ère du zapping perpétuel n'était pas encore ancré dans les mentalités. 

 J'aimais bien mon petit club vidéo de quartier, au coin. Je descendais tongs aux pieds et j'y restait trois bons quarts d'heures, parfois moins, parfois plus. Je n'arrivais pas à me décider entre tel ou tel film. Je compulsais tous les résumés au dos de la jaquette. Je n'avais pas d'idée préconçue, seule mon envie me guidait : une rom-com si mon humeur cherchait de la légèreté, un drame quand je voulais me plonger dans le cœur de l'âme humaine. J'y mettais un temps infini avant de me décider et parfois le choix était cornélien. Qui sait, si je ne prenais pas tout de suite le film qui était mon quatrième choix,  je pourrais l'emprunter une semaine plus tard  ? Qui sait si celui-ci n'aurait pas déjà été emprunté par quelqu'un de moins indécis que moi ? C'était le jeu. Un jeu de dés. 

 Souvent aussi, je voyais des hommes, et quelques femmes également, pousser les portes marrons, en regardant autour d'eux si quelqu'un ne comprenait pas leur petit manège. Il s'agissait bien sûr du rayon réservé exclusivement aux plus de 18 ans. 

 Ma collection de films s'est, à partir des années 2000, étoffée de manière vertigineuse, exponentielle car je pratiquais l'art de la duplication mais chut, il ne faut pas le dire. Cela ne m'a jamais empêchée d'acheter des films, de fréquenter assidûment les magasins d'occasions, des Converters pour ne pas les nommer, et d'aller de temps en temps au cinéma. Le prix galopant du billet a toutefois mis un frein à ces sorties pop-corn sur grand écran. Et pourtant, j'y allais toutes les semaines, dans mon petit cinéma de quartier quand j'habitais encore Douai. Mais c'était un petit cinéma justement, et pas un des ces immenses complexes. On pouvait aussi bien voir le dernier blockbuster que le film d'auteur inconnu. 

 C'est bien dommage que les nouvelles générations n'aient pas eu la chance de connaître ces vidéos clubs. Tout est à portée de main désormais. Finalement, ce n'est les vidéos qui ont tué les radio stars* mais bel et bien l'art du fast lu, fast vu, fast écouté.




* Clin d'oeil évident à cette vieille chanson de la fin des années 70. A vous de faire vos recherches sur Youtube. 


vendredi 18 août 2023

Farewell to Dublin

D'aussi loin que je me souvienne j'ai été attirée par l'Irlande, cela étant  certainement dû en à la mythologie celte. J'étais la passionnée de la famille, le rat de bibliothèque qui se mettait en retrait par timidité pour compulser de manière irrépressible la collection des "Tous l'Univers" que mes parents possédaient dans leur bibliothèque - 18 ou 24 volumes je crois. Je synthétisais tout et n'importe quoi sur mes pages quadrillées que j'arrachais de mes cahiers d'école, de l'histoire du Royaume de Suède aux combats de la première guerre mondiale, en passant par les Vikings, la Mésopotamie ou la Grèce Antique. Et l'histoire des celtes aussi, que j'aurai à potasser bien des années plus tard pour le concours d'entrée à l'école du Patrimoine, que je n'ai finalement pas passé, sans doute à cause de contraintes matérielles. 

Aussi quand nous avions opté pour la destination finale de nos vacances mon amoureuse et moi, nous avions sélectionné Edimbourg, un clin d'œil à un de mes récits où j'avais parlé de cette ville sans y avoir mis un fichu pied, ou la capitale de l'Irlande, Dublin. Connaissant très, et trop bien, Berlin nous nous sommes mises d'accord pour remettre la visite de cette dernière à une autre fois. 

Dublin ne se livre pas tout de suite à vrai dire. Le charme agit certes, mais ce n'est pas un vrai coup de foudre comme la fois où j'ai atterri sur la piste de l'aéroport de Berlin-Schönefeld. On tombe amoureuse de cette ville et de ses habitants de manière un peu plus subtile. Sans doute les attentes avaient été trop hautes et j'espérais être éblouie instantanément. 

De fait, au bout de deux jours seulement, après des visites à marche forcée et mes salutations au Trinity Collège, celui-là même qui avait vu sur ses bancs l'un de mes auteurs préférés, Oscar Wilde, j'ai dû me rendre à l'évidence que cette ville est un écrin. Voici donc pêle-mêle mes ressentis, qui ne sont bien entendu plus que subjectifs. 

Tout d'abord, ce n'est pas une grande ville à proprement parler. Le centre est accessible facilement à pieds et, si on est fatigué et/ou fainéant, rapide en transports en communs lorsqu'on est un peu excentré comme nous l'étions - 20 minutes. Deux lignes de tramway au prix peu excessif de 22 euros de manière illimitée durant toute une semaine, soit le temps de nos vacances. La green line et la red line, le tramway donc, bien plus élégant et neuf que celui de Bruxelles, des bus à deux étages typiques des pays anglo-saxons - des doubledeck bus, mais pas de métro. C'est assez étrange pour une capitale mais c'est à noter. Que dire de nos journées ? 

Elles ont bien été remplies. C'est un fait. 

Il fallait choisir entre les nombreux musées et le choix était cornélien. Dublin est une capitale riche d'histoire et de culture. Il y a à faire, c'est certain, pour qui veut passer des vacances autrement qu'en bouquinant sur la plage, se dorer la pilule au soleil du sud ou en jouant à une partie de beach-volley. Cela peut avoir son charme, jusqu'à un certain point à mes yeux. J'ai été, et je reste adepte des vacances où l'on s'immerge dans la culture d'un pays et de ses habitants plutôt que du farniente total et de la bronzette orange carotte. 

Pas de tour en bus, ni de visite de Guiness ou de Teeling (le whisky) et Jameson : ce sera pour une autre fois, mais une visite à pieds avec un guide touristique dans la langue de Molière qui au final ne m'aura pas vraiment appris grand chose. Les meilleures visites ont de fait été celles que nous avons faites sous le coup de l'impulsion et non préméditées, comme la National Gallery of Ireland, immense avec ses 54 salles - une demi-journée suffirait à peine pour tout voir, ou encore la long room du Trinity Collège, malheureusement vidée à moitié de ses livres mais qui fut une claque pour moi. Je me souviens avoir exprimée à voix haute mon émerveillement à deux reprises : "C'est magnifique". Dans le quartier des Liberties, la Cathédrale de Saint-Patrick, qui contrairement à ce que l'on s'imagine n'est pas la cathédrale officielle de Dublin*et que l'on a parcouru durant plus de deux heures, pour le clin d'œil au Saint-Patron de l'Irlande et où on y a pu dégoter deux anneaux de Claddagh. Le Epic, ou musée de l'immigration, valait également le coût de la visite, pour l'histoire de l'Irlande, de ses flux migratoires et de l'influence de ce pays à travers le monde. Si l'on y réfléchit bien, l'Irlande a produit un nombre impressionnant d'artistes, chanteurs, dramaturges (4 prix Nobel de littérature tout de même !). D'ailleurs cela transcende chaque recoin de rue de Temple Bar ou Grafton Street, zone névralgique et commerçante, mais moins que la longue O'Connell Street - petit aparté : O'Connell est la rue par excellence des magasins de souvenirs**. Grafton Street est certainement la rue qu'il faut emprunter si on est sensible à la musique folk ou rock. Les musiciens affrontent sans se démonter le regard blasé des locaux et de touristes en continuant à chanter envers et contre tous. Et, bon sang de bois ne saurait mentir, le nombre de damn good singers que j'ai eu l'occasion d'entendre ! C'est dans leur sang, ce gène de la musique qui se transmet ainsi de générations en générations.

Un petit bémol toutefois, le MoLI ou musée de la littérature irlandaise, ou ne devrait-on pas plutôt le rebaptiser le musée James Joyce ? Je m'attendais à ce que toute la littérature y soit représentée (Bram Stoker, Oscar Wilde, Edna O'Brien et j'en passe) et pas juste survolée, et non cette omniprésence de Joyce ainsi que la sous représentation de la littérature féminine. Cela dit, au dernier étage, chaque visiteur peut si l'envie lui prend, accrocher une petite pensée sur un mur en ardoise. Est-ce que le mien est encore visible après une semaine  ? Telle est la question mon cher Watson. En tous les cas, mon petit mot était quelques lignes de mon cru portant sur la littérature et l'imagination. 

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur Dublin mais ceci fera sans doute l'objet d'un nouveau voyage. Sans doute les ressentis de mon amoureuse n'ont pas été les mêmes. Je sais qu'elle a aimé le retour au passé au 14, Henrietta Street alors que j'étais  un peu déçue. Comme dit plus haut, il faudrait y retourner et enfin goûter la bière nationale suite à un de ces Guiness tours dont les étrangers sont si friands, et non pas dans un pub. On pourrait également parler de l'indélicatesse des voisins de chambre qui ont cru être seuls au monde. Je vous laisse imaginer le type d'indélicatesse que nous avons eu à nous farcir avant que l'on donne des coups secs mais fermes dans le mur pour leur souligner qu'ils n'étaient pas seuls et que tout le monde pouvait les entendre. Quelle santé !
 
En guise de conclusion, ce que j'aimerai mettre en avant, c'est l'extrême gentillesse et politesse des dublinois. Notre chauffeur de taxi aurait pu éructer, voire insulter la cycliste qui zigzaguait entre les véhicules sans marquer ses intentions, mais il s'est contenté de lui notifier que cela aurait été plus clair pour tout le monde de le signaler de la main, de manière neutre, sans hausser la voix. Spectacle étonnant quand l'on constate l'énervement continuel à Paris, où autre grande métropole, entre les voitures et les deux roues.  Et surtout ce sentiment de se sentir en sécurité partout où nous allions à n'importe quelle heure de la journée ou de la nuit. 

Et, pour l'anecdote, des français. Beaucoup de touristes français. Un incalculable paquet de touristes français dès que l'on se retournait, à droite, à gauche, devant et derrière. Bizarrement également, pas mal de portugais et/ou brésiliens dont l'accent à mes oreilles me faisait sourire inévitablement.

Bref, Dublin n'est pas une ville où le soleil prédomine - il faut s'attendre à de la pluie qui vous chope sans vous prévenir, mais c'est une capitale qui vaut le détour pour peu que l'on préfère des vacances en toute immersion et en toute curiosité. 

N.B. les Irlandais mangent tôt (genre 18h). Bon a savoir quand on arrive dans un restaurant après 21h et que l'on vous dit que les cuisines sont fermées. Par ailleurs le wifi de Dublin est nickel (pas comme celle de Bruxelles) et, tenez-vous bien, les toilettes ne sont pas payantes !!



* Christchurch est la cathédrale officielle de la religion catholique, à dix minutes  à pieds à peine de Saint-Patrick.

** Caroll Irish Gifts : où après avoir adopté un Bernard, Berlin bear emblème de Dublin il y a 5 ans, j'ai ramené son petit modèle dublinois, un Bernie bear de poche 

 

jeudi 13 juillet 2023

Résilience

 Je n'ai pas pour habitude d'exploser. Cela m'arrive de grogner comme un ours mal léché mais je tempête la plupart du temps contre les objets ou contre moi-même ; je m'énerve et ça retombe ou il faut me laisser dans mon coin jusqu'à ce que le ruminant arrête de remâcher les mêmes choses. Mais aujourd'hui pour la première fois, depuis longtemps, je ne crois pas l'avoir fait par le passé, j'ai perdu mon calme face à quelqu'un qui pourtant me paie pour faire un travail quotidien. Jamais au grand jamais je n'ai été aussi frontale, aussi brutale comme peut l'être la vérité quand on a en face quelqu'un de soi quelqu'un qui déverse son stress sur votre anxiété en vous malmenant au prétexte que c'est bientôt les vacances et que vous serez seule à voguer sur le navire.

La vérité fait mal à entendre il est vrai mais j'ai décidé il y a très longtemps, quand j'étais le bouc émissaire de toute une classe, que plus  jamais je ne me laisserais faire. Je ne suis ni le paillasson sur lequel on essuie ses pieds crottés, ni un punching-ball qu'on valdingue à l'autre bout de la pièce pour passer ses nerfs. Je ne suis pas un robot mais un être humain, de chair, de sang et d'os et je ne sais pas si j'y ferai de vieux os.

J'en suis sûre même.

J'ai des épaules larges  certes, celles du taureau rassurant mais à force d'encaisser, le taureau a fini par charger et cela peut s'avérer sanglant. Pour une fois, ce n'est pas le toréro qui mate l'animal avec ses banderilles mais bien l'animal qui met à terre son bourreau. L'image est forte, certes, mais ce  harcèlement continuel, ces piques, ces réflexions pour des broutilles, ne peuvent pas perdurer éternellement. 

J'ai fait acte de résilience à de nombreuses reprises dans ma vie et elle ne m'a pas épargnée cette sacrée garce ; ce n'est pas pour que les névroses de quelqu'un d'autre essaient de percuter cet équilibre que j'ai fait enfin réussi à bâtir.

Et il y en aurait à dire sur la résilience et la capacité de résistance que j'ai eu  à éprouver durant ces longues années. 

C'est bien dommage d'en arriver là après avoir plusieurs fois pointé du doigt ce qui n'allait pas. Je me souviens de ces mots assénés comme une vérité intangible ce matin  : "on est tous dans le même train et je viens de déclencher l'alarme, et maintenant on fait quoi ?"

Maintenant on fait quoi ?

Moi je suis sûre de de ce que je ne veux pas, ne veux plus.

La vie est trop courte pour s'infliger ça.