L'importance du regard d'autrui. Ou plutôt la nuisance du regard des autres.
Pour illustrer mon propos, je raconterais une anecdote qui remonte à ¾ ans. J''avais invité une collègue à manger chez moi, du temps où j'habitais en centre ville. Nous nous étions données rendez-vous sur le marché ; pas le petit marché de quartier mais le gros marché débordant d'articles en tous genres, un bazar multicolore et odorant ; bruyant, bruissant des appels tentateurs des bonimenteurs. Un dimanche matin ensoleillé.
Nous nous promenions donc, nous frayant un passage parmi la cohue – parce qu'il faut savoir que certains endroits sont de véritables bouchons à densité humaine incroyable et que l'on fait un pas en avant pour ensuite reculer de deux pas. Elles sont passées à côté de nous en se donnant la main. Je n'aurais pas fait attention si cette collègue m'avait regardé, interloquée, voire choquée « tu te rends compte, elles se donnent la main en plein jour ! » et moi, « Et alors, qu'est-ce que ça peut faire ? ». Tout était dit. Pour moi ça ne changeait rien, que ce soit deux femmes, deux hommes ou un couple simplement/ordinairement hétéro.
Cela ne devrait même pas être montré du doigt ou suivi des yeux. Cela mériterait juste un droit à l'indifférence. Pas dans le sens « Je m'en tape », mais dans celui de « C'est normal , il n'y a rien qui me choque», et ça ne mérite en aucun cas une réflexion de dégoût.
Ce fichu sentiment de culpabilité judéo-chrétienne qui nous étouffe... (C'est valable pour les autres religions ceci dit). Cet espèce de sentiment qu'il faut être à tout prix dans la norme, le moule, au risque de passer pour un(e) déviant(e). La perversité est généralement dans le regard de celui qui juge.
Je ne referais pas le monde ni les mentalités mais je remercie le ciel (et mes parents !) d'avoir justement un regard différent et une éducation du respect de l'autre, quelque soit cet(te) autre. (Mais qui est l'autre ? comme dirait Mylène :)).
Malheureusement le jour où les gens qui s'aiment, quelque soit leur couleur de peau, leur religion ou leur sexualité, se promèneront librement et partout (villes, campagnes - en Europe comme en Orient, ou ailleurs) sans un regard méprisant, indigné ou meurtrier ; ce sera sans doute le jour où les poules auront des dents... ou la semaine des quatre jeudis.
Question subsidiaire : pour ceux que ça choque (je le conçois même si je ne le comprends pas) : qu'est ce qui vous dérange tant que ça ?
