Tu seras un article de blog. Un point final à celle que j'étais il y a vingt ans.
Apaisée. Triste. En colère.
Ce lieu que je déserte parce que l'écriture me dévore ailleurs est l'endroit où je peux déposer les cendres de mon passé. Construire un univers, c'est accoucher d'une constellation. Toi n'es plus qu'une miette, une particule infime de ce que j'ai vécu, et que je vais transcrire ici à ma façon, pour fermer ce livre une bonne fois pour toutes.
Si j'avais eu encore des doutes, depuis ce week-end je n'ai ai plus aucun. J'avais un faisceau la première fois que j'avais lu cette note. Mais tu sais, des homonymes, il y en a légion.
Je n'étais donc pas certaine de la matérialité de ton existence.
Ou plutôt de ton inexistence, puisque tu es bel et bien mort.
Un commentaire qui me rappelle à quand j'habitais là-bas. Le nom d'une rue où j'y ai vécu l'enfer.
Tu n'étais plus une hypothèse abstraite. Ta mort est effective, actée.
Je t'ai décrit il y a longtemps dans une histoire que j'ai refermé depuis des années, et que je n'ai pas relu depuis. La dernière page était le point que j'ai essayé de mettre à ce qui s'est passé. Une façon d'exorciser tout le mal que tu m'avais fait.
Je suis donc partagée.
Apaisée, sans doute. Bien plus mûre, je l'espère. En témoigne ma chevelure qui se teinte de gris.
Triste. Puisque tu as compté. Ne te méprends pas : ce n'est pas une victoire. Je suis heureuse désormais. La personne qui m'accompagne maintenant me prouve tous les jours que l'amour peut être un long fleuve tranquille. Qu'aimer quelqu'un, et être aimée en retour, c'est surtout accepter l'autre entièrement, pleinement. D'être soi-même.
A cause de toi, pendant longtemps, je me suis méfiée. Je suis restée entre mes murs. Et si je devais finir seule et bien, ce n'était pas grave.
Mais je suis en colère aussi.
Tu es définitivement parti et il y a des conversations, des confrontations, que l'on ne pourra jamais aborder. Et aussi, oui, tes excuses et ta demande de pardon. Un jour, on se serait croisés par hasard, comme avant, et j'aurais pu te dire tout ce que j'avais sur le cœur.
Tu t'en es tiré à bon compte finalement.
Tant pis.
Un jour, je t'avais balancé que le karma existait, que ce qu'on fait de mal nous revient, comme un boomerang. Que des actes mauvais ne restent pas impunis.
Je ne sais pas si tu as pu t'en rendre compte, dans ta vie d'homme et de père. Après moi. Si ta vie a été chaotique ou délicatement simple. Si tu as retenu les leçons de tes erreurs.
J'ose croire que oui.
Alors.
Repose en paix.
Ma paix, ça fait longtemps que je l'ai reprise.