mardi 30 mai 2023

Coming out... so what ?

J'avais écrit un billet il y a très longtemps mais, le temps passant, et n'habitant plus en France où les mentalités, quoi qu'on en dise, ne sont pas si évoluées que ça... Bref, j'ai laissé l'eau couler sous les ponts. Pourtant ce thème du coming out m'interpelle encore maintenant et plus encore quand je lis les commentaires sur les réseaux sociaux lorsqu'une personnalité un tant soit peu célèbre s'exprime sur le sujet en se révélant au grand jour.

Ce qui me sidère ce sont les personnes qui s'en balek comme ils aiment à le clamer, en ajoutant que ces starlettes vivent leurs vies mais que les hétéros n'en font pas tout un plat (sous entendu "les hétéros n'en font pas, de coming out"). 

J'ai bien envie de leur rétorquer que : 

De une :  si tu t'en fous, pourquoi tu te fatigues à poster un commentaire ? Pourquoi tu ne traces pas ta route plutôt ? 

(Et il y aurait vraiment beaucoup de choses  à dire sur ce fléau des temps modernes, facebook, instagram et autres twitter devenus le déversoir des immondices qui polluent le cerveau des gens, enfin de leur poubelle intellectuelle) 

De deux : mes chers amis hétéros, c'est faux, tous les jours de manière inconsciente lorsque vous papotez avec votre collègue autour de la machine à café, vous clamez votre hétérosexualité à la face du monde en racontant votre week-end avec votre époux ou votre femme. Pensez-y. 

Pensez-y quand vous voudrez vous incruster sur une publication ouvertement LGBTQIA+ pour y déverser votre ignorance crasse, votre morale à deux balles et votre manie de tout ramener à la sexualité des individus. Ce que des humains font avec leurs culs, solo, à deux ou à plusieurs : ça ne vous regarde pas, tant qu'il s'agit d'adultes consentants. Et arrêtez de tout ramener à du cul justement parce que moi, ma plus belle histoire d'amour je la vis tout court avec une femme.

L'adage "vivons cachés, vivons heureux" c'est du bullshit. Nous n'avons pas à nous cacher pour ne pas vous gêner dans votre confort.

Nous sommes fier·ères et nous continuerons à marcher comme en ce bel après midi du mois de mai.




lundi 8 mai 2023

A nos amours et plus encore

J'aimerai parler de nous un peu plus souvent, ici, dans cet endroit que je déserte comme l'un de ces châteaux écossais que nous devrions visiter cet été. 

Alors, voilà ces quelques mots :

Nous sommes pareilles et différentes en même temps. Parfois ce sont nos différences qui  nous rapprochent et d'autres fois nos similitudes qui nous éloignent. 

Ta mine boudeuse comme à l'instant où tu sais que j'écris sur toi me fait sourire. Moi derrière mon écran et toi tentant de résoudre l'énigme de ce jeu que tu n'arrives pas à débloquer.

Nous nous respectons et pourtant quelques points nous séparent. Je sais que tu n'adopteras jamais mon mode de vie, mais tu acceptes mes conditions alors que nous vivons ensemble depuis quelques semaines, même si cela est provisoire, puisque tôt ou tard tu intégreras ton chez-toi à quelques encablures de tram de mon chez-moi. Et pourtant, pourtant tu fais en sorte de ne pas me heurter. Tu me demandes toujours la permission - je trouve ça mignon : si je t'ai fait de la place dans ce placard, saches  que c'est pour que tu te sentes ici la bienvenue. Toujours. 

Tu es calme et je suis un volcan souvent en éruption. Parfois le vernis craque et tu montres que toi aussi tu peux être un Etna. Nous apprenons l'une de l'autre. Et je serais toujours cette petite rebelle anarchiste et toi la plus modérée des deux, mais finalement pas tant que ça.

Je ne vais pas m'étendre. Savoir que nous avons nos rituels me plaît. Nous prenons soin l'une de l'autre. 

Savoir que nous avons construit un présent en filigrane de l'avenir que nous effleurons du bout des doigts est ce qui m'anime pour tracer notre route.

A notre première année. Trinquons, buvons, aimons-nous : tout le reste n'est que superflu. 



jeudi 2 février 2023

N'habite plus à l'adresse indiquée

Je me suis toujours demandée comment étaient les appartements dans lesquels j'ai vécu des années ; qui en sont maintenant les locataires et comment ils ont emménagé leur intérieur. On appelle ça de la nostalgie. Ou juste de la simple curiosité. Mais je suis certaine de ne pas être la seule à éprouver ce sentiment. 

Souvent quand je passais devais le numéro 306 de la rue Solférino, mon tout premier deux pièces à Lille, je me posais sans cesse cette question en levant ma tête au premier étage. Les rideaux étaient la plupart du temps tirés, signe que quelqu'un investissait les lieux. 

Certains croient aux fantômes. Moi je pense que les spectres sont tous ces gens qui ont vécus dans ces endroits. Leurs disputes, leur coups de colères. Leurs pleurs et leurs bonheurs. Leurs rires. Tous ces drames et petites ou grandes joies qui émaillent l'existence de tout être humain. 

Parfois oui, les drames sont plus profonds mais là on n'est plus dans le domaine du spectre mais de la malédiction. Et de temps à autre il s'agit sans doute de regrets d'avoir fait ou pas fait ; ou de remords de ne pas avoir été à la hauteur.

Certes, je l'ai sacrément aimé ce rez-de-chaussée de Wazemmes même si souvent je sortais pour m'accrocher à tous ceux qui éclusaient tranquillement leurs bières accoudés à mes grandes fenêtres en pensant que personne n'habitait là. La petite cour à l'abri des regards où nous en avons fêté des choses, anniversaires et autres raisons toutes trouvées pour juste simplement nous réunir. Ce long contre-champs vers la chambre, lorsque j'étais allongée sur le canapé. Mais il est aussi l'endroit où j'ai perdu une partie de ma famille ; ma famille à quatre pattes, mes petits poilus que je chéris encore aujourd'hui et que je pleure parfois à l'abri des regards. 

Alors, à ta question, mon amoureuse : non je ne regrette pas être partie, avoir quitté cet endroit dans lequel j'ai vécu durant dix longues années et imprégné de mon spectre fantasque chaque recoin de ces 58 mètres carrés. Toi qui t'apprêtes aussi à faire le grand saut vers un espace plus grand, je te dis et le répéterai sans cesse : ne regrette rien. Une page se tourne et il est bon de repartir sur un tableau propre, blanc. Je suis là en cas de coup dur ou de blues, ne l'oublie pas.

Nous sommes tous des fantômes qui hantons les maisons, nos anciens lieux de vies, mais contrairement aux spectres, nous nous  délestons de nos chaines à chaque nouveau voyage et, pour ma part, depuis que je suis ici, à Bruxelles, jamais ces chaînes ne me sont semblées plus légères. 




lundi 30 janvier 2023

La tête de l'emploi

Il faut croire que j'ai la tête de l'emploi. Une bonne tête bien sympathique qui ne peut jamais refuser quoi que ce soit, en l'occurrence donner une pièce. Cela m'arrive encore certes, de donner un euro, mais je le fais de moins en moins. Non pas par pure je m'en-foutisme de ma part, mais  c'est juste que j'en ai marre.

Marre d'être la cible privilégiée de tous ceux qui me demandent un peu d'argent sous prétexte que j'ai une bonne tête. Et c'est vrai que je suis plutôt quelqu'un de bienveillant. A croire qu'ils se refilent tous les bons tuyaux, les bonnes pommes telles que moi.

Oui mais voilà, depuis quelques années cela ne devient pas systématique. J'ai beau avoir le coeur sur la main, mon portefeuille lui n'est pas extensible. Et encore, à proprement parler ce n'est pas vraiment une question d'argent. Mais se faire solliciter de la sorte quasiment tous les jours au moins dix fois par jour ça fatigue. 

Je sais bien que ce n'est pas marrant mais à un moment je soupçonne ces "quêteurs" de choisir leurs "clients". Ainsi, ce weekend à Lille je ne compte plus les types qui se sont postés, voire incrustés trente secondes de plus en attendant je ne sais quoi comme si j'allais leur céder quoi que ce soit. Et je repense à ce type qui fumait dans la rame de métro, espace clos s'il en et qui insistait lourdement alors que je lui avais refusé poliment, tout en me balançant la fumée de sa clope dans la tronche. 

J'avoue : je vais finir par péter un plomb. Vous pouvez prendre dix pékins lambdas dans la rue ou sur un transport, devinez sur qui ça va tomber : sur moi bien sûr. J'ai le souvenir particulier d'un soir où j'étais chargée comme un baudet les deux mains prises alors que sur la place du serpent il y avait bien une demi-douzaine de gens tout autour de moi : BAM, c'est à moi qu'on a demandé de l'argent. Pour le coup je me suis énervée en demandant pourquoi il m'avait choisi moi, qui était pressée - vraiment, je courrais presque, et chargée surtout, et pourquoi pas les autres autour de moi ?

Si j'en parle ce soir, c'est que j'éprouve une certaine lassitude d'être celle qu'on harcèle pour ce genre de choses. Oui, le mot est fort et non comparable à ce que des jeunes filles ou femmes subissent avec des remarques graveleuses ou des insultes - j'en ai conscience. Mais quand quelqu'un vous pose trois fois la même question alors que vous faites mine de ne pas relever... j'apparente cela à une certaine forme de harcèlement, plus insidieux, moins grave ou méchant mais cela finit quand même par éprouver vos nerfs et votre capacité à ne pas gueuler une bonne fois pour toutes.

Ce soir donc, pour la énième fois, le type en face de moi n'a pas compris que je ne voulais pas répondre au fait que ma casquette était chouette ou mon écharpe blanche à cause du COVID (ce qui est faux puisque mon écharpe est grise) pour fatalement me demander si j'avais un euro à lui filer - comprendre me taxer avec ma bonne tête de l'emploi. Parce que j'ai beau être sur mon smartphone à essayer de passer le temps en attendant d'arriver à destination, rien n'y fait : c'est moi qu'on interpelle. Je devrais faire la gueule comme tout le monde ou adopter un visage aussi fermé qu'une porte de prison.

Notez que même avec mon casque sur les oreilles, la musique électro pulsant bien fort, on vient quand même vers moi pour me demander une petite pièce. A force d'être sollicitée, j'ai de moins en moins envie de donner. C'est con mais c'est comme ça.