jeudi 4 novembre 2021

Vie de merde.com (le retour)...

 ... ou comment j'ai fait mon coming out par inadvertance, ou plutôt par maladresse.

Je sais. Le titre est long et à vrai dire, il n'y a pas de quoi en faire un drame. Mais plutôt sourire, voire rire à mes dépends à cause de ma maladresse légendaire. On appelle ça communément un acte manqué, ce désir inconscient que j'avais de faire un joli coming out à la seule personne de mon équipe qui n'était pas au courant de ma situation sentimentale, désertique pour le moment malgré mes velléités de me vendre sur un site.

Commençons par le commencement.

Il y a peu, je me suis inscrite sur un célèbre site qui commence par Mee et qui finit par tic. Enfin non, j'ai plutôt réactivé mon profil délaissé depuis quelques temps comme un champs en jachère et j'ai fait un uptdate pour me vendre au mieux et attirer le chaland. D'ailleurs il faudrait que je songe à indiquer que j'ai une réelle passion pour la cuisine et nourrir les gens. Il parait que l'appel du ventre, ça marche plutôt bien. 

Depuis que Gayvox a fermé ses portes, toutes les lesbiennes de France, de Navarre et d'ailleurs ont migré sur cette plateforme. 

Après quelques conversations avec une certaine M., comment dire, cela s'est fini en eau de boudin. Bref, je me suis pris un râteau. 

Du coup, j'en parlais sur WhatsApp avec une de mes collègues qui est parfaitement au courant de mes inclinaisons. 

Petite aparté, je ne cache pas vraiment qui je suis mais je n'ai pas envie non plus de crier sur tous les toits au boulot, qui est quand même un milieu particulier même si, là où je travaille, la société à une position plutôt gay friendly. Garde toi de mes ennemis, mes amis je m'en charge. 

Ma collègue donc, me demande ce que M. m'a répondu. Je lui envoie donc une copie d'écran de notre bref échange avec ladite M. Sauf que...

Sauf que je n'avais pas fait attention et que j'ai envoyé ce printscreen à la mauvaise destinataire, en l'occurrence la seule personne à qui je n'avais pas fait mon coming out et qui n'a sans doute rien compris de ce que je lui baragouinais avant de supprimer les messages et d'en envoyer un tout dernier,  lui souhaitant de bonnes vacances et qu'elle ne devait sans doute rien comprendre à ce que je lui avait dit quelques minutes auparavant. Tout cela, avec un gros smiley mort de rire.

Parce que, vous savez quoi ? J'étais vraiment morte de rire quand j'ai compris ma bévue.

La prochaine fois que nous nous reverrons, au retour de ses vacances donc, quand nous serons toutes les deux en présentiel l'une et l'autre, j'aurais sans doute un sourire et confirmerais ce dont elle se doute déjà.

Dans un grand sourire ou même un grand éclat de rire et sans gêne ou malaise.

Comme un acte manqué quoi...

 Ah qu'ils sont traîtres ces moyen de communication modernes ! ;)


mardi 19 octobre 2021

History of violence

C'est en cliquant sur un lien de mon fil Facebook que j'ai eu envie de raconter mon expérience et mon ressenti. Sur ce lien en effet, on parlait du traitement réservé aux femmes qui osaient passer les portes du poste de police pour déposer plainte pour viol. Et ce qui m'a choqué le plus c'est cette question : "avez vous joui pendant l'acte ?" d'une violence inouïe, particulièrement choquante quand on songe que la personne traumatisée vient déposer plainte. Parce ce que non, porter plainte contre quelqu'un n'est jamais chose facile. Et j'en sais quelque chose.

En ces jours sombres, où l'on parle sans arrêt des violences faites aux femmes, on constate cependant que la situation évolue très lentement. En vérité rien ne bouge.

On parle de double peine dans ces conditions. Celle de se faire violence malgré son trauma et de se sentir jugé(e) car pas écouté(e) et c'est ce que je reproche essentiellement à certains de nos amis de la maison Police. Un manque cruel de formation et une absence totale de psychologie ou d'empathie. 

Je parlerais du sombre connard une autre fois. Celui qui m'a détruit ; détruit ma confiance envers les autres encore aujourd'hui. Je doute souvent malgré mes dehors de caractère fort. Je suis quelqu'un d'anxieux qui  a besoin qu'on la rassure. Et je charme à tour de bras pour me convaincre que j'en vaux la peine.

Notre histoire s'est terminé de la manière la plus glauque qui soit. J'ai écrit cette histoire, que j'ai fait lire à peu de monde, pour exorciser tout ce mal. Et même encore maintenant, je suis sure que tout cela a été un beau gâchis. De celui où je me suis refermée,  méfiée de tout le monde.

La violence verbale quand elle est suivie de violence physique est une autre double peine. 

Quelqu'un force la porte de chez votre chez vous, là où vous êtes censés vous sentir le plus à l'abri, et vous frappe au plexus pour récupérer le dernier objet qui vous lie à lui. Vous avez beau vous défendre, vous ne faite pas le poids. Vous perdez, même si vous luttez de toutes vos forces. On vous frappe si fort que la douleur vous plie en deux instantanément.

Même encore maintenant, j'ai du mal à dire "il".

Avoir une côte froissée et le souffle coupé, sans compter la violence de ce qui vient de se passer, restera gravé en vous jusqu'à la fin de vos jours. C'est une scène que vous ne pouvez pas occulter.

Le pire dans tout ça ?

C'est ce qui arrive après, parce que ce n'est que le début de l'enfer, alors que vous ne voulez pas rester une statistique incapable de se défendre avec les moyens légaux qui vous sont données.

 Vous agissez. A chaud. Et personne n'est là pour vous accompagner...

Vous essayez de rassembler vos esprits, malgré la douleur qui vous vrille, pour prendre les transports sous les regards indifférents et vous passez la porte de ce commissariat central  ; ce que vous regrettez après coup parce que vous êtes brisée et dans l'affect le plus total. 

Oui, parce qu'en plus, il faut vous détacher de toute émotion afin de livrer un témoignage le plus complet qui soit. 

Celui qui prend votre déposition semble contrarié de ne pouvoir regarder le match de foot qui est diffusé ce jour là ; qui semble douter de vos paroles ; qui vous reproche carrément de vous être défendue parce que vous avez serré vos mains sur le cou de la personne qui vous agresse CHEZ VOUS ! Après coup, vous vous dites que vous auriez bien voulu lui balancer à ce flic si peu empathique : "pourquoi, il aurait fallu que je me fasse tuer pour être crédible, entendue et crue ?"

Oui, j'aurais sans doute du venir porter plainte le lendemain. Peut-être que je serais tombée sur quelqu'un de plus à l'écoute où je n'aurais pas été jugée. Mais on ne peut pas changer l'histoire. C'est celle-là qui m'a fait devenir le personne que je suis maintenant. Certainement plus dure qu'elle ne le voudrait l'être en vérité mais c'est mon système de défense, cette attaque, cette méfiance naturelle, parfois cette agressivité que je peux avoir. 

Au moins, je ne me suis plus considérée comme une victime. J'ai agi. J'ai fait quelque chose même si ce quelque chose a échoué. La plainte a été instruite et envoyée mais, faute à un mauvais adressage, cela n'a jamais abouti. Je sais pourtant de source sûre que le sombre connard a eu un électrochoc quand ce courrier a été remis en mains propres par son ancien meilleur ami quand il est repassé relever le courrier. C'est une bien maigre consolation.  

C'est ce qui vous permet de vous affranchir de cette histoire de violence.

Ça et l'écriture.

Toujours. Qui a agi comme une véritable catharsis...

dimanche 10 octobre 2021

Carence

Je suis en déficit d'affection. C'est un fait. Depuis que je suis gamine. Cette carence est pire que la B12 puisqu'elle me pousse dans des retranchements insoupçonnés.

Mais c'est un fait.

Petite, et encore maintenant, hélas, triplement hélas, je monnaie l'attention des gens à mon égard. Pas en monnaie sonnante et trébuchante. Ce serait trop facile et, finalement, ne me ressemblerait aucunement. Mon degré de serviabilité est largement supérieur à la moyenne. J'anticipe des demandes qui n'existent pas. Je les crée, peut-être. sans doute. Je pense aux autres avant moi. Je ne suis pas assez égoïste. C'est un autre fait.

Tout cela remonte à mon enfance. Enfance vécue à l'ombre d'une fratrie nombreuse. Enfance où il fallait se démarquer pour grappiller ici et là un peu de cette affection qui me fait encore défaut maintenant. On a beau dire que ce n'est pas vrai, que les parents ne font pas de différence, qu'on a pas de préféré(e)s.... On a beau dire que le temps guérit les blessures de l'enfance, mais c'est faux. Alors on essaie de bricoler un truc dans son coin, une cuisine interne qui colmate les brèches pour quelques temps. Mais cela ne dure justement qu'un temps. On fait semblant. Et on se rend indispensable par bien des manières, dont le verbe « donner » .

Je donne sans compter. Même quand on ne me demande rien. Je ne suis pas avare de mon temps, au détriment de mes désirs profonds. Cela me frustre. Je le sais. Pourtant. Et c'est plus fort que moi. Je donne sans compter. Je reçois peu. Je n'ai plus l'habitude. Je ne sais plus comment me comporter.

Au fonds de moi je suis restée une enfant sauvage, une enfant qui ne sait pas comment se démarquer, qui ne sais pas comment se faire aimer. Je n'en ai pas idée. Je n'ai pas eu la bonne clé ni reçu les bonnes cartes. Ou le jeu a été truqué à ma naissance, comme si la roue de la chance avait cessé de tourner pour moi. Je suis restée le Petit Poucet du conte défait.

 

dimanche 19 septembre 2021

Out of control

J’ai eu une adolescence à rebours. Et très longue à vrai dire.

Je considère en effet en être sortie depuis peu ; depuis deux ans en fait. 

A l’âge ingrat, celui où chacun de nous teste un peu tout, un peu n’importe quoi, j’étais même le prototype de la bonne élève du premier rang, celle sur qui on ne s’arrête jamais, ou juste pour lui lancer l’insulte suprême : « T’es la chouchou du prof ! ». Parce qu'il y avait plusieurs clans : les cools, fringués des pieds à la tête avec les marques les plus tendances - de vrais porte-manteaux ambulants ; les rebelles, qui s'en foutaient de la mode avec leur clous et leur cuirs, arborant des croix autour de leur cous pour certains - les new wave auxquels j'appartiendrai plus tard ; et tous les autres, ceux dont on se moquait allégrement dans la cour de l'école parce que vêtus de fringues informes, de celles qu'on hérite des aînés.

Avant de me montrer moi aussi comme le mouton noir que je resterai encore longtemps - à vrai dire, je n'en suis pas vraiment sortie et ça me joue des tours, j'appartenais donc à ce dernier clan des sans styles. J’avais la panoplie intégrale d’ailleurs : lunettes aux verres « culs de bouteilles » et montures signées par ce cher styliste très en vogue des années 80 – j’ai nommé la Sécurité Sociale ; une jolie constellation de boutons d’acné sur le front et l’arrête du nez ; vêtue la plupart du temps de sweat shirts informes et de jeans velours côtelé. Je ne dramatise pas : c’était ma dégaine en ce temps là. Bref une vraie Ugly Betty pas trop mal lotie niveau cerveau mais totalement à la ramasse question sociabilité. Depuis j’ose croire que les choses ont changé, même si je n’aurais jamais la plastique de rêve d’Adriana Karembeu ou tout autre top model. Je suis tout de même à l’aise dans mes baskets. Je ne suis pas et je ne serais jamais de ces filles sur lesquelles on se retourne mais je m'en fous à vrai dire. 

La plupart du temps.

J’étais donc une ado qui ne comprenait pas les us et coutumes de ses congénères, pas plus que je ne comprenais quelle mouche les piquait à s’agiter ainsi tous les week-end en beuveries et autres saines occupations lycéennes. J’étais une extra-terrestre venue d’une planète monochrome dédiée aux bonnes notes et la vie studieuse. Bien sûr, un peu plus tard, je me rendis moi aussi dans ces hauts temples de la culture et du BPM (beat per minut) avec une joyeuse bande d’amis, d’amis d’amis et de cousins ; bien sûr nous décimions nous aussi quelques bouteilles mais jamais pour ma part au point d’être out of control.

Toutefois, à l'instar d'un bon millier de jeunes gens bien avant moi, ce n'est pas une nouveauté ni très original : nous nous cotisions pour acheter plusieurs de ces bouteilles de vin mousseux, pas chers mais dégueulasses, puis nous nous garions dans les champs, non loin de la boîte de nuit sur lesquelles nous allions furieusement nous balancer au rythme de ce qui allait devenir la techno, et nous nous passions ce vin mousseux que nous buvions au goulot.

Bref, l'objectif était clair : arriver déjà ivres en boîte. 

A 30 ans, je connus ce que l’on appelle communément une adolescence à retardement. Moi qui n’avait tiré que 2 ou 3 taffes de toute ma vie, je commençais à prendre la fâcheuse habitude de m’acheter un paquet de cigarettes ici et là. Je pratiquais alors une sorte de « fumer c’est cool » - la cigarette mondaine. Comme d'autres pratiquent l'alcoolisme mondain. Puis j'eus une véritable épiphanie lors d'une soirée très arrosée et très fumeuse . Vous est-il jamais arrivés de comprendre l'univers en un instant ? Un de ces instants rarissimes qui vous plient en un éclair de lucidité, que vous ne retrouverez sans doute jamais mais qui vous terrifient tout en vous attirant ?

Cela n'arrive que quelques fois dans toute une vie, pour ceux qui ont constaté cet étrange tutoiement avec les anges. Il n'y a pas si longtemps, alors que je suis une adulte  bien ancrée dans ma vie maintenant, de celle qui paie ses impôts et suit les règles, plus ou moins, je me suis retrouvée la tête dans la stratosphère ; parmi les étoiles. Ne me demandez pas ce que j'ai consommé ce jour là, mais il s'agissait de quelque chose d'illégal bien évidemment. 

Durant vingt années, je devenais donc une de ces adolescentes out of control qui ne se met pas de barrière pour tester jusqu'où elle peut aller. Mais pas out of limits : il y a certaines choses que je refuse de franchir. J'ai mon propre Rubicon.

Ce qui est terrible dans tout ça, c'est que parfois, lors de ce type de soirées, vous vous retrouvez à quatre heures du matin à recevoir plein d'appels parce que vous avez insisté que l'on vous texte pour vous informer que vos invités sont bien rentrés. Tandis que vous dormez d'un profond sommeil, celui de l'alcoolique de la soirée. Circonstance atténuante, ou non, je fêtai ce soir-là mon anniversaire. 

Quand, comme moi, on a toujours été considérée comme l'intello de la famille, de la classe, de la pièce, avoir autant de liberté d'un coup - vous découvrez la vie, ça fait tourner la tête assurément. Qui sait comment ma vie aurait évolué, si j'avais eu une adolescence normale ? Mais je n'ai jamais fonctionné selon les schémas plus ou moins dictés par la société.

Mais revenons à nos moutons, cette fameuse soirée de mon épiphanie. La première. 

J'habitais alors à Douai. Je faisais mes premières armes en tant que libraire. Je découvrais ce que ça faisait d'être enfin une adulte qui travaille pour assurer sa subsistance. 

Je m'intégrais dans un petit cercle d'amis. Je rentrais rarement chez mes parents. Pensez, j'avais enfin mon propre lave-linge et n'étais donc plus obligée de ramener mon barda du temps où j'étais étudiante. 

J'avais donc convié mes amis à un couscous. Nous étions quatre. En ce temps-là j'étais omnivore, encore, et mon meilleur ami deviendrait végétalien en partant sur Lille quelques années plus tard, m'entraînant dans sa chute avec lui - mais qu'elle est drôle, cette intrépide !

J'aime recevoir. J'aime nourrir les gens. C'est un de mes défauts de fabrication. 

Je n'avais pas lésiné sur les quantités qu'elles soient solides ou liquides. Autrement dit, il y avait à manger pour un régiment et à boire pour un escadron de soiffards. Plein d'alcools divers et variés. J'aimerais bien retrouver cette bière canadienne que l'on doit mettre au congélateur au moins vingt minutes avant de la déguster. 

A trop mélanger, le cerveau là-haut, fait des cabrioles. Bugue ou pète un fusible. A vous de choisir le terme qui convient.

C'est en tirant sur un cigare non pas cubain mais américain, tout en buvant mon bourbon de huit ans d'âge - en essayant de refaire le monde, que la musique de Moby m'a cueilli. Bien avant que l'artiste ne soit connu mondialement, il était punk. J'ai un drôle d'attachement à cet album "Animal rights". 

J'ai débloqué. Littéralement. 

J'ai regardé mes amis complètement hagarde, je suppose, leur indiquant que je comprenais tout. Que l'univers ne m'était plus une sombre inconnue de mon équation mais que j'étais en osmose. Pour celui qui n'a pas vécu ce type d'expérience, il est difficile d'en transcrire les émotions. Je résumerais donc à ceci : une expérience chamanique.

La suite fut nébuleuse : la redescente est bien plus abrupte. 

Le lendemain, je me réveillais sur le lit, toute habillée. 

Mes amis me confirmèrent que j'étais partie dans des théories fumeuses, la veille, qu'il m'avaient mis au lit tant bien que mal une fois que la chape de plomb s'était abattue sur moi ; qu'ils avaient fait  la vaisselle en devisant tranquillement ; et qu'ils étaient partis en claquant la porte, tout simplement, sur le coup de trois heures du matin, parce qu'il n'avaient pas les clés. Et moi, je dormais comme une bienheureuse, comme un bébé, après ces élucubrations. 

Cette nuit là, je fus donc vraiment out of control.